Violences faites aux femmes : le doyen de Paris 6 renforce la formation des étudiants en médecine

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

7 mars 2014

Paris, France -- A l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes le 8 mars, Medscape.fr a rencontré le Pr Alexandre Duguet, vice-Doyen de la faculté Pierre et Marie Curie (Paris 6), qui propose une action de sensibilisation directe des étudiants en médecine aux violences faites aux femmes.

Medscape.fr : Comment vous est venue l’idée d’une formation initiale des étudiants en médecine aux violences faites aux femmes ?

Pr Alexandre Duguet

Pr Alexandre Duguet : Chaque année en France entre 100 000 et 200 000 femmes sont victimes d’un viol ou d’une tentative de viol. Cela concerne une femme sur 6 au cours de sa vie. Et seules 10 % d’entre elles vont porter plainte.
A l’occasion de son exercice, chaque médecin français est régulièrement confronté à l’une de ces femmes.
C’est pour cette raison qu’il est essentiel que tous les futurs médecins soient sensibilisés à l’importance de ce problème de santé publique, à son incidence et à ses conséquences. En effet, les agressions psychiques, physiques et sexuelles modifient de façon brutale et parfois durable la vie de la femme, sa pensée, l’image qu’elle a d’elle-même, son humeur, sa vie sociale, ses relations, sa sexualité et plus globalement son fonctionnement au quotidien. Les conséquences sur la santé sont majeures et largement sous-estimées.
Notre objectif est que tous les médecins dès leur formation initiale sachent dépister et orienter correctement ces femmes.

Medscape.fr : Avant la mise en place de cette formation, pensez-vous que les connaissances des étudiants étaient insuffisantes pour un dépistage et une orientation satisfaisante des patientes ?

Pr A. Duguet : Pour répondre à cette question, nous avons adressé à 32 000 étudiants en partenariat avec l’Association Nationale des Etudiants en Médecine de France (ANEMF) et sous l’égide de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) un questionnaire de 54 questions regroupées en 12 items : confrontation à des patientes victimes de violence dans le cadre de leurs stages hospitaliers, perception du rôle de médecin dans la prise en charge de ces victimes, éventuelles violences dans le cadre de leur vie personnelle ou dans le cadre de leurs études supérieures, difficulté ou non à poser de façon systématique la question « avez-vous été victimes de violence ? »…

 
Notre objectif est que tous les médecins dès leur formation initiale sachent dépister et orienter correctement ces femmes Pr Alexandre Duguet
 

Au total, 1 472 étudiant(e)s ont répondu. Et globalement, dans plus de 80 % des cas les réponses aux questions épidémiologiques étaient erronées : le nombre des viols, le coût estimé des violences (plus de 2,5 milliards d’euros par an), le pourcentage de mineurs concernés (50%), le nombre de viols commis par une personne de l’entourage (80 %), la proportion d’auteurs condamnés (1 %)…
Par ailleurs, 48,3 % des répondants avaient déjà été victimes au cours de leurs études supérieures de propos sexistes, 40,4 % de pression psychologique, 27,5 % de violences verbales, 8,6 % de violences physiques, 2 % de violences sexuelles.

Medscape.fr : Quelle approche est utilisée pour la sensibilisation à ce sujet chez les étudiants de votre faculté ?

Pr A. Duguet : En 2011-2012, 6 étudiants ont participé à un test : ils ont passé une demi-journée à simplement écouter les femmes appelant au numéro du « Collectif Féministe Contre le Viol » (principe de la double-écoute : écoutante formée qui répond et étudiant qui lui n’intervient pas). Ils ont ensuite restitué leur expérience sous la forme d’un court texte.
Après avoir analysé ces écrits, j’ai fait un retour au Conseil des Etudes de la Faculté Pierre et Marie Curie qui a accepté pour 2012-2013 ce stage court optionnel. Une centaine d’étudiants de quatrième année y ont participé. En 2013-2014, notre objectif est un taux de participation de 75 %, puis de 90 % pour l’année suivante.
Bien sûr, ce stage ultracourt vient en complément des enseignements facultaires et je rappelle que les violences sexuelles sont au programme de l’Examen Classant National (item 10).
A mon avis, tous les étudiants – et quelle que soit la spécialité qu’ils exerceront par la suite - doivent être sensibilisés à ce problème majeur de santé publique qu’ils rencontreront tout au long de leur vie et pour laquelle ils auront une responsabilité de dépistage et d’information. 

Référence

Lazimi G, Duguet A, Auslender B et coll. La violence faite aux femmes. Enquête nationale auprès des étudiants en médecine. Médecine ; février 2014. DOI : 10.1684/med.2014.1068

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