Diabète 1 et 2 chez les jeunes américains : en hausse de 21% et 30% en 8 ans

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

16 mai 2014

Aurora, Etats-Unis – On évoque fréquemment l’ « épidémie » de diabète : abus de langage ou triste réalité ? Une étude du JAMA montre que la deuxième option est malheureusement la bonne. La prévalence du diabète de type 1 comme de type 2 a grimpé en flèche chez les jeunes américains au cours des huit dernières années [1]. Cette étude a la particularité d’être l’une des premières à avoir distingué les résultats en fonction des différents groupes ethniques présents sur le territoire.

L’analyse a porté sur des enfants diagnostiqués pour un diabète de type 1 âgés de 0 à 19 ans et sur les ados et pré-ados atteints d’un diabète de type 2 âgés de 10 à 19 ans entre 2001 et 2009. La population était issue de cinq centres situés en Californie, au Colorado, dans l’Ohio, en Caroline du Sud et dans l’état de Washington, ainsi que de réserves amérindiennes situées en Arizona et au Nouveau Mexique. La population étudiée recouvrait donc des jeunes blancs, noirs, hispaniques, amérindiens et originaires des îles du Pacifique.

Les cas de diabète 1 en hausse de 20%

En 2001, 4958 cas de diabète 1 ont été identifiés dans une population de 3 345 783 millions, soit une prévalence de 1,48/1000. Ce chiffre est passé à 1,93/1000 en 2009, ce qui représente 6 666 patients sur 3 458 974 jeunes de moins de 19 ans. Après ajustement des données, cela revient à parler d’une augmentation de 21% du nombre de cas de diabète 1 en 8 ans.

Sans surprise, la plus forte augmentation a été observée chez les jeunes blancs avec une prévalence passant de 1,86 pour 1 000 en 2001 à 2,55 en 2009 (Δ = 0,69, P < 0,001). Mais les autres communautés étaient elles aussi concernées, à l’exception des amérindiens.

« Historiquement, le diabète de type 1 affecte prioritairement les jeunes blancs, pour autant, nos données mettent en évidence le poids de la maladie dans d’autres groupes raciaux/ethniques » déclarent les auteurs, confirmant ainsi les travaux de G. Imperatore. En se fondant sur les données de l’étude SEARCH, celui-ci a, en effet, prédit un triplement entre 2010 et 2050 des cas de diabète 1 chez les jeunes, en raison notamment d'une majoration des cas dans les minorités ethniques [2].

 
Probablement que quelque chose a changé dans l’environnement dans lequel nos enfants naissent et sont élevés – aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde -- Dr Dana Babelea (Aurora, Colorado)
 

Interrogée par Medscape International sur les raisons de cette flambée de cas de diabète 1 chez les jeunes, le Dr Dana Babelea (Colorado School of Public Health, Aurora), principale investigatrice de l’étude, avoue ne pas avoir de réponses claires.

« Probablement que quelque chose a changé dans l’environnement dans lequel nos enfants naissent et sont élevés – aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde – qui explique le nombre accru d’enfants qui développent cette maladie et, peut-être même à des âges de plus en plus précoces » indique-t-elle. Parmi les causes possibles, elle mentionne l’hypothèse hygiéniste, les modifications de l’alimentation des nourrissons qui pourrait impacter la flore intestinale et l’augmentation des cas d’obésité dans la population générale.

Plus 30% de diabète de type 2 chez les 10-19 ans

Coté diabète de type 2, pas mieux, voire pire. En 2001, seulement 588 cas de diabète 2 étaient diagnostiqués parmi les 1,7 millions de jeunes âgés de 10 à 19 ans, soit une prévalence de 0,34/1000. En 2009, la prévalence était passée à 0,46/1000, soit l’équivalent de 810 cas dans une population de 1,8 million de jeunes. Autrement dit, la prévalence du diabète 2 chez les 10-19 ans a augmenté de 30,5 %. Cette croissance touche aussi bien les jeunes blancs que les jeunes noirs et les ados d’origine hispanique (sans distinction d’âge ou de sexe) mais semble avoir épargné la jeunesse améridienne et celle des îles du Pacifique.

La forte progression de l’obésité, du diabète gestationnel et des perturbateurs endocriniens font partie des raisons avancées par les chercheurs pour expliquer cette hausse.

 
La fréquence élevée de diabète chez de jeunes adultes en âge de procréer peut faire craindre une augmentation de la pathologie diabétique dans la prochaine génération
 

Dans leur conclusion, les auteurs soulignent l’importance des résultats de cette étude en rappelant que tous ces jeunes vont entrer dans l’âge adulte avec un passif de diabétique déjà conséquent, et donc un risque accru de traitements compliqués et de complications précoces. Sans oublier que cette « fréquence élevée de diabète chez de jeunes adultes en âge de procréer peut faire craindre une augmentation de la pathologie diabétique dans la prochaine génération ».

Prévention et meilleure compréhension des mécanismes à l’origine de cette épidémie sont plus que jamais à l’ordre du jour, d’autant que celle-ci ne se limite pas au seul continent américain même si, à l’aune des Etats-Unis, l’Europe peut sembler relativement préservée.

L’étude a été financée par le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et l’Institut national des pathologies diabétiques, digestives et rénales. Le Dr Dabelea n’a rapporté aucun lien d’intérêt.

 

REFERENCES :

  1. Dabelea D, Mayer-Davis EJ, Saydah S, et coll. Prevalence of Type 1 and Type 2 Diabetes Among Children and Adolescents From 2001 to 2009 . JAMA, 2014; 311 (17): 1778 DOI: 10.1001/jama.2014.3201

  2. Imperatore G, Boyle JP, Thompson TJ et coll. SEARCH for diabetes in youthStudy Group. Projections of type 1 and type 2 diabetes burden in the U.S. population aged <20 years through 2050: dynamic modeling of incidence, mortality, and population growth. Diabetes Care. 2012 Dec;35(12):2515-20. doi: 10.2337/dc12-0669.

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