Alerte aux Etats-Unis sur les aimants ludiques ingérés par les enfants

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

27 mars 2014

Boston, Etats-Unis –  Les petits aimants très puissants, dits aimants néodyme, constitueraient un véritable problème aux Etats-Unis, où des pédiatres mettent en garde contre les risques gastro-intestinaux en cas d’ingestion par les jeunes enfants [1].

Ces aimants, beaucoup plus puissants que les classiques aimants en ferrite, sont commercialisés depuis des années à titre de jeu de construction/création, parait-il déstressant. Ils se présentent généralement sous forme de billes, rondes, brillantes, sous un format bonbon idéal à avaler et l’objet se révèle fascinant pour le petit enfant.

Il semble que ces aimants soient fréquemment pris pour des friandises. Leur forme les prédisposeraient à être évacuer spontanément, mais pas leur magnétisme. En cas d’ingestion de plusieurs de ces aimants, les forces d’interaction sont telles qu’elles peuvent conduire à des ulcérations, nécroses et perforations de la paroi intestinale.

Un problème connu

En fait, le problème n’est pas nouveau. L’ American Academy of Pediatrics a déjà lancé une alerte sur le danger de l’ingestion d’aimants, et l’on trouve même une vidéo en ligne, destinée à mettre les enfants en garde.

En 2013, une enquête menée auprès de la North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition (NASPGHAN), recensait 123 cas, survenus entre 2008 et 2012, dont 102 pour les seules années 2011-2012, ce qui suggère que l’incidence augmente [2].

En pratique, un geste invasif a été nécessaire dans près de 80% des cas. Pour 26% des enfants, il s’est agi d’une chirurgie, y inclus laparoscopie, laparotomie, ou thoracotomie.

Au passage, on ne perd pas de vue que ces aimants peuvent aussi être « reniflés » et passer par le nez.
Par ailleurs, chez 43% des enfants opérés, une procédure additionnelle a dû être réalisée, outre le retrait des aimants : réparation d’une fistule  dans 60% des cas et résection intestinale dans 15% des cas.

Un bilan extrêmement lourd, donc, lié au magnétisme puissant de ces aimants. Par comparaison, pour les ingestions accidentelles d’objets par des jeunes enfants, on compte 1% d’interventions chirurgicales et 10 à 20% de retraits endoscopiques.

Les sociétés savantes mettent en garde

En 2012, la US Consumer Product Safety Commission est intervenue pour restreindre la vente aux enfants de moins de 14, ans, et pour retirer des rayons certains produits, jugés littéralement trop attirants.

Parallèlement, la NASPGHAN, l’AAP et l’American Pediatric Surgical Association publiaient une opinion commune d’experts sur la prise en charge de l’ingestion d’aimants chez le jeune enfant [3]. L’arbre décisionnel commence logiquement par la détermination du nombre d’aimants ingérés. En présence d’un seul aimant, la principale mesure est d’éviter de porter des vêtements comportant des garnitures métalliques (boutons, boucle de ceinture). A partir de deux aimants, le message est qu’il faut, après bilan, envisager très vite un geste invasif, et ne pas attendre des jours en se reposant sur une élimination naturelle.

Les recommandations de la Société Française de Pédiatrie
La Société Française de Pédiatrie a publié en 2008 des recommandations concernant l’ingestion de corps étrangers par des enfants. S’agissant des aimants, la recommandation est la suivante. « En cas d’ingestion simultanée de plusieurs aimants, ceux-ci doivent être extraits en urgence lorsqu’ils sont localisés dans l’estomac. Si les aimants sont localisés dans l’intestin, une surveillance clinique et radiologique est nécessaire pouvant conduire en cas de syndrome douloureux, à une laparotomie ».

 

Avis, donc, à tous les médecins et pédiatres : il faut prévenir les parents, instituteurs, éducateurs en centre de loisirs et autre baby-sitters, que les aimants sont des jouets pour grands.

Pièce magnétique d’un jeu de construction : b) vue radiologique ; a) vue de la pièce après extraction. (Clichés extraits des recommandations de la Société Français de Pédiatrie sur l’ingestion de corps étrangers).

 

Références :

  1. Bousvaros A, Bonta C, Gilger M, Noel RA. Advocating for child health: how the North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition took action against high-powered magnets. J Pediatr. 2014 Jan;164(1):4-5.e1

  2. Noel RA, Bousvaros A, Gilger MA. Neodymium magnet adult desk toy are associated with increased medical and surgical intervention in children. Digestive Disease Week®. Orlando 18-22 mai 2013. Abstract Sa1544.

  3. Hussain SZ, Bousvaros A, Gilger M et coll. Management of ingested magnets in children. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2012;55:239-42.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....