POINT DE VUE

La greffe sous-cutanée d'îlots de Langerhans en voie d'expérimentation

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

3 mars 2014

Montpellier, France - La greffe d'îlots de Langerhans chez le diabétique de type 1 insulino-dépendant a fait la preuve de sa faisabilité et de sa fonctionnalité mais elle se heurte, comme la greffe de pancréas, à un problème majeur de disponibilité. Sachant qu'il y a environ 200 000 diabétiques de type 1 en France et que ce nombre est en augmentation, on voit mal comment la greffe d'îlots humains qui nécessite en moyenne 2 pancréas pour 1 receveur  pourrait être envisagée à grande échelle. De plus, ces îlots injectés par voie portale au niveau du foie, souffrent de la toxicité locale des immunosuppresseurs.

Pr Eric Renard

D'où le projet européen futuriste BIOSIDde greffes d'îlots immunoprotégés à l'intérieur d'une poche, auquel participe depuis janvier 2013 le Pr Eric Renard du département d'endocrinologie, diabète, nutrition de l'hôpital Lapeyronie à Montpellier.

Medscape - Comment réussir à se passer du traitement immunosuppresseur pour greffer ?

E Renard - Le projet mis en place début janvier 2013 avec le soutien de la communauté européenne vise à développer la macro-encapsulation d'ilots de Langerhans.  Il s'agit de greffe d'ilots non plus dans le foie (par voie portale) comme on le fait actuellement mais dans une poche placée sous la paroi abdominale. Cette poche est constituée d'une membrane spéciale qui laisse passer le glucose et l'insuline mais qui est imperméable aux anticorps, cytokines et lymphocytes. 

Si la poche s'avère bien étanche en termes d'immuno-protection, cela  permettra de faire des greffes sans immunosupression et, éventuellement par la suite, d'utiliser des îlots porcins ou élaborés à partir de cellules souches. Ce qui, pour l'instant, n'est pas faisable chez l'homme en raison des risques majeurs de rejet.

Medscape - Comment se passera l'implantation ?

La poche est implantée dans la paroi abdominale comme une pompe à insuline implantable utilisant la voie intra-péritonéale. Grâce à des ports qui servent de voies de remplissage ou de vidange, elle offre la  possibilité  de renouveler les ilots si leur survie n'est pas suffisamment longue. La poche très fine, comme une poche de cellophane, est  glissée entre les muscles et le péritoine, et équipée de cathéters reliés à des ports d’accès sous-cutané pour permettre de récupérer  ou d'injecter des cellules (nouveaux ilots).

Medscape - Quel est le degré d’avancement des travaux aujourd’hui ?

Les deux questions fondamentales sont les suivantes : 1) la membrane constituant la poche est-elle perméable au glucose et à l’insuline avec une cinétique de passage compatible avec le contrôle du diabète ? C’est ce qui a été étudié au laboratoire et doit être confirmé in vivo, 2) la survie des cellules bêta dans ces poches est-elle satisfaisante et durable ? La teneur en oxygène des poches implantées sera l’élément déterminant. Dans les mois qui viennent, des implantations seront réalisées chez le petit animal, donc in vivo. On pourra alors observer le développement d’une néo-vascularisation autour des poches d’implantation qui devrait permettre de réguler l’entrée du glucose dans les poches et la sortie/diffusion de l’insuline dans le corps, mais aussi déterminer l’oxygénation des cellules implantées. L’existence d’une néovascularisation autour des poches a déjà été vérifiée après quelques implantations chez le macaque.

Après le petit animal, la poche sera testée chez des macaques en Belgique puis chez l’homme en France, nous l’espérons, fin 2015-début 2016. La réussite du projet dépend beaucoup de la survie des cellules bêta, elle-même liée à la vascularisation autour des poches. Il est probable qu’on améliore progressivement les conditions de survie à l’intérieur des poches grâce aux travaux menés sur le milieu dans lequel les cellules seront implantées.

Si la survie des îlots et les échanges glucose/insuline sont satisfaisants, il restera ensuite à vérifier l’immunoprotection. Les premières implantations se feront probablement sous immunosuppression légère et le traitement sera secondairement adapté.

Projet européen avec PPP

Le  projet européen BIOSID (Bioartificial solution for insulin treatment for diabetes), coordonné par le Centre européen d'étude du diabète (CEED, Strasbourg), implique 7 partenaires publics et privés en France, Belgique et au Royaume-Uni. Financé à hauteur de 5,5 millions d'euros par la commission européenne, il se déroule en 3 étapes de 2013 à 2016.

1- Essais in vitro pour évaluer la survie des îlots dans la macro-capsule et mettre au point le milieu optimal pour la survie des cellules bêta ;

2-Tests d'implantation chez le singe à Louvain (Belgique) ;

3- Tests d'implantation chez l'homme au CHU de Montpellier (Pr Renard , Fabre, Nocca) puis à Oxford courant 2015.

 

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