Microbiote fécal: l’ANSM autorise des essais cliniques et publie des recommandations

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

21 avril 2014

Paris, France -- A l’occasion des JFHOD 2014 , l’ANSM a annoncé la parution de recommandations nationales sur « la transplantation de microbiote fécal et son encadrement dans les essais cliniques » [1]. Ce travail, mené par un comité scientifique spécialisé temporaire, a débuté au mois d’octobre 2013 et avait pour but de proposer des mesures visant à minimiser les risques de « l’introduction de selles d’un donneur sain dans le tube digestif d’un receveur afin de rééquilibrer la flore intestinale altérée de l’hôte (dysbiose) ».

« La transplantation de microbiote sera utilisée en France dans des essais cliniques à visée curative ou préventive. Le microbiote doit donc être considéré comme un médicament, sa préparation doit être réalisée sous la responsabilité de la Pharmacie à Usage Intérieur (PUI) d’un établissement de santé (article L.5111-1 et L.5121-1-1 du CSP) », explique Gaëlle Guyader (ANSM).

Infections à Clotridium et autres indications
Ce travail fait suite à des recommandations internationales qui ont récemment proposé la transplantation de microbiote fécal dans les infections à Clostridium difficile multirécidivistes. Cette approche pourrait aussi être utilisée dans d’autres pathologies telles que les MICI, les troubles fonctionnels intestinaux, l’obésité, les maladies métaboliques et auto-immunes ou encore dans certains désordres neuropsychiatriques.
L’ANSM précise toutefois que ce traitement est encore au stade d’essais cliniques et il doit être réservé aux situations graves ou rares, en échec de traitement conventionnel et en l’absence d’alternative thérapeutique disponible ou appropriée.

 

Une sélection des donneurs en deux étapes

Pour prendre en compte les risques infectieux ou allergiques et procéder à des essais cliniques dans les conditions de sécurité optimale, l’ANSM a défini des processus de sélection des donneurs. Une fois sélectionnés, ces sujets sains sont soumis à un recueil d’anamnèse en deux étapes : à J-7 une pré-sélection est effectuée grâce à un questionnaire de don de sang complété par des items spécifiques et le jour de la transplantation un nouveau questionnaire (plus succin) est rempli.
Des critères de non inclusion absolue ont été définis : donneur atteint d’une pathologie chronique, antécédent de fièvre typhoïde, traitement curatif au long cours, séjour en zone intertropicale au cours des 3 derniers mois, hospitalisation à l’étranger de plus de 24 h.

« Les donneurs qui ont présenté plus de trois selles molles à liquides dans les trois jours sont exclus. C’est aussi le cas lorsque ce sont des personnes de l’entourage qui ont présenté une diarrhée. Par ailleurs, les personnes qui sont en contact avec du sang humain, celles qui ont adopté un comportement à risque et celles qui présentent des lésions anales sont exclues le jour du don à l’issue d’un deuxième questionnaire », précise Mme Guyader.

D’autres critères de non inclusion sont considérés comme relatifs : antécédents familiaux de MICI, de maladies auto-immunes ou de cancer colique ; âge supérieur à 60 ans ; IMC supérieur à 30.

Minimiser les risques infectieux

Parallèlement, un dépistage des agents infectieux – bactéries, virus et parasites – est effectué dans le sang (VIH, syphilis, hépatites…) et les selles : coproculture standard et orientée avec recherche de Clostridium, Listeria, Vibrio cholerae, salmonelles, shigelles, bactéries résistantes, adénovirus, astrovirus, rotavirus, Giardia, microsporides…

 « Les donneurs qui ont présenté plus de trois selles molles à liquides dans les trois jours sont exclus. Hormis les selles molles, l’exclusion est aussi prononcée lorsque ce sont des personnes de l’entourage qui ont été atteintes de diarrhées. Par ailleurs, les personnes qui sont en contact avec du sang humain, celles qui ont un comportement sexuel à risque et celles qui présentent des lésions anales sont exclues le jour du don à l’issue d’un deuxième questionnaire et de l’entretien médical obligatoire », précise Mme Guyader.

Les selles sont ensuite préparées sous la responsabilité de la pharmacie à usage intérieur à partir d’un donneur unique (mise en suspension, filtration et mise en seringues).

La traçabilité est assurée par la réalisation d’une fécothèque conservée à -80°C.

Le transplant est administré moins de 12 h après le recueil de selles et 15 jours après, le patient est contacté afin de détecter d’éventuels évènements post-dons.

 

Référence :

  1. Guyader G. Transplantation de microbiote fécal. Minimisation du risque dans le cadre d’essais cliniques. Les recommandations de l’ANSM. Symposium microbiote et foie/cancer/obésité/troubles fonctionnels/MICI

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