Nanoparticules et pollution d’origine électromagnétique en ligne de mire de la députée Michèle Rivasi

Christine Murris

Auteurs et déclarations

26 mai 2014

Strasbourg, France – Michèle Rivasi qui se présentait en tête de liste pour Europe Ecologie Les Verts (EELV) dans le Sud-Est a gagné sa place au Parlement européen. Interrogée par Medscape France, elle insiste sur le rôle des Verts, qui, au sein de la commission Environnement, Santé Publique et Sécurité Sanitaire (ENVI) du Parlement européen, tiennent beaucoup à la « lutte contre les conflits d’intérêt » et à la résistance face aux lobbies industriels. Demain, elle se mobilisera pour l’étiquetage des nanoparticules et la lutte contre la pollution électro-magnétique.

Michèle Rivasi

Medscape.fr : Le Parlement européen a-t-il une réelle efficacité en matière de santé ?

Michèle Rivasi : Bien sûr, l’Europe joue un rôle important dans la protection des patients et des consommateurs, même si son champ d’action est circonscrit. Dans les domaines qui sont de compétence européenne, les Verts sont véritablement leaders car les questions de santé et d’environnement sont tout naturellement au cœur de nos préoccupations, qu’il s’agisse de l’enceinte européenne ou d’autres institutions. Dans le Parlement, les autres groupes sont souvent très libéraux...

En fait, nous devons vraiment surveiller la Commission européenne, veiller au grain. Même lorsqu’il y a des avancées, il faut veiller à ce qu’elles ne soient pas détournées, comme par exemple, l’Initiative pour les médicaments innovants. Beaucoup d’argent est distribué pour la recherche dans ce cadre. Mais ce sont les gros labos qui ont confisqué la gouvernance, les PME et les ONG n’y sont pas suffisamment associées ! Alors qu’en fin de compte, les grands industriels ont aujourd’hui beaucoup de mal à innover...

Les objectifs d’innovation fixés ne sont pas non plus forcément connectés avec des besoins sanitaires réels, mais plutôt avec la rentabilité du traitement pour telle ou telle maladie. Dans un tel contexte, les maladies négligées peuvent le rester longtemps, contrairement à ce que l’on claironne ! Les lobbies sont terribles, il faut être très vigilant.

Medscape.fr : Considérez-vous néanmoins que vous avez pu enregistrer de réelles réussites ?

Michèle Rivasi : Oui. Le plus souvent, quand le Parlement est contraint à agir, c’est à la suite d’un scandale ! Voyez la question des dispositifs médicaux ; c’est le scandale des prothèses PIP qui a tout déclenché... Il était en effet indispensable de renforcer les règles qui entourent la mise sur le marché de ces produits que l’on implante dans le corps humain. Lorsqu’il y a un dysfonctionnement, ce n’est pas comme avec un médicament, on ne peut pas interrompre le traitement du jour au lendemain, il faut réopérer ! Demain, les organismes de certification seront moins nombreux, mieux connus et beaucoup plus contrôlés. Nous tenons aussi beaucoup à la transparence des informations données aux patients ; à la suite de la révision de la directive sur la pharmacovigilance, on a progressé sur ce point. L’information des médecins est également importante : pour les médicaments, nous avons beaucoup insisté pour que les notices soient réalisées par les agences sanitaires et non pas par les labos. Mais là aussi, comme pour le tabac, l’industrie a tout fait pour retarder les travaux.

Medscape.fr : Lors de votre campagne, avez-vous pu vous faire entendre sur ces sujets ? Les Français sont-ils conscients du rôle de l’Europe ?

Michèle Rivasi : Pas vraiment ! Les gens ne se rendent pas bien compte ; si le marché était seul maître à bord, seuls les lobbies auraient voix au chapitre ! Ce serait terrible. Si les Français perçoivent mal l’action européenne, c’est aussi parce que la France met souvent beaucoup de temps à transposer les directives en droit national, même si ce n’est pas le pays le plus laxiste sur ce plan.

Medscape.fr : Sur quels axes entendez-vous vous mobiliser dans les années à venir ?

Michèle Rivasi : Cela ne résume pas notre action, mais je peux toutefois citer deux dossiers qui me paraissent devoir être importants dans les années à venir. D’abord celui des nanoparticules : personne n’en parle, personne ne s’en préoccupe, alors qu’elles sont partout, de la nourriture aux cosmétiques. Nous avons déjà demandé un étiquetage rigoureux, il faudra y revenir, l’Agence sanitaire française nous a alertés sur ce sujet. Nous voulons aussi mettre au point une directive sur la pollution électromagnétique. C’est une nuisance grave que l’on ne mesure pas vraiment. Il faudra qu’il y ait des initiatives citoyennes sur ce point : la Commission accepte de légiférer lorsque l’on obtient un million de signatures sur un sujet qu’elle ne souhaitait pas a priori mettre à l’ordre du jour.

Ce sont là des dossiers méconnus, maintenus sous le boisseau par des lobbies forts. Raison de plus pour s’en occuper... En tout cas, c’est une priorité pour moi.

Crédit photo : Yann (Wikipédia)

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