36% des insuffisants cardiaques correctement traités en sortie d’hôpital

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

27 janvier 2014

Paris, France – Selon une analyse de données du Système national d’informations inter-régimes de l’assurance maladie (Sniiram) portant sur le devenir des patients après une première hospitalisation pour insuffisance cardiaque en 2009, seuls 36% d’entre eux reçoivent la triple association recommandée bétabloquant/diurétique/inhibiteur de l'enzyme de conversion (IEC).

« Un résultat insatisfaisant lié à une application abusive du principe de précaution », suggère le Pr Yves Juillière (CHU de Nancy), qui est intervenu lors des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie [1].

 

Pr Yves Juillière

L’insuffisance cardiaque est la première cause d’hospitalisation chez les plus de 65 ans. Compte tenu du vieillissement de la population  « son incidence et sa prévalence sont amenées à augmenter », souligne le cardiologue. Les hospitalisations deviennent plus fréquentes, mais la durée du séjour tend à diminuer.

Afin d’établir le profil des patients après une première hospitalisation pour insuffisance cardiaque et de déterminer la survie à long terme, ainsi que le taux de ré-hospitalisation, il a analysé avec son équipe les données de 2009 de la base Sniiram.

11% de décès à un mois

Selon l’étude, près de 70 000 patients ont été hospitalisés une première fois pour une IC en 2009, pour un séjour d’une durée moyenne de neuf jours. L’âge moyen était de 78 ans, avec une part quasi égale d’hommes et de femmes.

L’analyse révèle une mortalité s’élevant à 6,4% pendant l’hospitalisation. L’année précédente, l’Institut de veille sanitaire (InVS) l’avait évaluée à 7,5% [2].

Dans les 30 jours qui ont suivi la sortie de l’hôpital, 4,4% des patients sont décédés en 2009, tandis que 5% ont été ré-hospitalisés pour une IC, un taux qui passe à 20% pour toutes causes confondues.

Sur les deux années qui suivent l’hospitalisation, le taux de décès passe à 40%.Toutes causes confondues, ce sont 83% des patients qui sont, soit décédés, soit ré-hospitalisés.

53% des traitements inadaptés chez les moins de 55 ans

« Pour ce qui est du traitement, il s’est avéré insatisfaisant », a affirmé le Pr Juillière.

Seuls 36,7% des patients ont en effet reçu le traitement recommandé combinant un bêtabloquant, un diurétique et un IEC (ou un antagoniste des récepteurs de l'angiotensine II - ARAII, en cas d’intolérance).

Dans les 30 jours qui suivent leur sortie d’hôpital, les autres patients reçoivent majoritairement une combinaison diurétique-IEC/ARAII (23,4%), un diurétique seul (14,1%) ou une combinaison bétabloquant-diurétique (11%).

« Les contre-indications, telles que des comorbidités ou une insuffisance rénale, plus fréquentes chez des patients âgés, ne peuvent pas expliquer à elles-seules ce faible taux » pour le traitement de référence, souligne le cardiologue.

D’autant plus que les moins de 55 ans, qui présentent plus rarement des contre-indications et sont plus fréquemment atteints d’une insuffisance de type systolique, ne sont que 47 % à le recevoir, révèle l’étude.

Peur des effets secondaires

Interrogé par Medscape France, le Pr Juillière est interpellé par de tels résultats. « Ce sont donc 53% des patients de moins de 55 ans qui ne reçoivent pas le bon traitement après une première décompensation cardiaque. C’est incompréhensible ».

« Mon expérience au cours de sessions de formation continue montre pourtant que les cardiologues sont bien informés sur le traitement optimal à prescrire après une insuffisance cardiaque », souligne-t-il.

« La mise en pratique semble difficile, certainement par crainte des effets secondaires ». Une supposition qu’il tire de ses observations au CHU de Nancy, où les internes se montrent notamment réticents à prescrire des doses élevées d’IEC.

« Désormais le principe de précaution prévaut. Contrairement à ce qui se faisait auparavant, la prescription médicale tend à privilégier dans un premier temps les faibles doses pour aller ensuite vers des doses plus fortes », parfois au détriment du patient. 

En conséquence, « la mortalité par insuffisance cardiaque évolue peu », souligne le cardiologue, qui reconnait toutefois par ailleurs que « la prise en charge globale de l’insuffisance cardiaque s’est nettement améliorée », en particulier à l’hôpital.

Même si la population concernée est âgée et que les comorbidités sont fréquentes, « le taux de mortalité reste excessivement élevé à court et à moyen terme ». Il pourrait être amélioré notamment « en optimisant le traitement médical », suggère-t-il.

Le Pr Juillière a déclaré des liens d'intérêt avec Astra-Zeneca, Bayer, Servier, Bristol-Myers-Squibb,MSD-Schering-Plough, Novartis et Sanofi-Aventis.

 

Références :

  1. Juillière Y, L’insuffisance cardiaque, session commune caisse nationale d’assurance maladie/SFC : les bases de données de l’assurance maladie : une mine d’or ? », congres SFC 2014, 16 janvier 2014

  2. Pérel C, Chun F, Tuppin P, Taux de patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque en 2008 et évolutions en 2002-2008, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, n°41, 6 nov 2012

Liens :

Selon l'Assurance maladie, les insuffisants cardiaques sont trop souvent hospitalisés
Insuffisance cardiaque : les génériques sont-ils efficaces, sûrs et économiques ?

 

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