Envie impérieuse d’uriner chez l’homme : un diagnostic précoce s’impose

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

7 avril 2014

Paris, France — « Il n’y a pas que l’hyperplasie bénigne de la prostate qui soit à l’origine d’incontinence urinaire par urgenturie chez l’homme. D’autres pathologies prostatiques — la prostatite chronique, par exemple — vésicales (tumeurs, calculs) ou neurologiques (SEP, maladie de Parkinson, neuropathie diabétiques) peuvent se révéler par un besoin impérieux et difficile à réprimer d’uriner », explique le Pr Aurélien Descazeau (Limoges) à l’occasion d’une conférence de presse de l’Association Française d’Urologie [1].

C’est pour cette raison que, contrairement aux femmes atteintes d’incontinence urinaire par urgenturie, les hommes doivent être référés très tôt après le diagnostic à un urologue qui établira un bilan initial avant de proposer un traitement qui sera ensuite géré par le médecin généraliste.

L’exploration des urgenturies chez l’homme doit comprendre un examen clinique associant un toucher rectal, la réalisation d’un catalogue mictionnel, le remplissage des questionnaires spécifiques des pathologies prostatiques, un ECBU, une débimétrie, la mesure du résidu post-mictionnel et, en deuxième intention, une urétro-cystoscopie, un bilan urodynamique et une cytopathologie urinaire.

Et cette pathologie est bien plus fréquente que les médecins l’imaginent puisque 7 % environ des hommes de plus de 18 ans se plaignent d’urgenturie, un chiffre qui augmente bien sûr avec l’âge [2].

Les urgenturies de cause prostatique

L’hyperplasie bénigne de la prostate est la cause la plus commune d’urgenturie chez l’homme. C’est l’obstruction sous vésicale par augmentation du volume prostatique qui entraine une diminution de la force du jet, une attente per-mictionelle et une sensation soudaine d’un besoin d’uriner.

En cas d’urgenturie par HPB le traitement de première intention reste les alpha-bloquants. Les inhibiteurs de la 5 alpha réductase, la phytothérapie et les inhibiteurs de la phosphodiestérase 5 sont utilisés en deuxième ligne. En cas d’échec, une association alpha bloquants et anticholinergiques peut être proposée à condition d’y associer, dans un premier temps, une surveillance du débit et du résidu post-mictionnel.

Le traitement chirurgical sera proposé en l’absence d’efficacité des mesures médicales.

Les urgenturies liées à une prostatite chronique sont particulièrement délicates à traiter », explique à Medscape.fr le Pr Descazeau.

Outre la rééducation, il est possible de proposer un traitement par anticholinergiques antimuscariniques qui diminuent l’intensité de la stimulation des récepteurs muscariniques qui informent le cortex cérébral du degré de remplissage de la vessie. Ces médicaments sont contre-indiqués en cas de glaucome, de rétention urinaire et ils sont souvent abandonnées par les patients en raison de leurs effets secondaires (bouche sèche, constipation).

Les bêta-mimétiques — dont le premier représentant à avoir eu l’AMM européenne est le mirabegron — pourraient aussi trouver une place dans cette indication.

Si l’urgenturie n’est pas liée à une cause prostatique

Les pathologies vésicales (tumeurs, calculs, cystites) ou neurologiques (SEP, maladie de Parkinson, neuropathie diabétique) doivent faire l’objet d’une prise en charge spécifique.

En cas d’hyperactivité vésicale, un traitement par anticholinergiques peut être proposé en y associant une surveillance du débit et du résidu post-mictionnel. Les bêta-mimétiques bêta 3 agonistes seront utilisés dans cette indication dès qu’ils seront commercialisés en France.

En cas d’échec des approches médicamenteuses, une neuromodulation sacrée de la racine S3 ou l’injection de toxine botulique (hors AMM) peuvent aussi être proposés.

La prise en charge par rééducation, pour l’homme aussi

Dans un premier temps, le patient doit réaliser un catalogue mictionnel : horaire de chaque miction, volume, caractère spontané ou à l’effort, éventuels symptômes associés [3].

Modifier le comportement et les habitudes de vie est l’une des premières mesures à prendre : gestion de la diurèse, limiter le thé et le café, arrêt du tabac, perte de poids, traitement de la constipation.

La rééducation de la vessie chez l’homme passe par l’établissement d’un horaire de miction. La réalisation d’exercices de renforcement des muscles du périnée et du sphincter strié est le plus souvent prescrite aux femmes, mais elle trouve aussi sa place en cas d’urgenturie masculine. Certains kinésithérapeutes sont spécialisés dans le travail de renforcement du sphincter urinaire, dans la mise en place de processus de repérage du début de l’urgenturie afin de renforcer les réflexes périnéo-détrusiens. Des techniques d’électrostimulation périnéale par voie cutanée sont aussi possibles.

REFERENCES

  1. Conférence de presse de l’Association française d’urologie (AFU) le 20 mars 2013.

  2. Agarwal A, Eryuzlu L, Carwright R et coll. What Is the Most Bothersome Lower Urinary Tract Symptom? Individual- and Population-level Perspectives forBoth Men and Women. Eur Urol. 2014 Jan 24. pii: S0302-2838(14)00070-0. doi: 10.1016/j.eururo.2014.01.019.

  3. http://www.urofrance.org/fileadmin/medias/scores/catalogue-mictionnel.pdf

LIENS

L'incontinence urinaire

Actualité de l'incontinence urinaire d'effort

Incontinence urinaire de la femme âgée : éducation, conseil et traitement

Améliorer l'incontinence post-prostatectomie

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....