Aquilino Morelle, empêtré dans une affaire de conflit d’intérêt

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

22 avril 2014

Paris, France – Il n’aura pas fallu plus de deux jours pour que le Dr Aquilino Morelle, le conseiller politique du président François Hollande, démissionne, accusé de conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique par le journal en ligne Mediapart jeudi dernier. Celui qui avait révélé, dans un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (Igas), toute l’étendue du scandale du Mediator®, a lui-même été victime d’accusations de collusions avec l’industrie pharmaceutique.

C'est par un bref communiqué adressé à l'Agence France Presse (AFP) que le conseiller politique du président de la République a présenté vendredi 18 avril sa démission. Selon le journal Mediapart, Aquilino Morelle, médecin et inspecteur de l’Igas, aurait rempli des missions pour le laboratoire Lündbeck alors même qu'il était employé par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sans avoir averti son employeur.

Aquilino Morelle a, dans un premier temps, nié les faits.

Sur sa page Facebook [1], il publiait le 17 avril un billet dénonçant un article « à charge », tout en répondant à certaines allégations de Mediapart. Il reconnaissait avoir collaboré avec le laboratoire Lündbeck entre octobre et décembre 2007, mais affirmait que l'Igas en avait été prévenu : « Ces activités ont dû être déclarées à l'IGAS. Je n'ai pas retrouvé la trace de cette démarche en dépit de mes recherches. Ce sont des faits anciens – plus de sept ans. »

L’Igas nie avoir été informé

Problème : l'Igas a nié, auprès du quotidien Le Monde, avoir été informé par Aquilino Morelle de ses activités de consultant auprès du laboratoire. Après les réfutations de l’Igas, en fin de matinée vendredi, le conseiller élyséen annonçait sa démission. Dans son communiqué, il dit n'avoir commis aucune faute et avoir décidé de démissionner pour être « entièrement libre de répondre à ces attaques ». En déplacement à Clermont-Ferrand, François Hollande a réagi aussitôt à cette démission, en déclarant notamment qu'Aquilino Morelle avait pris la seule décision qui s'imposait, la seule qui lui permettra de répondre aux questions qui lui sont posées par rapport à des activités qu'il a eues quand il était à l'Igas. Aquilino Morelle a été un conseiller politique ces deux dernières années, je ne suis pas juge de ce qu'il a fait auparavant. »

Audition par l’Assemblée nationale ?

A Morelle maintenant de s’expliquer, car ses ennuis ne font que commencer. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a déclaré vendredi mener « une étude plus approfondie des déclarations d'intérêts et de patrimoine » d'Aquilino Morelle. Créée par les lois du 11 octobre 2013 relatives à la transparence de la vie publique, cette instance a pour mission de contrôler « les déclarations de situation patrimoniale et d'intérêts des 8 000 plus hauts responsables publics (membres du Gouvernement et du Parlement, grands élus locaux, collaborateurs du président de la République, des ministres et des présidents des assemblées ou dirigeants d'organismes publics) ». 

Avant qu'Aquilino Morelle n'annonce sa démission, de nombreuses voix s'étaient indignées de ses activités supposées. Ainsi, le nouveau secrétaire général du Parti socialiste (PS), Jean-Christophe Cambadélis, a sur I-Télé ce 18 avril demandé la démission du conseiller politique si les faits qui lui sont reprochés sont avérés. 

Depuis, l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer réclame l’audition par la Commission des affaires sociales de l’Assemblée d’Aquilino Morelle. « Nous avons besoin d'y voir plus clair sur les conflits d'intérêts en cause et le moyen de mieux les éviter à l'avenir dans la haute fonction publique. Je demande donc à ce qu'Aquilino Morelle ainsi que le directeur de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), Pierre Boissier, « soient auditionnés à l'Assemblée nationale par la commission des affaires sociales », a déclaré Bernard Accoyer au Journal du Dimanche.

Scandale du Mediator®

Aquilino Morelle, en tant qu'inspecteur à l'Igas, avait participé à la rédaction d'un rapport sur le scandale du Mediator® en janvier 2011, dénonçant, entre autres choses, les conflits d'intérêt de certains experts de l'Afssaps (ex-ANSM) rémunérés par les laboratoires Servier. Le rapport, remis à l’époque au ministre de la Santé Xavier Bertrand, avait provoqué des réactions en chaine, aboutissant au vote de la loi de renforcement de la sécurité sanitaire du médicament fin 2011, et à la dissolution de l’Afssaps, pour créer l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Selon Mediapart, l'ex-conseiller du président de la République avait créé une Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée (EURL) pour pouvoir collaborer avec Lündbeck, en 2006. Un fait qu'il reconnait aisément sur sa page Facebook : « C'est à cette fin que j'ai créé l'EURL Morelle, immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 15 mai 2006 [1]. » Reste à savoir maintenant si l’Igas avait été avertie par Aquilino Morelle de ses activités annexes.

CV

Né en 1962 à Paris, Aquilino Morelle est docteur en médecine et sort diplômé de l'ENA en 1992. Il occupe son premier poste à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), et étudie entre autres l'affaire du sang contaminé, dont il tire un ouvrage, La Défaite de la santé publique. Entre 1997 et 2002, Aquilino Morelle travaille au cabinet de Lionel Jospin, alors premier ministre, à qui il écrit les discours. Entre 2002 et 2004, il travaille pour l'agence de publicité Euro RSCG, laps de temps pendant lequel il collabore avec des entreprises pharmaceutiques, notamment Lilly. En mai 2012, Aquilino Morelle est nommé conseiller politique auprès de François Hollande.

 

Référence
  1. Page Facebook d' Aquilino Morelle. Droit de réponse à Mediapart.

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