Sport de compétition : pour ou contre l’ECG systématique de dépistage ?

Adélaïde Robert-Géraudel

Auteurs et déclarations

24 avril 2014

Dans cet article

de 9% ! Le sportif est fragile, il faut mettre aussi un psychiatre dans la visite de non contre-indication ! » ironise le Pr Mabo.

« Le risque de mort subite chez un joueur de basket atteint d’une cardiomyopathie hypertrophique est inférieur au risque de décès d’un alpiniste sans maladie cardiaque », ajoute-t-il [3].

 
Le risque de mort subite chez un joueur de basket atteint d'une cardiomyopathie hypertrophique est inférieur au risque de décès d'un alpiniste sans maladie cardiaque – Pr Mabo
 

Au total, très peu de morts subites ont lieu sur les terrains de sport. « La dysplasie arythmogène et la cardiopathie hypertrophique tuent beaucoup plus en population générale que chez les sportifs ». Au CHU de Rennes, sur huit morts subites, sept sont survenues dans la vie quotidienne, une seule a été imputée au sport. Faut-il signer des certificats d’aptitude à la vie courante avec ECG obligatoire pour tout le monde ?

« La vie courante comporte des risques, il faut les accepter », conclut le Pr Mabo.

Eviter l’engrenage d’examens de plus en plus lourds

Selon lui, les recommandations françaises sont très influencées par la position italienne. Or il estime que l’on attribue abusivement la baisse du nombre de mort subite à la seule introduction des ECG dans la visite de non contre-indication au sport. « Entre le début des années 80 et le début des années 2000 c’est tout un contexte qui a changé. Il y a par exemple moins de sportifs qui fument ».

Quant à l’intérêt de l’ECG au niveau individuel, « c’est vrai que si l’ECG est normal on est rassuré », admet-il, « la valeur prédictive négative est de 96% mais la valeur prédictive positive n’est pas bonne (7%) [4] ».

Le Pr Mabo a surtout souligné les difficultés d’interprétation « Personnellement, 80% des ECG chez l’adolescent me posent problème. Et la femme ? Y a-t-il un ECG normal chez la femme ? ». Si l’interprétation n’est pas aisée pour un cardiologue, le Pr Mabo a suggéré qu’il estimait peu réaliste d’imaginer former les généralistes à l’ECG, sachant qu’actuellement moins de 10% en font.

Or, avec 5 millions de licences de compétitions aujourd’hui en France, la participation des généralistes serait inévitable.

Autre inconvénient : le risque de faux positif. « Plus on va réaliser d’ECG plus le nombre de faux positif va croître. Quand l’incidence d’une pathologie est faible dans une population, un examen n’arrive pas à sortir les vrais patients à risque avec beaucoup de validité : les faux positifs sont plus nombreux que les vrais positifs ».

Et quelle est la valeur clinique d’une anomalie isolée à l’ECG ? En réalisant l’ECG, on met le doigt dans l’engrenage. « Cela va être la course à l’examen, de plus en plus lourd : échocardiographie, IRM etc. ». Or ces examens ont aussi leurs limites.

Enfin, une fois une anomalie repérée, quelle décision faudra-t-il prendre ? « Face à un Brugada de type 1, faut-il interdire le sport ? », s’interroge le Pr Mabo. « Et face à une repolarisation précoce ? Faut-il priver un jeune de sport par principe de précaution ? »

 
Face à une repolarisation précoce ? Faut-il priver un jeune de sport par principe de précaution ? – Pr Mabo
 

Pour le Pr Mabo, il faut se méfier de ne pas se laisser entraîner dans la course au tout-sécuritaire, une course dont bon nombre de cardiologues présents dans la salle se sont fait l’écho, témoignant d’une inflation des demandes de certificat de non contre-indication pour des sportifs de plus en plus jeunes (les bébés-nageurs !...).

D’autant que cela a un coût : selon lui, à raison d’une trentaine d’euros l’ECG, il faudrait réaliser 33 000 ECG pour prévenir un décès, c’est-à-dire dépenser la modique somme d’un million d’euros, sans compter un surcoût de 600 000 euros induit par les examens complémentaires nécessaires en cas d’anomalies….

 
On oublie de se poser la vraie question : pourquoi les athlètes qui font des morts subites ne sont pas immédiatement réanimés ? – Pr Mabo
 

Pour conclure, le Pr Mabo a finalement préféré déplacer le débat : « on oublie de se poser la vraie question : pourquoi les athlètes qui font des morts subites ne sont pas immédiatement réanimés, pourquoi les voit-on sortir sur une civière ? ».

Le Pr Mabo n’a déclaré aucun conflit d’intérêt, si ce n’est une amitié de plus de 30 ans avec le Pr  Carré, avec lequel il a débattu.

 

 

 

 

Référence :

  1. Mabo P (et Carré F). Controverse : Il faut un ECG à tous les sportifs, Pour/Contre. Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie. Paris, 17 janvier 2014

  2. Harmon et al. Circulation, 2011 ; 123 : 1594-1600

  3. Link et al. Circulation 2012; 125: 2511-2516

  4. Myerburg RJ. Circulation 2007 ; 116 (22) : 2616-26

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....