Cancer du sein : l'annonce d'Angelina Jolie a dopé les consultations

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

2 juin 2014

Paris, France – En avril 2013, dans une tribune du New York Times intitulée «Mon choix médical», l’actrice Angelina Jolie a annoncé avoir subi une double mastectomie car elle est porteuse d’une mutation génétique BRCA1/BRCA2 augmentant les risques de cancer du sein et des ovaires.

L'annonce de son ablation préventive des seins a suscité de nombreuses réactions, mais, elle a, notamment, eu le mérite de lever des tabous et d’inciter de nombreuses femmes à risque à aller consulter un oncogénéticien, selon le Dr Odile Cohen-Haguenauer, oncogénéticienne à l’hôpital Saint Louis (Paris).

A la lumière de cet événement, Medscape France a demandé à la spécialiste de faire un point sur l’accès aux consultations d’oncogénétique en France.

Medscape France : En quoi l’intervention d’Angelina Jolie a eu un effet bénéfique en France. Lequel ?

Dr Odile Cohen-Haguenauer

Odile Cohen-Haguenauer : L’intervention d’Angelina Joly a eu un effet globalement tout à fait extraordinaire et positif. Elle a été déterminante pour créer un vrai mouvement chez les femmes les plus à risque qui n’étaient jamais allées consulter.

Si les hommes et les femmes du commun ont pu être choqués, beaucoup de personnes réellement concernées par des cas d’antécédents familiaux de cancer du sein, se sont « débloquées », ont « pris le taureau par les cornes » et se sont dirigées vers les consultations d’oncogénétique auxquelles elles n’osaient pas aller par déni ou par terreur.

Or, ces consultations sont une véritable valeur ajoutée pour leur prise en charge et celle de leur famille.

Vous dites que l’annonce d’Angelina Jolie a créé un véritable afflux vers les consultations d’oncogénétique. Cela pose-t-il des difficultés ?

Il faut déjà préciser que ces demandes sont justifiées. Après l’intervention d’Angelina Jolie nous avons observé que des femmes qui sont à risque génétique avec des facteurs familiaux majeurs n’osaient pas approcher nos consultations.

En pratique, l’encombrement des consultations a, en effet, explosé en 2013-2014. Personnellement, je suis rendue pour mes prochains rendez-vous à juillet-août de 2015 car nous gérons en permanence des demandes d’urgence.

Comment répondre au mieux à la demande ? La répartition des consultations sur le territoire est-elle adaptée aux besoins?

Nous avons créé des filières parallèles mais, il est vraiment nécessaire de former plus d’oncogénéticiens pour répondre à la demande et aider les praticiens au quotidien.

En ce qui concerne ma pratique, nous avons créé trois filières.

Nous avons une filière d’urgence notamment lorsque les conséquences peuvent être d’ordre thérapeutiques, soit chirurgicales, soit par traitements anti-PARP. Nous proposons alors une prise en charge avec un résultat de test en trois semaines.

Nous avons une filière rapide en trois mois et la filière normale qui reste un peu ingrate. Notre objectif est d’arriver à une prise en charge en trois mois maximum pour la filière normale.

Concernant le maillage des consultations d’oncogénétique sur le territoire, il est satisfaisant. Il existe des centres de référence et des consultations spécialisées mais aussi des consultations avancées dans des territoires plus retirés où des spécialistes consultent une fois par mois pour éviter aux patientes de se déplacer. Le vrai besoin est de former plus d’oncogénéticiens pour répondre à une demande croissante.

 

Quand aller voir un oncogénéticien ?

 

Selon les nouvelles recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) [1], en cas d’antécédent familial de cancer du sein avec score d’Eisinger d’indication d’oncogénétique ≥ 3 et en l’absence d’identification d’une mutation BRCA1 ou 2 dans la famille (ou en cas de recherche non réalisée), c’est à l’oncogénéticien d’évaluer le niveau de risque personnel de cancer du sein de la femme, au vu de son arbre généalogique et de son âge. Le risque peut être considéré comme élevé ou très élevé.

Voir la carte et l’annuaire des consultations d’oncogénétique sur le territoire .

 

Le Dr Odile Cohen-Haguenauer n’a pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

REFERENCES

1. HAS. Dépistage du cancer du sein en France : identification des femmes à haut risque et modalités de dépistage. 19 mai 2014.

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