Mondial de foot : un risque de dengue à Recife, Fortaleza et Natal

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

5 juin 2014

Barcelone, Espagne -- Seuls des supporters qui iront voir des matchs de football de la Coupe du Monde 2014 dans les villes de Recife, Fortaleza ou Natal présenteront un risque élevé de rentrer dans leur pays d’origine infectés par la dengue, selon un travail de recherche mené par une équipe espagnole et publié dans The Lancet [1].

Le risque est qualifié de moyen pour les spectateurs de Rio de Janeiro, de Belo Horizonte, de Salvador et de Manaus. Enfin, le risque de dengue sera très faible entre le 12 juin et le 13 juillet à Brasilia, Cuiaba, Curitiba, Porto Alegre et Sao Paulo.

Dengue autochtone à partir d’un cas d’importation

Cette information était particulièrement attendue, d’une part par le Brésil qui doit mettre en place des mesures de protection des spectateurs du Mondial de foot et, si elles sont efficaces ces mesures seront réactivées à l’occasion des Jeux Olympiques de 2016. Protéger les spectateurs d’une manifestation sportive est l’une des conditions sine qua none de l’attribution d’évènements sportifs à des pays en développement.

D’autre part, les autorités sanitaires des pays d’origine des supporters – dont la France – étaient soucieuses de l’éventuelle introduction de dengue d’importation dans des pays où vivent des vecteurs de la maladie (Aedes aegypti). Le risque au sein de ces états est de voir se développer un foyer de dengue autochtone à partir d’un cas importé qui aurait été en contact avec des vecteurs.

Un bon réseau de surveillance épidémiologique

Pour parvenir à cette estimation, l’équipe du Dr Rachel Lowe (Barcelone, Espagne), a appliqué une méthode bayésienne spatio-temporelle à partir d’un modèle prenant en compte des informations climatiques et non climatiques. Elle a divisé le pays en plus de 500 microrégions et a analysé des données de santé humaine : nombre de cas de dengue, type, pourcentage de cas graves…

Aujourd’hui, le Brésil dispose d’un bon réseau de surveillance des éventuelles émergences de pathologies. Toutes les deux semaines, un rapport sur le nombre de cas de pathologies fébriles est disponible.

Des analyses entomologiques ont aussi été utilisées : description des populations de vecteurs, pourcentage de A aegypti…

Enfin, les particularités climatiques ont été prises en compte.

Peu de risque après un été austral très chaud et sec

Le Dr Lowe souligne que si globalement le risque d’épidémie de dengue est peu important pour la période de la Coupe du Monde, c’est parce que la compétition a lieu pendant l’hiver austral. Et au cours de l’été austral 2013-14, le nombre des cas de dengue était inférieur de 80% à celui de l’année précédente – qui était une année d’épidémie importante.

Or, après une période épidémique, la population susceptible d’être nouvellement infectée est plus limitée.

Par ailleurs, l’été austral 2013-14 a été caractérisé par une chaleur et une sécheresse importante qui ont limité la prolifération des moustiques dans la plupart des villes brésiliennes.

Dans ces conditions, pour qu’un risque d’épidémie dans les semaines qui viennent existe, il faudrait qu’une partie importante de la population soit déjà infectée… Ce qui n’est pas le cas si l’on s’en réfère aux relevés épidémiologiques.

Une surveillance des fièvres au retour

Reste la question de l’état de santé des spectateurs puisque la maladie ne s’accompagne de symptômes cliniques que chez certaines personnes infectées.

La plus grande partie des spectateurs attendus sera d’origine locale ou régionale. Il s’agit de personnes généralement en bonne santé et qui ne présentent pas de risque majoré de formes graves de dengue.

Mais, parmi les autres supporters, certains viendront de plus loin, seront plus fatigués par le voyage, d’autres seront âgés ou atteints de pathologies chroniques…

C’est pour cette raison que dans un éditorial accompagnant l’article [2], les Drs David Harley et Elvina Viennet (Canberra, Australie) insistent sur l’information aux médecins du monde entier sur les risques de pathologie fébrile au retour du Mondial.

REFERENCES :

1. Lowe R, Barcellos C, Coelho C et coll. Dengue outlook for the World Cup in Brazil: an early warning model framework driven by real-time seasonal climate forecasts. Lancet Infect Dis. 2014 May 16. pii: S1473-3099(14)70781-9. doi: 10.1016/S1473-3099(14)70781-9.

2. Harley D, Viennet E. Football fans and fevers: dengue and the World Cup in Brazil. Lancet Infect Dis. 2014 May 16. pii: S1473-3099(14)70797-2. doi: 10.1016/S1473-3099(14)70797-2.

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