Risque de diabète sous antipsychotiques : faut-il de la metformine en préventif ?

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

13 mars 2014

Paris, France – La prise en charge des troubles métaboliques sous antipsychotiques peut passer par l’administration d’une statine et de la metformine (Glucophage®, Merck), un antidiabétique oral dont l’intérêt sur la prise de poids devra être confirmé dans une large étude, a affirmé le Pr Bruno Fève (Hôpital Saint-Antoine, AP-HP, Paris), lors d’une session dédiée aux complications métaboliques des antipsychotiques du congrès de la Société Francophone du Diabète 2014 [1].
La prise d’antipsychotique est associée à un risque d’apparition de troubles métaboliques. En plus d’un gain de poids important et de la présence de dyslipidémie, ces molécules peuvent contribuer au développement d’une résistance à l’insuline et conduire à un diabète de type 2.
« Les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité des patients psychotiques », a rappelé le Pr Fève. Le risque d’infarctus serait ainsi 2,5 fois plus élevé dans la population de schizophrènes, par rapport à la population générale.

Quatre fois plus de diabète

Dans l’étude CATIE (Clinical Antipsychotic trials of Intervention Effectiveness) [2], qui regroupait 1 460 patients schizophrènes, 41% d’entre eux présentaient à l’inclusion un syndrome métabolique, portant essentiellement sur le poids et les triglycérides, et 13% avaient un diabète, soit quatre fois plus que dans la population générale.
Or, la prise en charge des troubles métaboliques chez ces patients s’est avérée très faible. Selon l’étude, 88% des patients dyslipidémiques n’avaient pas reçu de traitement approprié, et 30% des patients qui avaient développé un diabète n’étaient pas traité.
Outre l’adoption de mesures hygiéno-diététique ou la pratique d’activité sportive, la prévention des troubles métaboliques peut également passer par l’administration d’un hypolipémiant et d’un antidiabétique, comme la metformine, a indiqué le Pr Fève.

Une perte de 5 kg sous metformine

L’intérêt de la metformine dans cette indication a été soulevé par une méta-analyse [3] de 12 études incluant des patients, dont la prise de poids a été induite par l’olanzapine (Zyprexa®, Lilly).
Une perte de poids moyenne de 5 kg et une diminution de l’IMC de 1,82 kg/m2 ont été constatées après 12 semaines de traitement par metformine, par rapport  au placebo.
Quatre de ces études ont montré que « le traitement par metformine permet plus difficilement de perdre du poids lorsque l’obésité est déjà installée, alors qu’elle prévient largement la prise de poids quand le patient commence à voir sa masse corporelle augmenter », a souligné le médecin.

« Surveillance intensive » les trois premiers mois

Selon lui, « ces données sont très intéressantes et la question d’une AMM pour la metformine dans cette indication se pose. Il faut toutefois rester prudent car les études ont porté sur de petits effectifs. La priorité est désormais de mener une étude multicentrique à large échelle » pour évaluer l’intérêt de l’antidiabétique.
Pour le Pr André Scheen, président de la SFD (service de diabétologie, nutrition et maladie métabolique, CHU de Liège, Belgique), qui est également intervenu pendant cette session [4], « il est nécessaire d’insister sur une surveillance intensive dans les trois premiers mois » qui suivent le lancement d’un traitement par antipsychotique.
« Lorsqu’une dégradation s’installe, avec une prise de poids et une diminution nette de la tolérance au glucose, avec apparition d’un diabète de type 2, même très léger, il faut penser à un traitement par metformine et l’instaurer rapidement ».
En ce qui concerne la prévention de la dyslipidémie, « il ne serait pas plus choquant d’utiliser une statine, étant donné que les patients initiant un traitement par antipsychotique arrivent rapidement dans une situation à haut risque cardiovasculaire », estime le Pr Fève.

Une substitution au cas par cas

Si des troubles apparaissent, il reste indispensable d’en parler avec le psychiatre afin d’envisager une substitution de l’antipsychotique par une autre molécule, en tenant compte de l’histoire psychiatrique du patient, affirme le Pr Fève.
Selon une analyse de la littérature, les deux antipsychotiques classiquement associés à une prise de poids élevée sont l’olanzapine (Zyprexa®, Lilly) et la clozapine (Leponex®, Novartis), a indiqué le Pr Scheen. « Ces molécules sont aussi plus souvent liées à un diabète et à des troubles lipidiques ».
La prise de poids s’est avérée plus modérée avec le rispéridone (Risperdal®, Janssen-Cilag) et faible avec la ziprazidone (Geodon®, Pfizer). Quant à l’aripiprazole (Abilify®, BMS), « il améliore nettement le profil métabolique, mais pas chez tous les patients ».
Dans ce contexte, « la question de l’abandon des molécules les plus néfastes d’un point de vue métabolique se pose, même si elles sont considérées comme de bons antipsychotiques », considère le Pr Bève.

Le Pr André Scheen n’a pas déclaré de conflits d’intérêt en lien avec le sujet.
Le Pr Bruno Fève a déclaré des liens avec MSD et NovoNordisk.


Références :

  • Fève B. Mécanismes physiopathologiques et recommandations thérapeutiques, complications métaboliques des antipsychotiques. Congrès de la Société Francophone du Diabète. Paris, 11 mars 2014.

  • Nasrallah H, Meyer J, Goff D et coll. Low rates of treatment for hypertension, dyslipidemia and diabetes in schizophrenia: data from the CATIE schizophrenia trial sample at baseline. Schizophrenia Research 2006 ; 86 (1) : 15-22.

  • Praharaj SK, Jana AK, Goyal N et coll.  Metformin for Olanzapine-induced weight gain : a systematic review and meta-analysis, British Journal of Clinical Pharmacology 2011 ; 71 : 377-382.

  • Scheen A. Epidémiologie, differences pharmacologiques et surveillance clinique. Congrès de la Société Francophone du Diabète. Paris, 11 mars 2014.

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