Inquiétudes en Californie autour d’une forme émergente de polio

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

25 février 2014

Philadelphie, Etats-Unis – Il ne s’agit pas d’un problème majeur de santé publique. Néanmoins, les anciens, qui, en juin 1981, ont vécu en direct le signalement par le CDC d’Atlanta de cinq cas de ce qui allait devenir le Sida, risquent d’avoir le déclic rapide – ainsi d’ailleurs que les plus anciens encore, qui ont vécu l’avant et l’après vaccin anti-polio de Jonas Salk (1954).
Cinq cas d’une maladie neurologique, très semblable à la polio, ont été identifiés dans la région de San Francisco chez des enfants ou adolescents.
Ces cas sont probablement liés à un virus de la famille des entérovirus, mais apparemment indépendants du virus de la polio.
Ils doivent être présentés dans quelques semaines lors du 66ème congrès annuel de l’American Academy of Neurology (Philadelphie, 26 avril-3 mai 2014) par les Drs Keith van Haren (Stanford University, Palo-Alto), et Emanuelle Waubant (University of California, San-Francisco).
Les neurologues américains ont cependant jugé bon de se fendre dès à présent d’un communiqué de presse, qui vise manifestement à avertir leurs collègues à travers le pays, pour qu’ils rapportent les cas qu’ils pourraient rencontrer [1].
Cinq cas, c’est peu. Mais leur regroupement en cluster est inquiétant, puisqu’il suggère évidemment une transmissibilité. Par ailleurs, des clusters similaires ont été décrits durant la dernière décennie en Asie et en Australie. Or, on sait que les virus prennent l'avion comme tout le monde. Si la Californie parait être le seul état américain touché jusqu’à présent, peut-être est-ce simplement parce qu’on n’a pas regardé ailleurs. Au demeurant, le Dr van Haren estime que la réalité californienne pourrait être plus proche des 20- 25 cas que des cinq officiellement dénombrés.

Cinq cas, tous vaccinés contre la polio

L’histoire commence en 2012, avec l’admission à l’hôpital d’Oakland, d’une fillette de 2 ans, résidant à Berkeley, et présentant des difficultés respiratoires et des sifflements. Initialement, les médecins penseront avoir à faire à un asthme. Deux ans plus tard, la fillette est paralysée du bras gauche, présente une faiblesse de la jambe gauche ainsi que des difficultés respiratoires.
Ce cas a été détecté par le Dr van Haren après avoir fait un séjour dans son hôpital – où un traitement par stéroïdes et immunoglobulines en IV n’a rien donné.
Après identification de deux cas supplémentaires dans la baie de San Francisco, une recherche systématique a été entreprise au travers du California’s Neurologic and Surveillance Testing program, d’août 212 à juillet 2013. Ont été recherchés des cas pédiatriques de paralysie, avec atteinte d’un ou plusieurs membres, et une inflammation médullaire à l’IRM, susceptible d’expliquer le symptôme. Après exclusion des syndromes de Guillain-Barré et des cas de botulisme, deux cas supplémentaires ont été mis en évidence.
L’âge médian des enfants atteints est de 12 ans. Tous ont été atteints d’une paralysie soudaine d’un ou plusieurs membres, culminant en 48 heures. Trois de ces enfants présentaient une affection respiratoire avant l’apparition de la paralysie. Enfin, aucun des traitements mis en œuvre n’a apporté d’amélioration.
Sur le plan immunologique et viral, tous avaient été vaccinés contre la polio. Deux enfants se sont révélés positifs à l’entérovirus 68. Dans les trois autres cas, aucune cause possible n’a pu être identifiée.

Un entérovirus émergent ?

On pense naturellement au syndrome pied-mains-bouche, lié à différents entérovirus.
L’entérovirus 71 est connu pour être associé à des complications neurologiques, avec symptomatologie de type poliomyélitique, voire à un œdème pulmonaire ou des myocardites. Les trois atteintes pulmonaires inaugurales, constatées parmi les cinq enfants, vont naturellement dans ce sens.
L’entérovirus 68, lui, semble extrêmement rare, puisque depuis son premier isolement, en 1962, seuls quelques cas ont été rapportés. Ce premier isolement a toutefois été effectué en Californie, chez des enfants atteints d’affection respiratoires … [2]. L’entérovirus 68 aurait par ailleurs été associé à des symptômes analogues à ceux de la polio.
Peut-être que de nouvelles conditions environnementales ont favorisé sa diffusion. Peut-être aussi le virus a-t-il muté, ou recombiné avec un autre virus.
Pour le moment, on n’est sûr que de deux choses.
Premièrement, les autorités de santé publique de Californie demandent à tous les médecins de rapporter les observations suggestives, et collaborent avec le CDC pour  rechercher d’autres cas ailleurs qu’en Californie.
Deuxièmement, l’affaire s’annonce tout sauf simple puisque l’immense majorité des médecins actuellement en exercice, n’a jamais vu un cas de polio de sa carrière.   

Références :

  1. Mysterious Polio-Like Illness Found in Five California Children. Communiqué de presse de l’American Academy of Neurology, du 23 février 2014.

  2. Oberste MS, Maher K, Schnurr D et coll. Enterovirus 68 is associated with respiratory illness and shares biological features with both the enteroviruses and the rhinoviruses. J Gen Virol September 2004 vol. 85 no. 9 2577-2584.

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