Vaccin contre le rotavirus : le Haut conseil de santé publique revoit sa position

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

18 février 2014

Paris, France – Le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) recommande de vacciner les nourrissons de moins de 6 mois contre les gastroentérites à rotavirus. Le rotavirus est l’agent infectieux le plus souvent responsable des diarrhées sévères chez les jeunes enfants [1].

Cette nouvelle recommandation va à l’encontre des avis publiés par l’organisme indépendant en 2006 et en 2010.

Ce revirement est lié à :

  • • une évaluation plus précise du fardeau de la maladie (voir encadré en fin de texte) ;

  • • l’impact, malheureusement limité des campagnes d’incitation à mieux utiliser les solutés de réhydratation orale pour le traitement des diarrhées aigus du nourrisson de moins d’un an ;

  • • la démonstration d’un impact bénéfique, dans les pays industrialisés, de la vaccination des nourrissons contre les rotavirus, qui réduit le taux d’hospitalisation de plus de 80% ;

  • • de données en faveur d’une immunité de groupe, en cas de couverture vaccinale élevée ;

  • • de l’absence de conséquences sur la santé humaine des fragments de circovirus porcins (PCV) présents dans les deux vaccins. Il est à noter que des circovirus porcins sauvages sont fréquemment retrouvés dans les selles en population générale. Toutefois, compte tenu de la présence de quelques particules infectieuses dans le vaccin Rotarix®, l’EMA a demandé à la firme pharmaceutique GSK de produire le vaccin Rotarix® sans PCV ;

  • • d’une évaluation désormais précise du risque de survenue d’invaginations intestinales aiguës (IIA) post-vaccination.

A ce sujet, le HSCP note que, comparé à la fréquence des IIA spontanées, le risque est faible (1 à 6 cas pour 100 000 enfants vaccinés) et essentiellement limité à la période des 7 jours suivant l’administration de la première dose. Il recommande la poursuite du suivi renforcé de pharmacovigilance sur ce plan.

 
Aux prix actuels des vaccins, la vaccination des nourrissons apparaît peu coût-efficace. Cependant d'autres pays européens ont obtenu des prix rendant cette vaccination coût-efficace, ce qui leur a permis d'introduire cette vaccination dans leur calendrier vaccinal -- le HCSP
 

Il souhaite également que les parents des enfants vaccinés soient systématiquement informés du risque d’invagination intestinale aiguë, des signes évocateurs (pleurs, refus de manger ou de boire, vomissements, pâleur, hypotonie) et de la nécessité de consulter sans délai. Le HCSP précise que cela devrait permettre une prise en charge précoce de cette affection, par ailleurs traitée le plus souvent de manière simple dans le contexte de notre système hospitalier.

La recommandation du HSCP est émise sous réserve d’une politique tarifaire conduisant à des ratios coût/efficacité acceptables pour les deux vaccins vivants atténués disponibles, Rotarix® et Rotateq®.

Dans le contexte français, « aux prix actuels des vaccins, la vaccination des nourrissons apparaît peu coût-efficace. Cependant d’autres pays européens ont obtenu des prix rendant cette vaccination coût-efficace, ce qui leur a permis d’introduire cette vaccination dans leur calendrier vaccinal », souligne le HCSP.

La vaccination rotavirus est déjà recommandée par l’OMS et de nombreux pays dont les Etats-Unis, la Belgique, l’Allemagne, la Finlande et l’Autriche.

Le schéma vaccinal proposé par le HSCP est de 2 doses (2 et 3 mois de vie) pour le vaccin monovalent Rotarix® et de 3 doses (2, 3 et 4 mois de vie) pour le vaccin pentavalent Rotateq®. Ces vaccins administrés par voie orale peuvent être co-administrés avec les vaccins du calendrier vaccinal du nourrisson. « Le respect de ce calendrier vaccinal est essentiel afin d’assurer l’achèvement précoce de la série vaccinale », indique le HCSP.

Conséquences annuelles des gastroentérites à rotavirus chez les moins de 3 ans

Chaque année en France, chez les enfants âgés de moins de 3 ans, les gastroentérites aigües à rotavirus sont à l'origine d'environ :
- 155 000 consultations en médecine générale,
- 30 000 recours aux urgences hospitalières (période 2009-2012),
- 14 000 hospitalisations annuelles,
- 13 à 14 décès estimés.
- génèrent des infections nosocomiales fréquentes chez les nourrissons hospitalisés notamment pour infection respiratoire.

 

Référence :

  1. Haut Conseil de la santé publique. Avis relatif à la vaccination des nourrissons vis-à-vis des gastroentérites à rotavirus.29 novembre 2013. Publié le 14 février 2014

 

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