Sport et asthme : compatible voire à encourager mais sous conditions

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

30 mai 2014

Paris, France -- Pour le Pr Benoit Wallaert (Lille), président de la Société Française d’Allergologie qui s’est exprimé à l’occasion du 9ème Congrès Francophone d’Allergologie, « l’activité physique est bénéfique pour tous les asthmatiques. Mais des précautions doivent être prises pour certains sportifs, et en particulier les sportifs de haut niveau qui pratiquent la compétition » [1].

La position des allergologues sur la question de l’activité physique chez l’asthmatique est désormais consensuelle. En effet, le réentrainement à l’effort permet une amélioration des symptômes d’asthme, une baisse du bronchospasme induit par l’effort et une meilleure qualité de vie. « Mais entre un réentrainement à l’effort qui est réalisé dans des conditions contrôlées, sous surveillance médicale ou paramédicale, et un sport pratiqué de façon individuelle, à plus ou moins forte intensité, il y a un monde », explique le Dr Anne Charloux (Strasbourg) [2].

Hypoxie, bronchospasme, hyperréactivité…

La pratique sportive peut exposer à la pollution et aux allergènes. L’air inhalé peut être froid et sec ce qui majore le risque de bronchospasme.

Par ailleurs, le sportif peut être exposé à une hypoxie relative comme c’est le cas en altitude.

Mais, outre les conditions climatiques et atmosphériques, la pratique sportive peut influer sur l’état respiratoire de l’asthmatique en imposant d’atteindre des niveaux de ventilation élevés et soutenus. Or, ce type de ventilation majore le risque de bronchospasme induit par l’effort. Et, comme cela a été prouvé chez les athlètes de haut niveau, une inflammation bronchique, un remodelage et une hyperréactivité bronchique peuvent survenir.

Mécanismes du bronchospasme

 

Il semblerait que la cascade de ces phénomènes fasse intervenir une déshydratation de la muqueuse, une augmentation de l’osmolarité du liquide à la surface des bronches, une activation des mastocytes, une desquamation des cellules épithéliales et une excitation des terminaisons nerveuses. La libération de médiateurs qui suivrait directement ces modifications physiologiques contribuerait à induire une contraction du muscle bronchique et une sécrétion de mucus.

Un suivi respiratoire du sportif au même titre que le suivi cardiaque

Alors est-il dangereux pour l’asthmatique de pratiquer un sport en dehors de tout encadrement médical ?

« Non », continue le Dr Charloux. « L’asthme ne représente que 2,1 % des causes de morts subites des athlètes de moins de 35 ans et il s’agit le plus souvent de personnes chez qui l’asthme était connu mais non traité ».

« Il faut souligner que la plupart des sportifs et des médecins du sport mettent l’accent sur la surveillance cardio-vasculaire des sportifs et délaissent un peu le versant respiratoire. Or un asthmatique même minime peut présenter des signes respiratoires à l’effort qui seront, à tort, bien souvent considérés comme habituels et liés à l’effort et non à l’asthme ».

Reste que certains sports sont contre-indiqués chez certains asthmatiques : c’est le cas par exemple de la plongée sous-marine avec scaphandre qui augmente la densité des gaz et majore le risque de bronchospasme.

Tenir compte de l’environnement et du niveau ventilatoire

Pour tous les autres sports, le médecin doit prendre en compte le niveau ventilatoire atteint pendant l’effort (en analysant le rapport entre la composante musculaire statique et la composante cardiaque dynamique) ainsi que le rôle de l’environnement [3].

La natation en bassin fermé peut induire des réactions d’hyperréactivité bronchique en rapport avec l’inhalation répétée de chloramines, ce qui ne survient pas lorsque l’asthmatique nage en extérieur.

Les sports d’hiver – et le ski de fond en particulier – peuvent induire des bronchospasmes au froid alors que ce n’est pas le cas du ski de descente.

Le trekking en altitude peut lui aussi être déconseillé en raison du froid et de l’hypoxie auxquels l’asthmatique sera confronté. Mais, à l’inverse, la marche en moyenne montagne ou en plaine est parfaitement adaptée à l’asthmatique.

Les sports d’endurance sur route – cyclisme et courses sur route – sont eux aussi déconseillés à haut niveau en raison du risque d’exposition aux pollens, au dioxyde d’azote (NO2), aux particules fines et à l’ozone. Pour autant, il n’est pas licite de déconseiller la pratique du demi-fond ou du vélo si le niveau ventilatoire n’est pas trop élevé.

Les sports d’équipe (football, basketball) sont fondés sur la réalisation de déplacements rapides, intenses et répétés qui peuvent induire un bronchospasme d’effort, en particulier en cas d’exposition conjointe aux polluants ou allergènes extérieurs.

Les sports en salle permettent de pratiquer un effort toute l’année sans inhalation d’air froid, mais ils peuvent exposer dans des locaux mal aérés à des allergènes respiratoires. Le médecin doit déconseiller à l’asthmatique de fréquenter plus de 10 h par semaine les salles de sport.

REFERENCES :

  1. Wallaert B. Impact de l’activité physique sur l’immunité. CFA2014.

  2. Charloux A. Quels sports chez l’asthmatique ? CFA2014.

  3. Mitchell J, Haskell W, Snell P et coll. Task Force 8: classification of sports. J Am Coll Cardiol. 2005 Apr 19;45(8):1364-7.

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