L’infection à Mers-Cov va-t-elle devenir une urgence de santé publique ?

Aude Lecrubier, Kate Johnson

Auteurs et déclarations

13 mai 2014

Barcelone, Espagne ; Stokholm, Suède -- Il y a eu plus de cas d’infections par le coronavirus Mers-CoV en avril qu’au cours deux dernières années (288 vs 207) a souligné le Dr Denis Coulombier (responsable du Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies/ECDC, Stockholm) lors d’une téléconférence projetée au congrès de l’European Congress of Clinical Microbiology and Infectious Disease (ECCMID) [1].

Seize pays, dont récemment les Etats-Unis, sont désormais touchés par l’infection au virus Mers-CoV, cousin du SRAS, et pour l’heure l’ensemble des cas déclarés sont, directement ou non, associés à sept pays du Moyen-Orient.

Comment expliquer le pic infectieux ?

De retour de Djedda, en Arabie Saoudite, l’équipe du Dr Coulombier rapporte qu’il ne semble pas que la virulence et la capacité de transmission du virus aient changé. La séquence du génome du virus est restée stable depuis son séquençage, il y a deux ans.

« L’augmentation drastique des cas de Mers-CoV rapportés depuis les trois dernières semaines semble associée une saisonnalité du virus pour les cas primaires et à l’explosion des cas secondaires liés à l’exposition intra-hospitalière entre professionnels de santé et patients », explique le chercheur.

Une autre explication serait la mise en place d’un dépistage plus précoce.

Au cours des deux premières années, les patients asymptomatiques représentaient 14% des cas alors qu’en avril, ils représentaient 24 % des cas. « Ceci illustre certainement l’amélioration du dépistage et de la traçabilité qui ont permis d’identifier plus de cas asymptomatiques et de cas peu sévères », précise le Dr Coulombier.

Cette détection plus précoce du virus a « mécaniquement » abaissé le taux de mortalité de 60% pour les deux premières années à 25% pour le mois d’avril, un taux de mortalité qui reste, toutefois, très préoccupant.

Au 7 mai, 518 cas étaient confirmés, tous en relation avec le Moyen-Orient et plus de 140 des personnes infectées sont décédées.

Le pic de Djedda

« La situation la plus problématique a été observée à Djedda où 4 cas ont été rapportés en deux ans versus 135 en avril dernier », indique le Dr Coulombier.

L’analyse des cas de Djedda montre que les cas primaires touchent principalement les hommes de plus de 50 ans, ce qui conforte l’hypothèse d’une transmission via les dromadaires. L’élevage de dromadaire est en grande partie pratiqué par les jeunes retraités, souligne l’expert.

Les cas d’infections secondaires touchent des personnes plus jeunes et sont plus répartis entre les deux sexes.

« Nous avons appris des cas à l’hôpital d’Al Ahsa, l’année dernière, que les mesures prises pour contrôler l’infection sont suffisantes pour limiter la transmission. Il s’agit maintenant d’une priorité pour Djedda», note le Dr Coulombier.

A Djedda, l’absence du port systématique du masque associé à l’afflux de patients infectés par le virus Mers-CoV à la mi-mars dans des salles d’attentes des urgences non préparées a probablement joué un rôle dans le pic infectieux observé. Certains patients symptomatiques seraient restés jusqu’à une semaine dans les salles d’attente aux urgences…

Sur place, l’instauration récente de la mise en quarantaine des patients a été associée à une baisse des cas secondaires alors que les cas primaires continuent d’augmenter.

Comprendre la source de l’infection est une priorité

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a récemment lancé une alerte concernant l’exposition aux dromadaires, source suspectée de l’infection au Mers-CoV.

Mais, la source de l’infection et le mode de transmission du virus restent flous. Les dromadaires jouent, en effet, un rôle mais, il n’est pas clairement identifié. Seuls quelques patients primo-infectés ont eu des contacts directes avec des dromadaires.

« Il y a probablement plusieurs modes de transmission, et notamment alimentaire. La viande et le lait de dromadaire sont fréquemment consommés dans cette région », explique le Dr Coulombier.

En outre, une transmission interhumaine du virus a été documentée et plusieurs regroupements de cas ont été identifiés, indique l’InVS dans son dernier point au 30 avril 2014 [2].

« Confirmer la source du virus, ses moyens de transmission et améliorer la prévention de l’infection en Arabie Saoudite sont des priorités internationales », conclut l’expert européen.

Dans un éditorial publié dans l’édition d’Eurosurveillance du 24 avril, le Dr Coulombier et coll. suggèrent que l’OMS déclare « Mers-CoV » une urgence de santé publique internationale [3].

Le ministère de la santé d’Arabie Saoudite incite à limiter les pèlerinages

Devant la recrudescence des cas d’infections par le virus Mers-CoV, le ministère de la santé d’Arabie Saoudite déconseille aux personnes les plus fragiles d’effectuer le petit pèlerinage (Oumra) et le grand pèlerinage (Hajj) à la Mecque cette année. Ces mesures préventives spéciales annoncées hier par le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international concernent les personnes âgées, celles souffrant de maladies chroniques, les femmes enceintes et les enfants.

Dr. Coulombier n’a pas rapporté de liens d’intérêts en rapport avec le sujet.

REFERENCES :

1. European Congress of Clinical Microbiology and Infectious Diseases (ECCMID). 11 mai 2014.

2. InVS. Surveillance des infections liées au nouveau coronavirus (MERS-CoV). Point au 30 avril 2014.

3. Sprenger M., Coulombier D. Middle East Respiratory Syndrome coronavirus – two years into the epidemic. Eurosurveillance, Volume 19, Issue 16, 24 April 2014

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