Coeur Carmat : au moins, ne pas court-circuiter l’analyse

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

18 mars 2014

Paris, France – Claude Dany, première personne implanté avec un cœur Carmat®, est donc décédé le 2 mars dernier, à 76 ans, 74 jours après son implantation (le 18 décembre 2013). Une fin de vie difficile, raconte sa famille dans le Journal du Dimanche, notamment du fait d’infections multiples (poumons, intestins, septicémie), et d’ulcères à l’estomac. Il reste que jusqu’au bout, Monsieur Dany aura exercé sa faculté de décision quant à ce qu’il pouvait encore faire de son corps, ce qui n’est pas nécessairement donné à tout le monde.
D’où provient la défaillance ?
Dans le JDD, toujours, le Pr Alain Carpentier a eu ces mots : « Le cœur s'est arrêté brusquement. Il y a eu un court-circuit. Cela a entraîné un arrêt cardiaque identique à celui que peut présenter un cœur naturel pathologique ».
Il s’agirait donc d’un dysfonctionnement technique.
On note que par une certaine ironie de l’histoire, le Pr Carpentier soulignait aux dernières Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie , que les composants avaient tous une durée de vie garantie d’au moins 5 ans : « il y a déjà bien assez de questions sur le plan biologique ; au moins, sur le plan de la mécanique et de l’électronique, c’est réglé », soulignait-il. Comme quoi…
L’évocation d’un « court-circuit » semble avoir suscité une certaine émotion du côté de la société Carmat. Philippe Pouletty, directeur général de Truffle Capital, l’une des sociétés fondatrices de Carmat, et Piet Jansen, directeur scientifique de Carmat, se sont relayés auprès de plusieurs médias pour souligner que les analyses se poursuivent sur les différents composants électroniques, les éventuelles failles logicielles, etc.
Un communiqué de presse de la société enfonce le clou, en soulignant que « Carmat décline toute responsabilité pour les informations qui ne sont pas diffusées sous son contrôle ».  
Tant que rien n’est identifié, on ne peut rien affirmer. On ne peut notamment pas savoir s’il s’agit d’un pur dysfonctionnement matériel – typiquement, un composant qui lâche –, ou s’il faut envisager ce dysfonctionnement en lien avec une configuration biologique ou physiologique particulière.
Interrogé par Medscape France, le Pr Daniel Duveau, qui a participé à l’implantation, se borne à souligner que « les analyses du malade et du dispositif sont en cours, nous ne pouvons rien dire à ce stade ». 
Il confirme cependant « qu’il n’y avait aucun anticoagulant ni anti-aggrégant depuis un bon mois ».
En d’autres termes, le pari d’un cœur dont les parties mobiles sont recouvertes de péricarde bovin, histocompatible, et dont les cavités ont une hémodynamique parfaite, pour éviter les thromboses, semble avoir réussi.

Un problème matériel est plus facile à corriger qu’un problème biologique

En fait, au-delà de la déception compréhensible qu’elle peut susciter parmi les ingénieurs (et les investisseurs), l’hypothèse d’une défaillance technique est la plus favorable. La faiblesse d’un composant, ou une faille dans la programmation, sont des choses qui se surmontent, alors qu’un décès par embolie généralisée ou AVC massif, eu pratiquement sonné le glas du projet.
Bien sûr, avant de procéder à une seconde implantation, dans un programme qui en compte quatre, il va falloir comprendre la défaillance du cœur Carmat®, et prévenir sa répétition. La société Carmat annonce un délai de « quelques semaines », et se refuse à parler de « suspension » du programme.
Le délai envisagé est peut-être un peu optimiste pour une analyse complète et une correction du problème : tout dépend de ce que l’on va trouver.
Mais si l’on considère que le premier patient implanté a survécu 74 jours quand le critère de succès était de 30 jours, il est hautement probable que le programme va se poursuivre.

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