Qualité du sommeil : les actifs dorment trop peu et somnolent au volant

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

28 mars 2014

Paris, France – La dernière enquête de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV), menée conjointement avec la MGEN, livre quelques chiffres sur le mauvais sommeil, que l’on sait répandu dans la population, et sur ses conséquences. Dans un échantillon représentatif de la population active, l’enquête montre notamment qu’un tiers des personnes est en dette chronique de sommeil, que 9% des conducteurs se sont endormis au volant sur le trajet de leur travail, et que 13% seulement des personnes souffrant d’un trouble du sommeil se traitent.

Chaque année l’INSV mène une enquête sur le sommeil en France. La cuvée 2014 avait pour thème « sommeil et transports ». Les résultats ont été présentés lors d’une conférence de presse, à l’occasion de la 14ème Journée du Sommeil®, qui se tient le 28 mars autour de manifestations organisées dans 40 villes par 60 centres de sommeil.

Privation chronique de sommeil chez plus d’un tiers des actifs

Les chiffres présentés ont été obtenus début décembre, auprès de 1032 personnes de 18 à 65 ans (48% de femmes). Tous travaillaient, et 80% selon des horaires réguliers, principalement de jour.

Premier volet de l’enquête : le sommeil lui-même. Le temps de sommeil moyen des actifs, en semaine, est de 6h 55.

On trouve toutefois 36% d’actifs qui dorment moins de 6 heures. Le Pr Damien Léger (Hôtel-Dieu de Paris, Président de l’INSV), souligne qu’une fraction importante de la population active est en situation de « privation chronique de sommeil ». Il rappelle par ailleurs que le seuil de 6 heures est celui en deçà duquel « on voit apparaitre un certain nombre de maladies métaboliques : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires ».

 
[En deçà de 6 heures de sommeil] on voit apparaitre un certain nombre de maladies métaboliques : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires Pr Damien Léger (Hôtel-Dieu, Paris)
 

La qualité du sommeil n’est pas non plus optimale. Ainsi, 67% des personnes interrogées se réveillent au moins une fois par nuit, 19% disent souffrir d’insomnie, 16% de troubles du rythme du sommeil, et 6% d’apnées du sommeil.

L’enquête 2014 montre enfin que, parmi les actifs souffrant d’un trouble du sommeil, 13% seulement se traitent. Ce chiffre est d’ailleurs cohérent avec ce qui avait été observé lors de l’enquête « sommeil et environnement », menée en 2013 en population générale.

S’agissant des traitements, sur le plan pharmacologique, « on est dans l’impasse », estime le Pr Léger, en relevant le caractère « uniquement symptomatique » des traitements, et « la mauvaise réputation » des psychotropes.

Des approches non médicamenteuses, thérapie cognitives ou gestion de l’environnement, existent certes. Mais « les généralistes sont un peu dans l’inconnu pour orienter vers les approches non médicamenteuses, qui peuvent se révéler longues, coûteuses, et pas toujours remboursées par la Sécurité Sociale ».

Tenter systématiquement le sevrage des somnifères

Interrogée par Medscape France, le Dr Joëlle Adrien (Présidente du conseil scientifique de l’INSV) indique que face à un patient sous somnifère, les spécialistes du sommeil tentent maintenant systématiquement une démarche de sevrage. La prise en charge, étalée sur 8 semaines et encadrée par des psychologues, fait appel à des groupes de parole. Elle vise à améliorer la gestion du stress et l’affirmation de soi. « Elle est encore trop peu développée », regrette néanmoins le Dr Adrien. « Les personnes présentant des troubles du sommeil ont l’habitude de s’adresser à un généraliste et à des traitements remboursés ».

La dette de sommeil récupérée pendant le trajet domicile-travail

La dette de sommeil est en partie récupérée le week-end, avec un temps moyen de sommeil de 8 heures, ainsi que lors de siestes, auxquelles un tiers des personnes interrogées concède s’adonner au moins une fois par semaine.

Enfin, et c’est le problème que l’enquête 2014 cherchait à cerner : la dette de sommeil tend à être récupérée durant les temps de transports.

Les 8% d’actifs qui marchent jusqu’à leur lieu de travail ne sont pas concernés.

En revanche, parmi les quelques 20% d’utilisateurs des transports en commun ou du covoiturage, on compte 39% de personnes qui disent s’endormir parfois, plus fréquemment au retour qu’à l’aller. Ce chiffre élevé témoigne que la dette de sommeil est bien là.

Et elle l’est malheureusement aussi chez les 77% d’actifs qui conduisent un véhicule lors des trajets domicile-travail (voiture dans 91% des cas).

Dix pourcents des actifs qui vont travailler en voiture déclarent avoir déjà somnolé au volant au point d’éprouver des difficultés pour conduire, voire d’être obligés de s’arrêter. Pire : 9% des conducteurs ont déclaré s’être endormis au volant sur le trajet de leur travail dans les 12 derniers mois – avec 93% de réveils avant l’accident, et 7% d’accidents réels, toujours mineurs.

Le risque est logiquement plus important en cas de score de somnolence d’Epworth élevé (17% d’endormissement pour un score de 11 à 15, et 24% pour les scores > 16). Il est également plus élevé (18%) dans la tranche d’âge 18-24 ans, qui semble manquer davantage encore de sommeil.

On note enfin que c’est sur les grands axes, autoroutes ou 4 voies, que les endormissements sont les plus fréquents (40%). Mais 15% des conducteurs qui se sont endormis, l’ont fait en ville…

Parce qu’un tiers des actifs ont un sommeil insuffisant, et que plus des trois quart vont au travail en conduisant, la question de la qualité du sommeil mérite évidemment d’être posée en consultation.

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