Facteurs professionnels, polluants, cannabis, radon…la nouvelle épidémiologie des cancers du poumon

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

24 février 2014

Marseille, France -- « En 2014, l’incidence et la mortalité des cancers du poumon diminue chez l’homme (baisse respective de 0,1 à 0,5 % par an et de 1,7 % par an) mais ces deux valeurs augmentent chez la femme (augmentation respective de 5,8 % par an et de 3,5 à 4,2 % par an). La part des cancers liés au tabagisme baisse sensiblement et se situe aux environ de 80 %, mais celle en rapport avec d’autres facteurs – professionnels, pollution – augmente régulièrement », analyse pour Medscape.fr le Pr Jean-Pierre Grignet (pneumologue, Denain) lors du Congrès de pneumologie de langue française 2014 .
« Et il ne faut pas oublier qu’il existe des interactions fortes entre ces facteurs et le tabagisme qui pourraient expliquer les inhomogénéités territoriales de répartition des cancers broncho-pulmonaires ».

Les facteurs professionnels : penser à l’enquête et à la déclaration

En 2014, tout cancer broncho-pulmonaire doit donner lieu à une enquête d’exposition professionnelle à l’amiante (interdit depuis 1997) mais aussi à d’autres substances cancérogènes : silice, hydrocarbures aromatiques polycycliques, gaz d’échappement de moteur diésel, soudure, peintures, exposition au chrome, nanotubes de carbone, composé organiques volatiles, biomasse…
La prise en charge en maladie professionnelle permet une exonération du forfait hospitalier journalier, le tiers payant, des indemnités journalières plus élevées qu’en arrêt de travail ainsi qu’une indemnisation directe ou aux ayants droit au titre de « maladie professionnelle [1,2] ».

Pollution atmosphérique : le rôle de trafic routier

Trois types de polluants sont particulièrement en cause dans la survenue de cancers broncho-pulmonaires : les particules fines dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5), les particules ultrafines de diamètre de l’ordre de 0,1 micromètre et les oxydes d’azote dont le NO2.
L’effet de ces polluants sur l’épithélium bronchique dépend de la granulométrie (le diamètre des particules), de l’évolution des polluants dans le temps donc de l’exposition personnelle. Leur composition chimique rentre aussi en compte et en particulier la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques issues de la combustion du diésel et qui sont classées comme cancérigènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) depuis 2012.
« L’étude européenne ESCAPE menée sur 9 pays conclut à un lien entre adénocarcinomes pulmonaires, NO2, pollution particulaire et trafic routier [3] », analyse le Dr Gilles Dixsaut (Paris). « D’après l’étude CAFE en 2002, 100 000 décès prématurés pouvaient être attribués chaque année aux particules fines en Europe, dont 6 000 à 9000 en France liés à des maladies pulmonaires et 600 à 1 100 à des cancers broncho-pulmonaires [4]».

- Le cannabis, potentialisateur des effets du tabac
En 2005, 3,9 millions de français âgés de 12 à 75 avaient consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois. Or cette substance illégale qui se présente sous forme d’herbe, de résine, d’huile et fumée ou inhalée seule ou avec du tabac produit lors de la combustion un dégagement de substances cancérogènes comparables à celles du tabac.
« Les données sur le lien entre cannabis et cancer du poumon sont difficiles à obtenir en raison d’une part des modes d’approvisionnement de cette substance illégale et, d’autre part, du fait d’un usage associé à d’autre conduites à risque (facteur de confusion dans les études épidémiologiques) » continue le Dr Dixsaut.
La consommation de cannabis ferait inhaler 6 à 7 fois plus de goudrons que le tabac et majorer l’effet toxique du tabac sur l’épithélium bronchique.

- Le radon domestique : ventiler, c’est prévenir
Le radon provient de la désintégration avec émission de particules alpha de l’uranium 238 contenu dans les roches éruptives (granitiques et volcaniques). C’est un cancérigène reconnu (classe 1 du CIRC).
On en retrouve dans les habitations  qui sont construites sans vide sanitaire directement sur la roche. Présent dans l’air, il peut être inhalé et se fixer sur les particules inhalées.
Il est éliminé dès que l’air est renouvelé dans les habitations.
En France de 5 à 12 % des décès par cancer du poumon seraient attribuables au radon avec une relation dose réponse (1 200 à 3 000 décès annuels).
Le risque lié au radon est particulièrement majoré chez les personnes tabagiques puisqu’il pourrait être multiplié par 25.
Des normes de ventilation ont été adoptées en France dans les lieux publics depuis 2002 et dans l’habitat individuel plus récemment.

 

Références :

  1. Dixsaut G. Nouvelle approche épidémiologique des cancers broncho-pulmonaires.

  2. Melloni B. Pollution atmosphérique : rôle du diesel, du radon… Cancers respiratoires et environnement

  3. Beelen R, Raaschou-Nielsen O, Stafoggia M et coll. Effects of long-term exposure to air pollution on natural-cause mortality: an analysis of 22 European cohorts within the multicentre ESCAPE project. Lancet. 2013 Dec 6. pii: S0140-6736(13)62158-3. doi: 10.1016/S0140. 6736(13)62158-3

  4. http://www.cafe-cba.org/assets/baseline_analysis_2000-2020_05-05.pdf

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