Chirurgie réparatrice : vers la culture de cartilage in vitro ?

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

16 avril 2014

Bâle, Suisse – Une première publiée par The Lancet : alors que la rhinoplastie reconstructive a habituellement recours à des prélèvements de cartilage, à la fois douloureux et susceptibles de complications, une équipe suisse rapporte des résultats concluants obtenus avec des greffes de tissu cartilagineux obtenu par culture in vitro de cellules du patient [1]. Ces travaux pourraient faire évoluer la chirurgie réparatrice.

La publication concerne cinq patients, opérés d’un mélanome localisé au niveau du nez.  Après résection de la tumeur, la reconstruction standard consiste à effectuer une greffe autologue de cartilage, généralement prélevé au niveau de la cloison nasale ou de l’oreille.

Cette procédure requiert alors une intervention chirurgicale supplémentaire et s’accompagne de douleurs post opératoires. De plus, la zone prélevée présente souvent des complications, notent les auteurs.

Un mois de culture

Pour évaluer leur technique basée sur l’utilisation de cellules du cartilage cultivées en laboratoire, le Pr Ivan Martin et son équipe de l’hôpital de Bâle (Suisse) ont prélevé sur chacun des patients un échantillon de six millimètres de diamètre dans le septum nasal.

Les chondrocytes, ont ensuite été isolées et mises en culture pendant deux semaines, puis déposées sur une membrane de collagène. L’incubation a ensuite été prolongée deux semaines supplémentaires, en présence de facteurs de croissance.

A la sortie de l’incubateur, le tissu cartilagineux obtenu présente en moyenne une taille 40 fois supérieure à la biopsie d’origine.  

Au cours de l’opération, le tissu de deux millimètres d’épaisseur est implanté après ajustement à la lésion induite par la résection du mélanome, puis recouvert par un lambeau de peau (prélèvement frontal paramédian).  

Six mois après l’intervention, la zone reconstruite présentait une structure fibro-musculaire adipeuse, caractéristique du lobule du nez, tandis que le cartilage s’était résorbé.

A un an, les patients se sont déclarés satisfaits des résultats esthétiques et fonctionnels.

La sensibilité cutanée s’est progressivement restaurée et les structures se sont révélées suffisamment stables pour permettre une fonction respiratoire normale. Aucun effet indésirable n’a été signalé.

A l’essai pour le genou

Selon le Pr Martin, l’usage de « cartilage régénéré en laboratoire a été associé à des résultats cliniques comparables à un traitement standard », par greffe autologue de cartilage.

Elle présente toutefois l’avantage d’être moins invasive et « permettrait à l’organisme d’accepter plus facilement le tissu implanté et d’améliorer la stabilité, ainsi que la fonctionnalité de la narine », souligne le chirurgien.

« Nos travaux montrent que l’utilisation de cartilage autologue régénéré en laboratoire en reconstruction du lobule du nez après cancer de la peau est possible et sûre », commentent les chercheurs.

Ces résultats laissent envisager une utilisation plus large de la technique, notamment pour des reconstructions plus complexes au niveau du visage, mais aussi d‘autres parties du corps, comme les articulations.

Un protocole similaire est à l’essai pour réparer le cartilage articulaire du genou, a précisé le Pr Martin, qui estime, par ailleurs que de plus larges études devront être menées pour valider la technique et espérer une application en routine.

Référence
  1. Fulco I, Miot S, Haug M, Engineered autologous cartilage tissue for nasal reconstruction after tumour resection: an observational first-in-human trial, The Lancet, publication en ligne du 11 avril 2014.

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