Plan cancer 3 : des mesures anti-tabac assez dérisoires

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

11 mars 2014

Paris, France – Alors que le 2ème plan cancer s’était fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac de 30% à 20% de la population, ce taux atteint aujourd’hui 33% « soit plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a 5 ans », a souligné le Président de la République lors de sa présentation du 3ème Plan cancer [1].

Le nouveau Plan cancer lance le Programme national de réduction du tabagisme qui aura pour objectif d’atteindre une prévalence de 22% de fumeurs d’ici la fin 2019. Ce programme d’actions sera défini avant l’été 2014.

« C’est un tournant, l’Etat veut de nouveau marquer son envie de s’engager dans la prévention et la lutte contre le tabagisme. Il était temps », a commenté le Pr Agnès Buzyn (Présidente de l’INCa) pour Medscape France.

Dr Serge Tchérakian

Un enthousiasme que ne partage pas vraiment le Dr Serge Tchérakian, pneumoloque, Président de l’association TAb’Agir, qui a pour mission la prévention et l’aide à l’arrêt du tabac dans le département de l’Yonne.

 
Dans ce plan, il manque un certain nombre de mesures essentielles pour lutter efficacement contre le tabagisme Dr Serge Tchérakian, Président de Tab’Agir (Auxerre)
 


« La proposition sur le plan cancer 3 est un mieux mais, elle n’est pas suffisante. N’oublions pas que nous sommes les mauvais élèves de l’Europe avec 33% de tabagisme contre 20% en Grande Bretagne, et même 24-25% dans d’autres pays latins comme l’Espagne et l’Italie. Dans ce plan, il manque un certain nombre de mesures essentielles pour lutter efficacement contre le tabagisme.

Ce qui manque dans ce plan. Par le Dr Tchérakian
- Le calendrier et les pourcentages précis de l’augmentation du prix du tabac ;
- La gratuité des substituts nicotiniques pour ceux qui s’engagent avec un réseau ou un organisme officiel  d’aide au sevrage ;
- La programmation de campagnes de prévention et d’information plus incisives ;
- La revalorisation de la consultation d’entretien motivationnel à l’arrêt du tabac par le médecin généraliste car il s’agit d’une consultation longue ;
- Une coordination claire de la lutte contre le tabagisme ;
- Le budget.

 

Des mesures anti-tabac bien mollassonnes

Pour éviter l’entrée des jeunes dans le tabagisme :
- le plan prévoit notamment de renforcer la loi interdisant la vente de tabac aux mineurs, et de réduire l’attractivité des produits du tabac en s’appuyant sur la nouvelle directive européenne.

En outre, une campagne d’information va être lancée qui diffusera notamment le message : « un jeune sur deux qui fume régulièrement à 17 ans mourra avant 60 ans. »

« Il faut, en effet, que la prévention et la communication soit plus incisive sur les dégâts du tabac et la prévention auprès des jeunes », souligne le Président de Tab’Agir.

Pour faciliter l’arrêt du tabagisme :
-le Programme national de réduction du tabagisme s’appuiera sur trois points :

1) Renforcer l’implication des professionnels de santé libéraux (médecins traitants, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes) et salariés (médecins du travail, infirmières scolaires). Les médecins traitants y seront incités dans le cadre des objectifs de santé publique qui contribuent à leur rémunération. Les médecins du travail et les infirmières scolaires seront habilités à proposer des substituts nicotiniques.

Les établissements de santé, notamment via la charte « hôpital sans tabac », seront également impliqués dans la démarche d’arrêt du tabagisme.

2) Un numéro vert unique permettra d’être orienté vers le professionnel le plus proche pour établir son programme personnalisé d’arrêt du tabac.

3) Le soutien à l’achat de substituts nicotiniques sera relevé : le forfait actuel de 50 euros qui a été porté à 150 euros pour les moins de 25 ans cette année. Il sera étendu en 2015, pour les 25-30 ans, les bénéficiaires de la CMU et tous les malades du cancer.

« Nous associerons à cet effort les organismes complémentaires. L’aide au sevrage sera inscrite dans le panier de soins minimal des « contrats responsables » des mutuelles santés », a indiqué le Président François Hollande.

Hausse franche versus progressive des prix du tabac : ça change tout !

Concernant les hausses du prix de vente de l’ensemble des produits du tabac, depuis  2005, le prix du tabac n’avait pas connu d’importantes augmentations. Mais, depuis 2012, une nouvelle politique d’augmentation des prix a été entamée.

« De 2005 à 2012, les hausses se sont poursuivies puisqu’elles ont atteint un montant total de 1,2 euros mais, elles ont été progressives et parfois conçues dans le but d’accroître les recettes de l’Etat sans s’accompagner de mesures pour inciter les fumeurs à se libérer de leur dépendance », a commenté F Hollande.

Depuis 18 mois, la hausse des prix a été plus importante et le gouvernement prévoit de continuer dans ce sens.

Mais de combien et avec quelle régularité ?, s’interroge le Dr Tchérakian : « La France a signé la convention cadre de 2004 de l’OMS qui préconise d’augmenter le prix du tabac de 10% tous les ans. Mais ça, on ne l’entend pas », souligne-t-il.

 
La France a signé la convention cadre de 2004 de l’OMS qui préconise d’augmenter le prix du tabac de 10% tous les ans. Mais ça, on ne l’entend pas Dr Serge Tchérakian
 


Mais une fois n’est pas coutume, « ce qu’a annoncé le Président est une rupture franche avec un certain cynisme de l’Etat qui gagnait de l’argent sur l’argent des cigarettes » a indiqué le Pr Buzyn.
Les recettes supplémentaires obtenues de la vente du tabac ne bénéficieront pas à l’Etat mais abonderont un fonds dédié, destiné à la recherche sur le cancer, à sa prévention et à l’amélioration de sa prise en charge.

Interrogée sur l’augmentation du forfait à 150 euros pour certains groupes de fumeurs - qui parait assez dérisoire comparée aux mesures prises dans d’autres pays -, le Pr Buzyn indique que « s’il y a des recettes supplémentaires liées à l’augmentation du prix du tabac (qui alimentent le fonds dédié), elles pourront servir à l’accompagnement au sevrage. »

Une mesure tout simplement pas à la hauteur, pour le Dr Tchérakian pour qui « la gratuité des substituts nicotiniques au moins pendant les 3 premiers mois est un élément fondamental de la lutte contre le tabagisme ».

Référence :

  1. Présentation du plan cancer III. Les Rencontres de l’Institut national du cancer. 4 février 2013.

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