Grossesse : moins de césariennes après un accouchement déclenché

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

4 juin 2014

Washington, Etats-Unis – Selon une méta-analyse portant sur plus de 31 000 grossesses non gémellaires, le déclenchement d’un accouchement lors d’une grossesse à terme ou prolongée est associé à une diminution du risque de césarienne de 12%, comparativement à un accouchement naturel. L’enfant, ainsi que la mère, ont aussi moins de risque de souffrir de complications. L’étude a pris en considération les déclenchements pour des raisons médicales, ainsi que ceux envisagés pour des raisons de confort.

Le déclenchement artificiel de l’accouchement concerne une naissance sur cinq. Il peut être envisagé pour des raisons médicales, en cas notamment de rupture prématurée des membranes, de pré-éclampsie, de diabète gestationnel non contrôlé, de retard de croissance intra-utérin ou lorsque le terme de la grossesse est dépassé.

Le déclenchement pour une indication non médicale peut aussi être programmé à partir de la 39ème semaine d’aménorrhée, à condition que l’utérus soit non cicatriciel et que le col soit dilaté, selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS).

Les contractions sont déclenchées par perfusion d’ocytocine ou par administration intravaginale de prostaglandines, une méthode à privilégier lorsque le col n’est pas encore mature, précise la HAS. Le décollement des membranes par toucher vaginal peut aussi être proposé, mais peut s’avérer douloureux.

Moins de risque avec les prostaglandines

Pour évaluer le risque de complications associées au déclenchement de l’accouchement, une équipe de chercheurs britanniques a entrepris d’analyser la littérature portant sur ce protocole. Ce sont ainsi 157 essais, concernant au total plus de 31 000 accouchements non gémellaires, qui ont été compilés.

Les résultats de leur méta-analyse montrent que l’accouchement déclenché est associé à une diminution du risque de césarienne de 12% comparativement à un accouchement naturel pour les grossesses à terme ou prolongées. En ce qui concerne les naissances prématurées, la différence n’est pas significative.

Pour rappel, une grossesse est considérée à terme lorsqu’elle est comprise entre 37 et 41 semaines d’aménorrhée. A partir de 41 semaines, elle est dite prolongée. On parle de dépassement de terme à partir de 42 semaines d’aménorrhée.

Ce plus faible taux de césarienne concerne autant les grossesses à risque faible que celles à risque élevé. Et en prenant uniquement en compte les accouchements provoqués à terme, sans raison médicale, le risque de césarienne est réduit de 19%.

Les chercheurs montrent également que les césariennes sont moins fréquentes après utilisation de prostaglandines. Ce constat concerne autant la prostaglandine E2, autorisée pour le déclenchement, que la prostaglandine E1 (misoprostol, Cytotec®), utilisée hors AMM, actuellement à l’étude pour évaluer son rapport bénéfice/risque.

En revanche, lorsque l’ocytocine était utilisée pour provoquer les contractions, il n’y avait pas de différence significative concernant le taux de césarienne, comparativement à un accouchement sans intervention, soulignent les chercheurs.

Par ailleurs, l’étude révèle que le déclenchement est globalement lié à un risque plus faible de mort fœtale, de complications conduisant à une prise en charge en soins intensifs. Et il n’y a pas plus de risque de décès pour la mère.

« Un argument supplémentaire »

Pr Christophe Vayssière

« Ces résultats apportent surtout un argument supplémentaire pour convaincre de la nécessité d’un déclenchement lorsque les 42 semaines de grossesse sont dépassées. On réduit les risques non seulement pour l’enfant, mais aussi pour la mère », a souligné le Pr Christophe Vayssière, gynécologue-obstétricien au CHU de Toulouse, à Medscape France.

C’est après les 41 semaines d’aménorrhées, lorsque la grossesse est prolongée que les femmes sont sensibilisées sur le risque encouru par l’enfant. Le déclenchement est conseillé, mais ne peut être réalisé qu’avec l’accord de la mère.

Selon le Pr Vayssière, « c’est surtout le risque pour l’enfant qui est avancé en cas de dépassement de terme. L’analyse vient confirmer que les mères s’exposent aussi à un risque accru de césarienne » si elles préfèrent opter pour un déclenchement naturel de l’accouchement.

Sur l’ensemble des grossesses, une sur dix dépasse les 42 semaines, a-t-il rappelé.

REFERENCE :

1. Mishanina E, Rogozinska E, Thatthi T, Use of labour induction and risk of cesarean delivery:a systematic review and meta-analysis, Canadian Medical Association Journal, publication en ligne du 28 avril 2014.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....