L’analyse génétique des cancers bronchiques est-elle utile ? L’étude BiomarQUEURS devrait répondre

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

24 mars 2014

Marseille, France -- Le Pr Fabrice Barlesi (oncologue thoracique, Hôpital Nord, Marseille) est l’un des investigateurs principal de l’étude BiomarQUEURS France mise en place en 2010 par l’Institut National du Cancer (INCa). L’objectif était de rechercher des mutations chez près de 10 000 patients français atteints de cancer bronchique non à petite cellule (CBNPC) afin de traiter en conséquence. Un objectif atteint chez 57% d’entre eux.

Pr Fabrice Barlesi

A l’occasion du 18ème Congrès de pneumologie de langue française (CPLF), il détaille pour Medscape.fr les dernières données sur les résultats d’analyse de routine des mutations des gènes EGFR, HER2, KRAS, BRAF, PI3KCA et EML4-ALK sur près de 10 000 patients atteints de cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC).

Medscape.fr : Quel est le but du projet BiomarQUEURS France ?

Pr Fabrice Barlesi : De 2010 à 2013 et grâce à la mise en place par l’INCa des 28 plateformes de détection des anomalies génétiques des cancers, tous les patients atteints de CBNPC de stade IV et diagnostiqués en France ont bénéficié d’une recherche de mutation génétique : mutations activatrice et de résistance EGFR, translocation EML4-ALK, mutations KRAS, mutations HER2 ex20, mutations BRAF et mutations PI3K.
En fonction de ces résultats, la possibilité de participer à des essais cliniques bioguidés sur la base d’un profil moléculaire leur a été donnée.
Les premiers résultats de cette étude sur les 9 464 premiers prélèvements, pour un total de 9 911 analyses réalisées ont été présentés au cours de l’ASCO 2013 .
Cette présentation a été reconnue comme particulièrement innovante par les oncologues réunis à cette occasion.

Les premières données présentées à l’ASCO 2013
Dans cette cohorte, les hommes étaient plus représentés que les femmes (64 contre 36 %). L’âge moyen était de 64,5 ans, 38,1 % des patients étaient fumeurs, 44,2 % anciens fumeurs et 17,7 % n’avaient jamais fumé. La grande majorité des cancers analysés étaient des adénocarcinomes (76,1 %). Les cancers à grandes cellules ne représentaient que 3,2 % des prélèvements et les épidermoïdes 5,3 %.
Au total, une mutation a été retrouvée de 46 % des cas : EGFR activatrice (9,5 %), EGFR inhibitrice (0,8 %), HER2 (0,8 %), KRAS (26,8 %), BRAF (1,8 %), PI3KCA (2,4 %) et ALK (3,9 %).
Cette étude confirmait aussi la plus grande prévalence des mutations chez les non fumeurs (64,8 contre 43,2 %). Dans cette population, les mutations EGFR étaient prédominantes (36,3 % contre 4,5 chez les fumeurs) et les mutations ALK étaient surreprésentées (9,7 % contre 1,6 %).

 

Medscape.fr : Quelle a été l’impact de la publication de ces données sur la prise en charge des patients ?

Pr Barlesi : Nous disposons de résultats biologiques uniques mais les vraies questions qui se posent sont : quelle est la réalité des traitements bioguidés en 2014 ? Cette approche est-elle réellement efficace ?

 
Sur les 9 464 premiers patients, le traitement de première ligne a été bioguidé dans 56,9% des cas Pr Barlesi
 

Après une phase pilote de 2011 à 2012, les inclusions dans l’étude BiomarQUEURS ont débuté en avril 2012. Elle se sont poursuivies jusqu’au 1 er avril 2013. Depuis, elles sont complétées par une analyse du devenir des patients.
Une fois les analyses du profil moléculaire effectuées, les résultats sont adressés au médecin prescripteur qui a accès à une base de données dans laquelle il doit compléter 9 questions sur les données démographiques et 13 sur des éléments thérapeutiques.
Actuellement, nous disposons d’un suivi médian de 4,4 mois (0-15,8 mois). 
Globalement, sur les 9 464 premiers patients, le traitement de première ligne a été bioguidé dans 56,9 % des cas.
L’analyse génétique a été utile pour 11,5 % des patients dans un contexte de recours de deuxième ligne.
Ce taux varie selon la mutation découverte. Ainsi, en cas de mutation EGFR, le traitement a été bioguidé en première ligne pour 70 % des patients et en deuxième ligne pour 10 %. Pour les mutations ALK, ces chiffres étaient respectivement de 52,4 % et 26,5 %.
La médiane de survie globale pour les 2 250 patients dont les données de suivi sont actuellement disponible s’établit à 11,4 mois (IC 95% : 10,5 –NR).
Aujourd’hui, toutes les données démographiques et thérapeutiques sur plus de 19 000 analyses effectuées ne sont pas encore complètes et elles seront prises en compte au fur et à mesure.

Le Pr Barlesi signale des conflits d’intérêt avec Amgen, Astra-Zeneca, Boerhinger-Ingelheim, Daiichi-Sankyo, Eli Lilly Oncology, Hoffmann-La Roche Ltd, GlaxoSmithKline, Novartis et Pfizer.

D’après un entretien avec le Pr Fabrice Barlesi, Marseille.

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