Un faible taux de vitamine C pourrait favoriser les hémorragies intracrâniennes

Aude Lecrubier, Pauline Anderson 

Auteurs et déclarations

15 mai 2014

Philadelphie, Etats-Unis — La carence en vitamine C pourrait être associée à un risque accru d’hémorragies intracrâniennes, selon une étude cas-contrôles menée par le neurologue rennais Stéphane Vannier (CHU de Pontchaillou, France).

Les résultats de l’étude ont été présentés en avant-première lors du congrès annuel de l’American Academy of Neurology (AAN 2014) [1].

« L’étude suggère qu’avoir un faible taux plasmatique en vitamine C est un facteur de risque spontané d’hémorragies intracrâniennes, a commenté le Dr Vannier pour Medscape.com.

Dr Stéphane Vannier

Selon le neurologue, ces résultats devraient inciter à lancer des essais cliniques pour évaluer l’intérêt d’une supplémentation en vitamine C dans ce contexte.

L’étude a inclus 135 participants dont la concentration en vitamine C était de 45,8 micromol/L. Parmi ces participants, 41% avaient un taux normal en vitamine C (plus de 38 micromoles/L), 45% un faible taux en vitamine C (11 à 38 micromoles/L) et 14% étaient carencés (moins de 11 micromoles/L).

Les taux de vitamine C étaient significativement plus faibles chez les 65 participants qui avaient été victimes d’une hémorragie intracrânienne que chez les 65 sujets contrôles.

Les taux moyens de vitamine C étaient de 35,3 +/- 19,9 micromoles/L et de 56,2 ± 20,4 micromoles/L respectivement chez les patients victimes d’hémorragie intracrânienne et ceux qui ne l’étaient pas (p<0,001).

L’action de la vitamine C sur la pression artérielle et le collagène

Le Dr Vannier explique ce lien par le rôle joué par la vitamine C dans la régulation de la pression artérielle et la biosynthèse du collagène, bien qu’il pense que d’autres facteurs puissent être impliqués.

La vitamine C étant un antioxydant, elle pourrait contrer le stress oxydatif qui est impliqué dans l’étiologie de l’hypertension. Selon le chercheur, la plupart des patients hypertendus de l’étude étaient carencés en vitamine C.

En parallèle, il explique que « l’acide ascorbique participe à la biosynthèse et à la régulation du collagène, y compris celles du collagène de type IV de la membrane basale entourant les vaisseaux. » La carence en vitamine C serait donc responsable de la fabrication d’un collagène instable et dysfonctionnel affectant les organes et à l’origine d’une fragilité vasculaire et des hémorragies.

Plus de complications et d’infections cutanées

Outre le lien entre les faibles taux de vitamine C et les hémorragies intracrâniennes, les auteurs ont aussi remarqué que la durée des hospitalisations dans le service de neurologie était plus courte (9,8 jours) chez les patients qui avaient des taux de vitamine C dans les normes vs ceux qui avaient des taux faibles (18,2 jours).

« Cet allongement de l’hospitalisation pourrait s’expliquer par les complications infectieuses associées au manque de vitamine C », note Stéphane Vannier. Il ajoute que les personnes carencées sont aussi plus sujettes aux lésions cutanées (ulcérations, escarres) et guérissent moins rapidement de leurs plaies.

S’il convient que d’autres études sont nécessaires pour mieux comprendre ces associations, le Dr Vannier propose, tout de même, de supplémenter en vitamine C ou d’augmenter la consommation de fruits et de légumes de ces patients hospitalisés pour limiter les infections les complications cutanées.

A l’heure actuelle, les experts recommandent un apport journalier de 120 mg de vitamine C en cas de carence.

L’œuf ou la poule ?
Alors que l’on remet actuellement en question l’intérêt d’une supplémentation systématique en vitamine D en prévention du cancer, des maladies cardiovasculaires et même de l’ostéoporose (lorsqu’elle n’est pas associée au calcium). On peut, là-aussi, se demander si la carence en vitamine C est réellement un facteur de risque d’hémorragie intracrânienne ou juste un marqueur du mauvais état général du patient qui a subi une hémorragie intracrânienne.

Seules des études prospectives pourront apporter un éclairage à cette question.

Les chercheurs font toutefois remarquer que des syndromes hémorragiques et des hémorragies intracrâniennes comptaient déjà parmi les manifestations cliniques du scorbut, cette maladie de la carence en vitamine C qui décimait les marins privés de fruits et de légumes lors de leurs longs voyages en mer…

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

L’étude a été financée par le CHU de Rennes.

REFERENCES :

66ème Annual Meeting of the American Academy of Neurology, 26 avril au 3 mai 2014. Abstract 3101.

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