Sevrage alcoolique : une application smartphone pour aider à tenir bon

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

9 avril 2014

Paris, France – Nombre d’applications pour smartphone proposent aux utilisateurs d’évaluer leur consommation d’alcool et de calculer leur taux d’alcoolémie. Surement plus utile, une nouvelle application, en cours de finalisation aux Etats-Unis, pourrait aider les personnes alcoolo-dépendantes à ne pas rechuter après leur prise en charge en centre de désintoxication.

Mise au point par le consortium CHESS rassemblant des universitaires et des organismes de soins, l’application Addiction-Comprehensive Health Enhancement Support System (A-CHESS) propose des séances de relaxation audioguidée, envoie des alertes lorsque l’utilisateur s’approche d’une localisation à risque comme un bar qu’il a eu l’habitude de fréquenter et permet à l’utilisateur de rentrer en contact avec un conseiller et avec des personnes de son choix.

La nouvelle application a fait l’objet d’une évaluation rigoureuse.

Après plusieurs mois d’utilisation, elle permet de réduire les jours de consommation d'alcool à risque, selon les résultats d’un essai randomisé mené par David H. Gustafson et coll. (University of Wisconsin-Madison, Etats-Unis).

Leurs travaux sont publiés dans l’édition en ligne du 26 mars 2014 du JAMA Psychiatry [1].

«  La prise en charge en continu des patients alcoolo-dépendants a montré son efficacité. Pourtant, les patients bénéficient rarement d’un suivi après leur prise en charge », déplorent les auteurs.

Dans leur étude, les chercheurs ont enrôlé 349 patients alcooliques sortants de trois centres de désintoxication et ayant bénéficié de prises en charges variables (thérapie cognitivocomportementale, entretiens motivationnels, psycho-éducation, et thérapie de groupe).

Les patients ont été randomisés pour bénéficier ou non de l’application A-CHESS (179 vs 170 patients) pendant 8 mois. A intervalle régulier (4, 8 et 12 mois), il leur a été demandé de rapporter le nombre de jours de consommation d'alcool à risque au cours des 30 jours précédents. Les jours de consommation à risque correspondent aux jours au cours desquels la consommation a dépassé quatre verres standards en deux heures pour un homme et trois verres pour une femme.

A tous les intervalles de suivi, la différence était significative entre les deux groupes, en faveur du groupe ayant eu accès à l’application.

Après 8 mois d’accès à l’application et 4 mois de suivi, les patients ont rapporté 1,39 jours à risque versus 2,75 dans le groupe « contrôle » au cours du mois précédent (différence moyenne de 1,37; IC =95%, 0,46-2,27; P = 0,003).

En outre, les patients qui utilisaient l’application avaient plus de chance d’être restés abstinents à 4 mois (RR=1,7), 8 mois (RR=1,94) et un an (RR=1,65).

En revanche, il n'a pas été possible de mesurer de différences significatives sur les conséquences de l’addiction à l’alcool (comportements violents, problèmes d'argent, de famille, chômage, délits, accidents...).

« Ces résultats prometteurs sur le suivi des personnes alcoolo-dépendantes suggèrent que l’utilisation des smartphones peut apporter une aide aux personnes qui souffrent de problèmes d’alcool  », concluent les auteurs.

L’App. A-CHESS devrait être disponible en langue anglaise à partir de juillet (aux Etats-Unis).

Le projet a été financé par le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA), dépendant des National Institutes of Health (NIH).

 

Références
  1. Gustafson DH,  McTavish FM,  Chih Ming-Yuan et coll. A Smartphone Application to Support Recovery From Alcoholism. A Randomized Clinical Trial  JAMA Psychiatry. Publié en ligne le 26 mars 2014.

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