Médicaments de l’année 2013 : ceux qui passent à l’orange

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

22 janvier 2014

Londres, Royaume-Uni – C’est bien connu, parmi tous les médicaments mis au point par l’industrie pharmaceutique, beaucoup ne franchissent pas le cap de l’autorisation de mise sur le marché, blackboulés faute d’efficacité et à cause d’effets secondaires trop importants après des développements souvent longs. Certaines molécules néanmoins sont porteuses d’espoir mais doivent faire leurs preuves avant d’intégrer la catégorie des « breakthrough therapy » ou bien alors suscitent des avis mitigés. Voici selon le magazine Nature les « clignotants oranges » de 2013 [1]. L’année qui vient dira s’il faut les classer parmi les « tops » ou les « flops ».

Gastro-entérologie

MICI et infections à C. difficile : la greffe fécale

Injecter des selles dans un côlon pour éradiquer les bactéries pathogènes, la méthode a de quoi surprendre. Et pourtant, la greffe fécale (encore appelée transfert fécal, bactériothérapie fécale, transplantation fécale, ou encore transplantation de microbiote fécal) a montré son efficacité dans les infections à Clostridium difficile. Dans une étude publiée en 2013 dans le NEJM, 81 % des 16 patients ayant rechuté de leur infection à C. difficile ont été guéris après un transfert de ce type. Compte-tenu de la récurrence de ce type d’infections et de la résistance aux antibiotiques, la technique a de l’avenir.
A ce jour, elle a été utilisée pour traiter d'autres maladies gastro-intestinales, y compris les maladies inflammatoires de l'intestin (MICI), le syndrome du côlon irritable (SCI) et de la constipation chronique ainsi qu'une variété de troubles non gastro-intestinaux. La FDA a d’abord établi des restrictions pour l’utilisation de cette méthode en exigeant une autorisation spécifique des médecins, pour finalement assouplir les règles face aux protestations des patients et des professionnels de santé. A l’avenir, d’autres études sont en cours pour confirmer (ou non) les espoirs suscités par la greffe fécale.

Endocrinologie/Diabète

Diabète : inhibiteurs DPP4
Bonne nouvelle : les deux inhibiteurs oraux  de la dipeptidyl peptidase (DPP4), la saxagliptine (Onglyza®) et l’alogliptine (Nesina®) n’aggravent pas le risque cardiovasculaire des patients diabétiques de type 2.
Mauvaise nouvelle : ils ne l’améliorent pas non plus, contrairement à ce que l’on pourrait espérer, ce qui relativise l’intérêt thérapeutique de ces nouveaux antidiabétiques qui laissent les cardiologues dubitatifs, voire sceptiques.

Anti-cholestérol : PSCK9

Les laboratoires Sanofi et Regeneron ont fait savoir en octobre dernier que l'alirocumab, un anticorps anti-PCSK9 (proprotein convertase subtilisin/kexin type 9) a obtenu de meilleurs résultats en termes de baisse du LDL-cholestérol à 24 semaines (critère primaire) comparé à l'ézétimibe dans l'étude ODYSSEY MONO. La baisse observée a été significativement supérieure parmi les sujets traités par alirocumab (47,2% vs. 15,6%, p<0,0001).
Pour autant, à raison de 69,2% de patients sous alirocumab présentant des effets indésirables contre 78,4% de patients du groupe ézétimibe, le médicament n’est pas miraculeux. Deux autres anti-PCSK9 (Pfizer et Amgen) sont aussi dans les startings-blocks.

Gynécologie

Ménopause : Brisdelle®
L’année 2013 a vu l’approbation aux Etats-Unis du premier traitement non hormonal pour les bouffées de chaleur sévères liées à la ménopause. Cette approbation est jugée surprenante car elle va à l'encontre de l'avis du comité consultatif d'experts de la FDA (qui a refusé l’autorisation à 10 contre 4), ce qui se produit très rarement.
Brisdelle® du laboratoire Noven Pharmaceuticals consiste en une faible dose de paroxétine (7,5 mg), la molécule active de l'antidépresseur Deroxat® et s’utilise à la dose de 1 comprimé par jour à prendre le soir au coucher. À noter que les essais qui ont conduit à l'autorisation de commercialisation de Brisdelle® ont été de courte durée, au plus six mois, et ont été menés versus placebo et non versus traitement de référence tel que le traitement hormonal substitutif, THS.
La note de la FDA indique que le mécanisme par lequel la paroxetine réduit les bouffées de chaleur n'est pas connu. La notice, comme celle du Deroxat®, comporte un « avertissement fort » que le médicament peut augmenter les pensées et les comportements suicidaires. D'autres avertissements concernent un risque accru de saignement et une réduction possible de l'efficacité du tamoxifène, un médicament contre le cancer du sein.

Ménopause : Duavee®

Autre avancée dans la prise en charge des symptômes de la ménopause, la FDA a donné son autorisation à Duavee® (aussi appelée Aprela®). Ce traitement combinant estrogène et bazedoxifène (afin de protéger contre le risque d’hyperplasie endométriale) est indiqué pour les femmes souffrant de bouffées de chaleur liées à la ménopause et prévient l’ostéoporose post-ménopausique. Les précautions sont les mêmes que pour les médicaments à base d’oestrogènes.

Neurologie

Sommeil : Suvorexant

Allant à l’encontre de la recommandation de son comité consultatif, la Food and Drug Administration (FDA) a retoqué l’autorisation de la mise sur le marché du suvorexant (Merck), premier représentant d'une nouvelle classe de somnifères : les antagonistes des récepteurs aux orexines.
En effet, si les membres du comité ont jugé le médicament sûr et efficace, un certain nombre d’entre eux se sont inquiétés des effets secondaires, notamment de la somnolence diurne aux doses élevées et de la survenue de quelques cas d'idées suicidaires. La question de l’efficacité et de la sécurité d’une faible dose de 10 mg se pose néanmoins.

Oncologie

Ramucirumab

Résultats mitigés pour le ramucirumab. Décevant dans le cancer du sein où l’anticorps dirigé contre le récepteur du VEGF2 des laboratoires Lilly associé au docétaxel n’a pas retardé la progression de la maladie.

Il a, en revanche, permis d'améliorer les taux de survie lorsqu'il est utilisé en monothérapie chez les patients atteints de cancer gastrique avancé après une chimiothérapie initiale [3]. De fait, le candidat médicament s’est vu attribué une revue prioritaire de la part de la FDA en octobre dernier dans cette indication.

Liens

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