Résistance aux ATB : selon l’OMS, les infections courantes devraient à nouveau tuer

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

7 mai 2014

Genève, Suisse -- L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publie son premier rapport mondial sur la pharmaco-résistance [1]. Et il est alarmant ! Pour le Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général de l’OMS, « le monde est entré dans l’ère post-antibiotiques… Des infections courantes et des blessures mineures soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer » [2].

«L’efficacité des antibiotiques est l’un des piliers de notre santé, nous permettant de vivre plus longtemps, en meilleure santé, et de bénéficier de la médecine moderne. Si nous ne prenons pas des mesures significatives pour mieux prévenir les infections mais aussi pour modifier la façon dont nous produisons, prescrivons et utilisons les antibiotiques, nous allons perdre petit à petit ces biens pour la santé publique mondiale et les conséquences seront dévastatrices.»

Tableau complet de la pharmaco-résistance dans le monde

Ce rapport, intitulé « Antimicrobial resistance: global report on surveillance », était attendu depuis 2001, date de la mise en place par l’OMS des premiers plans de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Il dresse en 200 pages un tableau complet de la pharmacorésistance dans le monde. La plupart des pays et régions font l’objet d’une analyse détaillée en annexe.

L’organisation internationale a choisi de mettre l’accent sur le profil de résistance d’agents infectieux à l’origine de pathologies graves mais fréquentes qui jusque-là étaient bien contenues par la prescription d’antimicrobiens.

Les résistances de 7 agents infectieux aux antibiotiques – y compris à ceux de dernière génération – sont détaillés : E. coli, K pneumoniae, S aureus, S pneumoniae, Salmonella, Shigela, N gonorrheae.

Et un chapitre spécifique a trait à la tuberculose, au paludisme, au VIH et à la grippe.

Principales conclusions

- Les résistances de E coli aux fluoroquinolones et aux céphalosporines de troisième génération se sont généralisées dans le monde. Et lorsqu’un patient est porteur d’une bactérie résistante, le risque de décès à 30 jours est multiplié par 2 par rapport aux personnes porteuses de souches sensibles. Les taux de résistances varient selon les pays dans les 6 régions OMS analysées et ils peuvent atteindre des chiffres très élevés (70 %) dans certains états africains, européens ou asiatiques.

- K pneumoniae, à l’origine d’infections pulmonaires ou de septicémies nosocomiales, est devenue résistante à de nombreuses familles d’antibiotiques (bêta lactamases, fluoroquinolones…). L’utilisation depuis les années 1990 de céphalosporines de troisième génération dans cette indication a conduit à l’apparition de résistances qui concernent désormais 30 à 60 % des souches. C’est pour cette raison que, depuis les années 2000, les carbapénèmes sont utilisées dans cette indication. Mais l’OMS fait désormais aussi état de multiples résistances à ce médicament de dernier recours. En France, 25 % des souches sont peu sensibles, contre 12 % en Allemagne et 76 % en Grèce.

- L’impact des résistances du S aureus à la méticilline est lui aussi détaillé : aujourd’hui, 20 à 80 % des souches se révèlent résistantes (selon les pays). Le risque de décès est majoré de 64 % en cas d’infection par une souche résistante. En outre, le coût de l’hospitalisation pour ces patients est nettement majoré en raison des mesures d’hygiène, de l’utilisation d’antibiotiques plus chers et du risque d’hospitalisation en unités de soins intensifs.

- L’OMS s’est aussi attardé sur l’impact de la pharmaco-résistance sur la diffusion des gonorrhées à N gonorrhoea. Aujourd’hui, toutes l’Europe est confrontée à des résistances de ce pathogène aux céphalosporines de troisième génération : le Danemark (25 %), l’Allemagne (10 %), les pays d’Europe de l’Est (36 %), ou l’Espagne (15 %).

- Enfin, l’OMS souligne que 10 à 17 % des patients nouvellement infectés par le VIH sont porteurs de souches résistantes à au moins un antiviral actuellement sur le marché.

La situation en Europe

- Le rapport souligne la généralisation des résistances de K pneumoniae aux céphalosporines de troisième génération dans la région européenne de l’OMS. Par ailleurs dans certains pays, 60 % des Staphylococcus aureus seraient résistants à la méticilline (SARM).

- L’OMS précise que la plupart des pays européens disposent de systèmes nationaux et internationaux de suivi des résistances aux antibiotiques, mais que certains membres de l’Union doivent encore être accompagnés pour mettre en place ou renforcer de tels systèmes.

Le réseau de surveillance de la résistance aux antimicrobiens en Asie centrale et en Europe orientale (CAESAR) nouvellement créé devrait contribuer à cet objectif.

 

REFERENCES :

  1. OMS. Antimicrobial resistance: global report on surveillance

  2. Premier rapport de l’OMS sur la résistance aux antibiotiques: une menace grave d’ampleur mondiale. Communiqué de presse du 30 avril 2014

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