Ski alpin : rencontre avec le médecin de l’équipe de France

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

27 janvier 2014

Dr Stéphane Bulle

Paris, France –  Le Dr Stéphane Bulle, médecin du sport et urgentiste, est en charge de la santé des athlètes de  l’ensemble du « Pôle Alpin » de la Fédération française de ski (FFS) depuis 2013 après avoir été responsable de la coupe d’Europe. Des fonctions de médecin traitant qui portent autant sur la préparation physique que mentale des skieurs de l’équipe de France.

« Je suis leur médecin traitant tout au long de l’année, c’est un exercice très varié qui implique aussi de les suivre en situation, durant les entrainements ou en course » explique le Dr Bulle.

Spécialités et équipe de Ski Alpin

Les spécialités du “ski alpin" comprennent la descente, le super-Géant, le combiné (épreuve de vitesse et slalom).
Au total, 62 skieurs et skieuses sont engagés dans l’ensemble des circuits alpins dont 40 participent à la coupe du monde.

Medscape - Quelle est la hantise à la veille d’un événement tel que les JO ? Faut-il craindre la « surpression » ?
Dr Stéphane Bulle : En ski, à leur niveau, le gros souci c’est la chute. Les skieurs sont sur le fil du rasoir en permanence. Ils ont beau avoir été préparés physiquement et mentalement, on n’est pas à l’abri de la faute. Sur toutes les images des accidents survenus durant la préparation, il y a une faute technique au départ qui les met par terre. Là, tout peut se passer, rupture du croisé, arrachement des adducteurs, rupture des ischio-jambiers…
La part psychologique liée à la surpression des JO est indéniable. On l’a vu, probablement que les blessures survenues en fin de préparation estivale et début de saison dans l’équipe de France en sont le témoin.
Mais on n’est pas, non plus, à l’abri d’une tendinite du tendon rotulien qui est extrêmement sollicité. On peut aussi, sans tomber, se faire  un claquage des ischio-jambiers ou des adducteurs quand un pied n’est pas ramené assez vite en Géant surtout. Les athlètes sont tellement préparés qu’ils arrivent, sur des contractions réflexes, à se provoquer eux-mêmes des traumatismes.
Aux membres supérieurs, on a des pathologies de la coiffe des rotateurs et des luxations de l’épaule qui peuvent survenir sans tomber en mettant un point dans la neige après une faute de carre par exemple.

Medscape - Comment sont préparés mentalement les coureurs ?
A ce jour, les techniques de préparation mentale sont encore laissées au libre choix des athlètes. On leur conseille d’avoir des préparateurs mentaux, des psychologues mais la FFS ne s’en occupe pas. C’est peut-être un tort. Dans d’autres pays comme aux Etats-Unis, on accorde une place beaucoup plus grande à la préparation mentale. Je me demande si on ne pourrait pas avoir quelque chose de plus centralisé, orienté par les médecins et les psychologues de la FFS. Avoir un médecin et un bon kiné-ostéopathe est aussi important que d’avoir un bon « psy » qui s’occupe d’eux et les fait progresser pour gagner.

Medscape – Les grands champions de ski avaient-ils des « recettes » particulières ?
Des grands champions comme Hermann Maier, Alberto Tomba sont des gens qui sont restés relativement discrets sur leur préparation mentale. Dans le ski, il y a une espèce de loi du silence sur ce sujet, ce n’est pas quelque chose qu’on aborde facilement avec les athlètes. Mais bien sûr, il y a toujours des légendes qui trainent sur ce sujet, comme Ingrid Jacquemod allant se ressourcer dans une cascade d’eau froide…

Medscape – Comment ont été préparés les athlètes pour Sotchi ?
Schématiquement, une saison de course se finit fin mars. Les athlètes ont ensuite  environ un mois de repos avant de reprendre la préparation physique à temps complet (vélo, marche en montagne…), puis l’entrainement de ski sur les terres australes (un mois l’été), l’entrainement physique et à nouveau le ski en Europe. Depuis octobre, le planning des courses est serré, surtout pour les hommes. Mais nous avons abordé la saison sereinement, avec des athlètes aboutis préparés pour gagner pas uniquement les JO.

Les skieurs vont-ils de plus en plus vite ?
On allait de plus en plus vite mais les cotes des skis ont été changées l’an dernier, ce qui fait qu’on va moins vite en Géant car les skis sont plus grands, moins directifs. Ce changement a-t-il eu l’effet escompté sur  la dangerosité ? Depuis que les rayons de courbures ont augmenté, un plus grand nombre de skieurs se sont blessés mais on n’a pas assez de recul pour se prononcer. Il est certain que les skieurs, eux, veulent continuer d’aller plus vite ce qui implique des contraintes supplémentaires comme le jeté des skis en entrée de courbe

Surveillez-vous l’alimentation des athlètes ?
Tous les membres de l’équipe ont déjà concourus en équipe junior, ils ont intégrés les conseils nutritionnels et se connaissent bien.  Ces conseils dépendent de la discipline. Les « techniciens » qui font  du slalom et du Géant ne doivent pas prendre de masse grasse. Ce sont des disciplines explosives avec des changements de cap très rapides. IIs doivent surveiller les apports en hydrates de carbone. Mais ce n’est pas le cas des « descendeurs ».

Existe-t-il des différences homme-femme pour la préparation ?
Oui ! Avec les hommes, j’ai un contact direct, qui peut même être brusque quand je veux faire passer un message. Le discours est plus complexe avec les femmes. Globalement, la population des hommes est relativement lissée, ce sont  des personnes qui veulent gagner. Chez les femmes, il y a différents types de championnes. Certaines femmes se retrouvent au sommet car elles avaient des qualités physiques exceptionnelles mais elles se posent encore des questions sur leur avenir. D’autres sont surmotivées, avec une ambition de fer et pétries de talent. Je dois adapter la consultation à leur profil psychologique.

Medscape- Et vous, faites- vous quelque chose pour gérer votre stress avant les épreuves ?
La multiplication des courses fait que je n’ai plus besoin de gérer mon stress. Il se passe souvent des événements autres que sportifs durant les JO d’hiver. C’est mon principal souci mais je m’efforce de ne pas y penser.



Lien :
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