Prévenir l’allergie par l’alimentation : que sait-on aujourd’hui ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

22 avril 2014

Paris, France – Est-il possible de limiter le risque de développer une allergique en adoptant des bons comportements alimentaires pendant la grossesse et dans les premiers mois de la vie ?

Le Dr Olivier Michel (Bruxelles) et le Dr Anne Tsicopoulos (Institut Pasteur, Lille) ont fait le point lors d’une présentation orale du 9ème Congrès Francophone d’Allergologie et de la conférence de presse d’ouverture [1].

Dr Anne Tsicopoulos

« Par le passé, beaucoup de choses ont été dites qui étaient relativement fondées sur des données empiriques. Actuellement des cohortes de suivi prospectif permettent d’établir des faits et des recommandations [2-5] », a expliqué l’allergologue lilloise.

Grossesse : seule la cacahuète fait débat

Il a été démontré qu’il est parfaitement inutile d’éviter de consommer les aliments allergisants pendant la grossesse. Les régimes d’éviction peuvent même entrainer des carences nutritionnelles chez le fœtus. Le seul aliment qui fait encore l’objet d’un débat est la cacahuète. L’Académie Américaine de Pédiatrie , sur la base de quelques études épidémiologiques, préconise, par précaution, d’éviter de consommer de l’arachide pendant la grossesse dans la mesure où l’aliment n’est pas essentiel [5].

En revanche, il semble qu’adopter un régime méditerranéen, riche en fruit, en légume, en huile d’olive et en poisson, diminue le développement d’une allergie chez les enfants.

Concernant l’adjonction de probiotiques* et/ou de prébiotiques** pendant la grossesse, selon les experts, en l’absence de données suffisantes, il n’est pas possible de la recommander pour l’instant.

Quelques études ont, toutefois, montré leur intérêt dans l’eczéma et la dermatite atomique.

Enfin, la supplémentation en vitamine D est à l’étude mais les résultats ne sont pas encore connus.

L’allaitement maternel retarde l’apparition de l’eczéma

Le bénéfice de l’allaitement a été confirmé dans la prévention du développement de l’eczéma. Il retarde son apparition et limite sa sévérité [2]. En revanche, le bénéfice de l’allaitement sur les signes respiratoires est moins tranché et variable en fonction du statut asthmatique ou non de la mère et de la durée de l’allaitement.

Il est préconisé d’allaiter exclusivement pendant les 4 premiers mois et de poursuivre l’allaitement lors de l’introduction des solides. Cependant, l’allaitement ne doit pas être poursuivi à tout prix. Chez les enfants à haut risque, il est possible de donner des laits hypoallergéniques à hydrolyse partielle ou extensive. Dans des situations exceptionnelles d’allergie sévère aux protéines de laits de vache, il existe des laits faits uniquement d’acides aminés. Les formules à base de protéines de soja sont déconseillées en prévention primaire de l’allergie. Leur utilisation est réservée, après l’âge de 6 mois, dans certains cas d’allergie aux protéines de lait de vache.

Pas de mesures contraignantes pour la diversification

Actuellement, il est conseillé de commencer la diversification entre 4 et 6 mois, plutôt six mois chez les enfants dont les parents ou une fratrie présentent déjà une pathologie allergique. Il est également recommandé d’introduire au moins 4 aliments avant 6 mois, et de privilégier un régime riche en fruits et en légumes.

Concernant les aliments allergisants, les experts sont revenus sur leur position et préconisent désormais de ne pas trop retarder leur introduction. Il est recommandé d’introduire le lait de vache sous couvert de l’allaitement maternel, d’introduire le blé et l’œuf à 6 mois [3], le poisson entre 6 et 9 mois [4] et l’arachide entre 6 et 9 mois.

« Même s’il paraît logique de concentrer les efforts chez les enfants qui ont de lourds antécédents familiaux allergiques, il est conseillé d’appliquer les mesures de prévention, qui ont fait la preuve de leur efficacité, chez tous les enfants à naître […] Les mesures de prévention du développement de l’allergie sont maintenant peu contraignantes », concluent les orateurs.

*Les probiotiques sont des bactéries vivantes qui, lorsqu’elles sont consommées régulièrement, exercent un effet bénéfique sur la santé. Ils peuvent être intégrés dans les aliments, les médicaments et les suppléments alimentaires.

** Les prébiotiques sont des substances alimentaires (consistant surtout en polysaccharides sans amidon et oligosaccharides peu digérés par les enzymes humaines) qui nourrissent un groupe sélectif de microorganismes vivant dans l’intestin.

Références
  1. 9ème Congrès Francophone d'Allergologie. D'après les Drs Feuillet d'Assonval, E. Bidat et le Pr Just. Présentation orale Dr O. Michel, Bruxelle.

  2. Kerkhof M, Koopman LP, van Strien RT, et coll. Risk factors for atopic dermatitis in infants at high risk of allergy: the PIAMA study. Clin Exp Allergy 2003;33:1336-41

  3. Rückinger S, Rzehak P, Chen CM et coll.  Prenatal and postnatal tobacco exposure and behavioral problems in 10-year-old children: results from the GINI-plus prospective birth cohort study. Environ Health Perspect. 2010 Jan;118(1):150-4. doi: 10.1289/ehp.0901209.

  4. Oien T1, Storrø O, Johnsen R. Do early intake of fish and fish oil protect against eczema and doctor-diagnosed asthma at 2 years of age? A cohort study. J Epidemiol Community Health. 2010 Feb;64(2):124-9. doi: 10.1136/jech.2008.084921. Epub 2009 Aug 6.

  5. Fleischer DM, Spergel JM, Assa'ad AH,. Pongracic JA. Primary Prevention of Allergic Disease Through Nutritional Interventions. The Journal of Allergy and clinical immunology : in practice. http://www.jaci-inpractice.org/article/S2213-2198%2812%2900014-1/fulltext - article-footnote-1 http://www.jaci-inpractice.org/article/S2213-2198%2812%2900014-1/fulltext - article-footnote-2 http://www.jaci-inpractice.org/article/S2213-2198%2812%2900014-1/fulltext - article-footnote-3published online 26 November 2012.

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