L’injection d’un analogue du HDL en post-SCA n’améliore pas l’athérome

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

2 juin 2014

Montréal, Canada – Injecter du HDL dans l’espoir de « nettoyer » rapidement les coronaires après un syndrome coronarien aigu est une idée séduisante et qui semblait pouvoir se concrétiser. Mais la réalité est tout autre. L’essai CHI-SQUARE (Can Hdl Infusions Significantly QUicken Atherosclerosis Regression), publié en accès libre dans l’European Heart Journal , montre que la perfusion d’un analogue de HDL, ne fait pas régresser la plaque d’athérome [1].

L’essai CHI-SQUARE avait pourtant été annoncé avec enthousiasme par son premier auteur, le Pr Jean-Claude Tardif (Montréal) sur Medscape-France en 2010, à l’occasion du Congrès Canadien de Santé Cardiovasculaire.

En substance, il s’agissait d’évaluer le bénéfice de l’injection d’un analogue du HDL, construit autour d’une apolipoprotéine A1 recombinante liée à deux phospholipides (l’ApoA1 est le principal constituant du HDL). Cet analogue, dit CER-001, a été développé par la société franco-américaine Cerenis.

Plus de 500 patients inclus après SCA

Entre mars 2011 et août 2012, 507 patients, victimes d’un syndrome coronarien aigu (angor instable, IDM non-ST ou ST), ont été recrutés dans CHI-SQUARE, dans 51 centres américains, canadiens, néerlandais et français. Ces patients ont été randomisés dans les 14 jours suivants le SCA, dans un ratio 3 :1, pour recevoir un traitement d’une semaine consistant en 6 perfusions de CER-001 aux doses de 3 mg/kg, 6mg/kg et 12 mg/kg, un traitement par perfusions placebo.

L’évaluation a été réalisée par échographie intravasculaire (IVUS) et coronarographie quantitative entre 2 et 5 semaines après la dernière perfusion.

En données ajustées, les variations nominales des volumes d’athérome mesurés à l’IVUS, étaient de 22,71 mm3 dans le groupe placebo, de 23,13 mm 3 dans le groupe CER-001 (3 mg/kg), de 21,50 mm3 dans le groupe CER-001 (6 mg/kg), et de 23,05 mm3 dans le groupe CER-001 (12 mg/kg). Les écarts ne sont pas significatifs.

Exprimés en pourcentages du volume initial, les variations sont également équivalentes entre groupes.

Un score coronaire, calculé à partir de la taille minimale de la lumière et du score de sténose coronaire, a lui aussi évolué parallèlement dans tous les groupes.

Du point de vue clinique, même si l’essai n’était pas dimensionné pour évaluer le traitement sur ce plan, on note des incidences équivalentes d’évènements à six mois.

Enfin, en termes de sécurité, quelques réactions à type de frissons, fièvre, nausée et/ou hypotension sont rapportées parmi les patients effectivement traités, mais aucune apparition d’anticorps anti-CER-001.

Le HDL est un marqueur

Dans leur discussion, les auteurs rappellent que leurs résultats n’excluent pas l’efficacité d’un analogue du LDL dans d’autres populations, ou avec d’autres dosages et/ou modalités d’administration.

Après l’échec de la niacine, et celui de deux inhibiteurs de la CEPT, le contexte est toutefois sombre pour les interventions thérapeutiques visant à augmenter le HDL.

En fait, il apparait de plus en plus clair que le HDL n’est qu’un marqueur. De manière surprenante, ce sont les auteurs eux-mêmes qui emploient le terme - et qui plus est, pour souligner la valeur prédictive incertaine dudit marqueur vis-à-vis de l’athérome.

« Le fait que l’augmentation dose-dépendante de la mobilisation de cholestérol (estimée d’après l’augmentation du cholestérol plasmatique après perfusion de CER-001) observée dans cette étude, ne se soit pas traduite dans des effets progressivement de plus en plus importants à l’IVUS, souligne l’absence de valeur prédictive de ce biomarqueur », écrivent-ils ainsi. « D’autres propriétés des particules de HDL, comme leurs effets anti-inflammatoire, ou leur impact sur le protéome, pourrait avoir une plus grande importance ».

 

L’essai CHI-SQUARE a été financé par Cerenis France.

L’Institut Cardiologique de Montréal a financé la publication de l’étude en libre accès.

Les Drs Jean-Claude Tardif, Christie M. Ballantyne, Philip Barter, Zahi A. Fayad, John J. P. Kastelein, Wolfgang Koenig, Thomas F. Lüscher, Ahmed Tawakol et David D. Waters ont reçu des honoraires pou rleur participation au comité de pilotage de l’étude.

Les Dr Jean-Claude Tardif déclare par ailleurs des honoraires de Roche et Servier, et le Dr Thomas F. Lüscher, des honoraires de Merck et Roche.

 

REFERENCE :

  1. Tardif J-C, Ballantyne CM, Barter P et coll. Effects of the high-density lipoproteinmimetic agent CER-001 on coronary atherosclerosis in patients with acute coronary syndromes: a randomized trial. Eur Heart J 2014 ; doi:10.1093/eurheartj/ehu171

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