DPC : une première année à essuyer les plâtres

Christine Murris

Auteurs et déclarations

18 février 2014

Paris, France -- Depuis le 1er janvier 2013, les médecins doivent participer chaque année à un programme de formation homologué ; c’est le Développement Professionnel Continu (DPC) qui remplace officiellement l’ancienne formation professionnelle.
Une première année qui a surtout servi à ...essuyer les plâtres ! De fait, la mise en œuvre du DPC s’avère complexe ; les médecins, premiers concernés, sont aussi souvent les plus critiques...

Dr Jean-Claude Soulary

Le point de vue du Dr Jean-Claude Soulary, président de MG Form, une émanation de MG France qui compte aujourd’hui parmi les toute premières associations de formation continue des médecins généralistes.

Medscape France : En quoi le développement professionnel continu (DPC) désormais obligatoire, est-il innovant ?
Dr Soulary : Il résulte d’une longue réflexion sur la formation. Autrefois, celle-ci reposait sur des cours magistraux qui ne tenaient pas compte des pratiques de terrain. Le DPC, lui, accorde une place majeure à l’analyse et l’évaluation des pratiques, à la confrontation, à la réflexion sur le travail de terrain bien plus que sur la théorie. Les programmes doivent s’appuyer sur les compétences des médecins plutôt que sur une parole supposée savante et « venue d’en haut », c’est là la vraie révolution du DPC.

 
La mise en œuvre, trop étatique, est pour l'instant complexe, opaque, et pour tout dire déficiente Dr Soulary
 

Le simple fait que ce soit obligatoire est par ailleurs un point positif : l’obligation de formation est normale, même si un certain nombre de médecins sont encore réticents, y voyant une forme de remise en cause ou de contrôle. On est passés d’un droit à un certain nombre de jours de formation à une enveloppe financière déterminée - 3700 euros par an et par médecin libéral ou salarié - que chaque praticien peut et doit utiliser. Jusqu’à présent, seuls 20% des médecins faisaient régulièrement de la formation continue. Les choses devraient peu à peu changer sur ce plan. Mais la mise en œuvre, trop étatique, est pour l’instant complexe, opaque, et pour tout dire déficiente.

Medscape France : Quelles difficultés majeures avez-vous identifié du point de vue de la mise en œuvre ?
Dr Soulary : Il y a un manque de lisibilité dans les structures de gestion et une certaine opacité du fonctionnement. En fait, on est passé d’une gestion paritaire de la formation entre syndicats professionnels et organismes de sécurité sociale à une structure d’Etat, l’OGDPC, gérée par les Caisses et par l’Etat. Résultat : les représentants de la profession ont perdu la gouvernance. Ce n’est pas sans incidence. Ce carcan étatique a, en outre, prévu un forfait financier bloqué ; c’est trop indifférencié, et insuffisant pour un généraliste qui a une très large palette de préoccupations. Enfin, l’outil informatique de gestion a beaucoup pataugé ! Aujourd’hui encore, 30% des participants à nos formations en 2013 n’ont pas reçu l’indemnité qui doit leur être versée pour compenser le temps passé et l’absence du cabinet !  

 
Il y a un manque de lisibilité dans les structures de gestion et une certaine opacité du fonctionnement
 

Medscape France : Au-delà de la gestion, relevez-vous des problèmes sur le fond ou sur le contenu même du DPC ?
Dr Soulary : Il y avait avant quelque 90 structures de formation : leur nombre a décuplé en quelques années ! Comment y voir clair ? Les organismes les plus divers déposent une demande, obtiennent la validation d’un programme, et les voici devenus organismes de formation ! On voit des facultés de médecine, qui sont bien loin de la pratique quotidienne de terrain – leurs qualités sont ailleurs – proposer des formations, il y a aussi des congrès qui voient là un moyen de se faire financer... Il faut contrer ceux qui n’obéissent qu’à une logique financière.
Il est vrai qu’en 2012 environ 40 millions d’euros étaient attribués à la formation des médecins spécialistes et généralistes libéraux. En 2013, ce montant a doublé, avec une enveloppe de 80 millions d’euros essentiellement financée par la taxe sur l’industrie pharmaceutique. Résultat, c’est un peu comme si l’on voulait faire main basse sur un pactole ! Pour résumer, disons que le contrôle qualité des formations proposées est insuffisant.

 
C'est un peu comme si l'on voulait faire main basse sur un pactole ! » 
 

Medscape : Comment les médecins se saisissent-ils de cette nouvelle forme de formation continue ?
Dr Soulary : Là aussi, tout est très opaque. L’OGDPC dit que l’augmentation du nombre de médecins formés est de 30%. Nous, nous observons plutôt une baisse du nombre de ceux qui venaient chez nous (environ 25% en moins l’an dernier). Mais compte tenu de la multiplication du nombre des organismes de formation et donc de la dilution de l’offre, on n’y voit pas clair du tout. Au bout du compte, le nombre de médecins se saisissant de leur DPC  augmente-t-il en France ? On n’en sait rien ! De toute façon, il n’y a pas pour l’instant de sanction prévue pour ceux qui restent réticents. Cela viendra peut-être, mais pour l’instant l’Ordre, qui est censé organiser le contrôle, ne semble pas très pressé de s’en occuper. Les choses évolueront sans doute peu à peu.

 
Nous voulons quant à nous tout faire pour éviter, justement, que les dérives ne soient durables
 

Medscape : De fait, pensez-vous que l’on assiste là à des difficultés normales de mise en place d’une évolution ambitieuse, ou bien à des dérives durables ?
Dr Soulary : Nous voulons quant à nous tout faire pour éviter, justement, que les dérives ne soient durables. Il est normal que des difficultés se présentent au départ mais il ne faut pas attendre que les choses soient figées pour réagir ! Pour tenter de faire entendre notre voix, nous avons mis en place un groupe de contact au ministère. Nous espérons être entendus : nous souhaiterions surtout que le contrôle qualité soit plus exigeant.

 
Nous souhaiterions surtout que le contrôle qualité soit plus exigeant
 

Medscape France : Vous vous présentez comme l’un des organismes leaders du DPC. De quelle façon les nouvelles règles font-elles évoluer votre offre ?
Dr Soulary :  Nous existons depuis 1988. Dès 2009, nous avons activement préparé le DPC, en fournissant aux médecins des outils pour les aider à évaluer leurs propres pratiques. Nous avons créé en interne un conseil scientifique de dix membres qui se prononce sur la qualité des programmes ; rien ne se fait au hasard ! Nous avons aussi éliminé tout lien avec l’industrie pharmaceutique. Aujourd’hui, nous avons une offre très diversifiée (200 programmes) aussi bien pour des journées dites « en présentiel » (le médecin se déplace) qu’en e-learning (plus facile d’accès pour les médecins qui ont du mal à se libérer), ou sous la forme de groupes d’échanges. Nous sommes présents dans toutes les régions ; cela facilite les choses. En 2013, 4700 médecins se sont formés avec nous, sur 15 000 journées.
Pourquoi, demain, ne pas proposer aussi une évaluation des pratiques post-formation, afin que les médecins puissent mieux voir ce que leur a apporté l’échange ? L’évaluation pourrait aussi se faire au travers d’études portant sur la patientèle elle-même. Exemple : est-ce que, depuis que je me suis formé, la vaccination est davantage pratiquée ? Ce ne sont pas les idées qui manquent !

Propos recueillis par Christine Murris.

 

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