Cannabis et risque CV : gare à l’interprétation  « fumeuse » des données

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

28 avril 2014

Dans cet article

que «  leur travail est quelque peu limité par le manque d’informations disponibles. »

Ils indiquent « […] que les événements étaient trop peu nombreux pour évaluer statistiquement si les complications cardiovasculaires étaient dues à la consommation de cannabis ou à d’autres facteurs de risque. »

On note, par exemple, que les informations concernant les antécédents cardiovasculaires et les facteurs de risque des fumeurs de cannabis victimes d’accidents cardiovasculaires ne sont disponibles que dans 16 cas sur 35 (46%). Or, sur ces 16 cas, 9 personnes avaient des antécédents personnels de maladies cardiovasculaires et 7 des antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires.

Il semble donc que les cas répertoriés touchent principalement des personnes à risque cardiovasculaire. On peut regretter que cette précision ne figure pas explicitement dans les conclusions des auteurs.

Autre source potentielle de biais, 21 des 35 sujets (60%) étaient également des fumeurs de tabac dont 6 avaient des antécédents personnels de maladies cardiovasculaires.

Interrogée par Medscape France, Emilie Jouanjus explique que « le tabac est évidemment un facteur à prendre en compte mais que cette question n’est pas abordée dans l’étude de par sa méthodologie. L’étude ne permet pas de discriminer l’impact propre du cannabis de celui du tabac. En revanche, une étude publiée en 1975 qui a comparé directement cannabis et tabac montre que chez des patients coronariens soumis à un exercice physique ceux qui fumaient du cannabis ont fait plus d’angors que ceux fumaient du tabac [4]. »

L'étude ne permet pas de discriminer l'impact propre du cannabis de celui du tabac. Emilie Jouanjus

Enfin, les données sur l’utilisation d’autres substances illicites associées à un risque cardiovasculaire accru sont, elles aussi, incomplètes.

Les analyses toxicologiques sont fournies dans 13 cas (37%).

Elles confirment la présence de Δ9‐tetra‐Hydrocannabinol (THC) dans tous les cas, mais elles rapportent aussi la présence d’alcool en plus dans un cas, et d’alcool, plus opiacés, morphine, salicylates et phénothiazine (antipsychotique) dans un autre cas. Chez les autres patients non testés (22), deux autres patients ont rapporté consommer également de la cocaïne et d’autres drogues (ecstasy, benzodiazépines, opiacés).

Un signal cardiovasculaire à surveiller

En conclusion, cette dernière publication et plusieurs travaux réalisés auparavant [3-7] incitent à surveiller ce signal cardiovasculaire chez les jeunes hommes fumeurs de cannabis, en particulier chez ceux qui ont des facteurs de risque cardiovasculaires. Mais, d’autres études sont nécessaires pour évaluer l’existence réelle d’un lien de causalité.

Pour approfondir le sujet, Emilie Jouanjus a pour projet d’analyser, parmi les jeunes hommes hospitalisés au CHU de Toulouse pour des complications cardiovasculaires, lesquels ont consommé des substances illicites et, en particulier, du cannabis.

En parallèle, elle souligne que de nouvelles études fondamentales de pharmacologie sont nécessaires pour tenter de mieux comprendre les mécanismes d’action qui pourraient expliquer que la consommation du cannabis provoque des accidents cardiovasculaires.

Mécanismes impliqués : des hypothèses à vérifier

Les récepteurs spécifiques aux dérivés cannabinoïdes sont présents dans le système nerveux central mais aussi au niveau des vaisseaux et du cœur. Cependant, reste à savoir si l'effet des dérivés cannabinoïdes sur ces récepteurs est plutôt protecteur ou délétère. Les études sont pour l'instant contradictoires.

« Il existe clairement un effet au niveau du système nerveux autonome mais, il varie selon le niveau d'exposition. Les effets d'une exposition en aigu sont très différents de ceux observés avec une consommation chronique. Pour l'instant, en l'état actuel des connaissances on ne connait pas précisément les mécanismes impliqués », explique Emilie Jouanjus.

Les auteurs n'ont pas rapporté de liens d'intérêts. L'étude a été financée par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (MILDT) et Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM).

Références
  1. Communiqué AHA. Marijuana use may increase heart complications in young, middle-aged adults. American Heart Association . Rapid Access Journal Report. 23 avril 2014

  2. Jouanjus E, Micallef J, Lapeyre‐Mestre M. Cannabis Use: Signal of Increasing Risk of Serious Cardiovascular Disorders. J Am Heart Assoc. 2014; 3: e000638 originally published April 23, 2014, doi: 10.1161/​JAHA.113.000638

  3. Jouanjus E, Leymarie F, Tubery M, Lapeyre‐Mestre M. Cannabis‐related hospitalizations: unexpected serious events identified through hospital databases. Br J Clin Pharmacol. 2011; 71:758-765.

  4. Aronow WS, Cassidy J. Effect of smoking marihuana and of a high‐nicotine cigarette on angina pectoris. Clin Pharmacol Ther. 1975; 17:549-554.

  5. Mittleman MA, Lewis RA, Maclure M et coll.. Triggering myocardial infarction by marijuana. Circulation. 2001; 103:2805-2809.

  6. Thomas G, Kloner RA, Rezkalla S. Adverse cardiovascular, cerebrovascular,and peripheral vascular effects of marijuana inhalation: what cardiologistsneed to know. Am J Cardiol. 2014;113:187–190.

  7. Beaconsfield P, Ginsburg J, Rainsbury R. Marihuana smoking. Cardiovascular effects in man and possible mechanisms. N Engl J Med. 1972;287:209–212.

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