L’AHA reconnait la dépression comme facteur de risque après SCA

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

10 mars 2014

New Haven, Etats-Unis – La dépression comme facteur de risque de morbi-mortalité après syndrome coronarien aigu (SCA) ? C’est ce que viennent de recommander les 12 experts réunis par l’American Heart Association (AHA)pour plancher sur la question. Leurs conclusions, endossées par l’AHA, sont publiés en ligne dans Circulation [1].
Voilà déjà pas mal d’années que l’association entre dépression et mauvais pronostic en post-SCA a été constatée. On a longtemps discuté du rôle causal, ou non, de la dépression. En fait, il semble que le problème soit un peu celui de l’œuf et de la poule.
Evidemment, un SCA est un coup porté à l’image de soi, et favorise la dépression. Mais inversement, la dépression favorise des comportements comme le tabagisme et ne favorise pas l’observance thérapeutique.
Par ailleurs, parmi les mécanismes biologiques pouvant faire le lien entre les deux pathologies, on trouve l’hyper sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, notamment l’IL-6 qui a été associée à la dépression d’un côté, et à l’athérosclérose de l’autre, ce qui va dans le sens d’une causalité à double entrée.
Les experts de l’AHA estiment donc devoir accorder à la dépression un statut de facteur de risque en soi. Pas tout à fait au même titre que le tabagisme ou le diabète, cependant, puisqu’il n’est pas encore démontré qu’un traitement antidépresseur bien conduit peut impacter favorablement le pronostic cardiovasculaire des patients, même si l’hypothèse parait vraisemblable.

Résultats globalement en faveur d’un impact CV péjoratif de la dépression<

Pour asseoir leur conclusion, les experts de l’AHA se sont appuyés sur 53 études, comportant de 100 à plus de 20 000 participants, et relevant les associations entre dépression d’une part, et mortalité toutes causes, mortalité CV, et incidence de critères composites associant mortalités et évènements non fatals après SCA.  
Sans entrer dans le détail, une forte majorité de ces études retrouve des associations significatives entre dépression et mauvais pronostic.
Par ailleurs, quatre méta-analyses, portant sur la même question, ont été examinées. Trois d’entre elles associent la dépression à un sur-risque (non ajusté) allant de 1,8 à 2,6 pour la mortalité toutes causes, et de 2,3 à 2,6 pour la mortalité CV.
Enfin, la quatrième méta-analyse la plus récente et qui ne concerne que des IDM, aboutit à des sur-risques de 2,3, 2,7 et 1,6 pour la mortalité toutes causes, la mortalité CV et les évènements non fatals.
Les experts reconnaissent bien entendu l’hétérogénéité des résultats, ainsi qu’un certain nombre de limitations à leur travail, à commencer par la diversité des échelles d’évaluation de la dépression, et leur évolution au fil des années.
Dans leur discussions, ils indiquent par ailleurs n’avoir examiné que des travaux publiés en anglais. Or, « les études positives conduites dans des pays non anglophones, ont davantage de chances d’être publiées en anglais que des études ne retrouvant pas d’association. Une revue limitée aux études publiées en anglais est donc susceptible de surestimer l’effet ». Cette source de biais est suffisamment rarement mentionnée, surtout par des auteurs anglo-saxons, pour que l’effort soit souligné.
Enfin, les experts notent qu’ils ne se sont intéressés qu’au SCA et à l’IDM, mais qu’un travail analogue mériterait d’être entrepris dans l’insuffisance cardiaque, ainsi que dans les suites de diverses interventions cardiovasculaires. Les éléments dont on dispose à ce jour suggèrent ainsi un impact plus important de la dépression dans les suites du SCA que dans les suites d’une angioplastie élective ou d’une chirurgie de pontage.

Traiter la dépression, ne serait-ce que pour des raisons de qualité de vie

La conclusion s’accompagne d’un certain nombre de recommandations, visant à évaluer la dépression de manière plus systématique et homogène dans les études.
S’agissant du traitement de la dépression, faute d’étude d’intervention, il est difficile de se prononcer explicitement en faveur d’un traitement antidépresseur à visée cardiovasculaire. Mais il est clair que la prise en charge a la faveur des experts, ne serait-ce que pour des questions de qualité de vie dont devrait se préoccuper tout médecin.
En attendant une sensibilisation des cardiologues à cet aspect des choses, et une meilleure collaboration avec les psychiatres, « la dépression devrait être élevée au statut de facteur de risque de mauvais pronostic après SCA par l’AHA et d’autres organisations de santé ». 

Les déclarations d’intérêt des auteurs figurent dans la publication.


Référence :

  1. Lichtman JH, Froelicher ES, Blumenthal JA et coll. Depression as a Risk Factor for Poor Prognosis Among Patients With Acute Coronary Syndrome: Systematic Review and Recommendations A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation 2014 ; DOI: 10.1161/CIR.0000000000000019

 

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