Post-ménopause : quels liens entre baisse des hormones et cognition ?

Vincent Richeux et Yael Waknine

Auteurs et déclarations

3 janvier 2014

Washington, Etats-Unis – Les changements d’humeur et l’altération des facultés cognitives pouvant être observées chez les femmes après la ménopause sont-elles liées à la baisse des taux d’estrogènes et de progestérone circulants ?
Pour répondre à la question, une étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), s’est intéressée à la fois aux femmes récemment ménopausées et à celles plus âgées, soit un panel de femmes avec des taux d’hormones sexuelles et des durées en post-ménopause très variables. [1]
« De précédentes recherches ont rapporté des résultats contradictoires, en raison notamment d’une évaluation cognitive insuffisante, d’une analyse focalisée sur une seule hormone sexuelle et d’une restriction à une seule tranche d’âge », expliquent les auteurs, le Pr Victor Henderson et son équipe de l’université de Stanford (Californie, Etats-Unis).
D’après ces nouveaux résultats, le lien entre la baisse  des hormones sexuelles et celle des fonctions cognitives n’est pas flagrant. « Les femmes ménopausées n’ont aucune raison de se précipiter sur une hormonothérapie de substitution pour améliorer leur mémoire et leur capacité de raisonnement », estime le Dr Henderson, interrogé par Medscape Medical News.

La mémoire sémantique légèrement affectée par le taux d’estrogène

Dans leur étude, les chercheurs ont recruté 643 femmes ménopausées en bonne santé, âgées de 41 à 84 ans, à partir de l’essai Early Versus Late Intervention Trial with Estradiol (ELITE). Aucune d’entre elles n’étaient sous traitement hormonal substitutif (THS).
Les participantes ont ensuite été classées en deux groupes, selon la durée écoulée depuis les dernières règles : moins de six ans (âge moyen de 55,4 ans) et dix ans ou plus (65,4 ans).
Elles ont passé une série de 14 tests neuropsychologiques. Les taux d’estradiol libre, d’estrone, de progestérone et de testostérone libre, ainsi que de SHBG (Sex Hormone Binding Globulin) - une globuline se liant aux hormones sexuelles - ont également été évalués.
Il s’est alors avéré que les taux d’estradiol libre et d’estrone n’étaient pas liés à la mémoire verbale, aux fonctions exécutives ou aux capacités cognitives. Par ailleurs, les femmes des deux groupes ne présentaient pas de différence concernant les scores cognitifs.
« Ces résultats suggèrent que l’évolution des fonctions cognitives, caractéristique de la post-ménopause, ne peut être associée aux variations des taux plasmatiques d’estradiol ou d’estrone observées avec l’âge », soulignent les auteurs.
Il n’y aurait donc pas de valeurs critiques corrélées à l’apparition de troubles, comme cela était supposé jusqu’à présent.
Un seul lien a pu être établi entre concentration d’estradiol et fonction cognitive dans le groupe des femmes les plus jeunes. Celles ayant le niveau le plus élevé d’œstradiol présentaient en effet une légère amélioration de la mémoire sémantique comparativement aux femmes ayant les taux les plus bas, avec une moyenne de 1,2 mot mémorisé en plus.
Il n’y avait pas plus de corrélation entre les concentrations hormonales et les troubles de l’humeur ou un éventuel état dépressif.
Toutefois, avec une significativité presque atteinte, il aurait pu être établi un lien entre un taux d’estradiol élevé et une meilleure humeur chez les femmes ménopausées depuis moins de six ans.

Une possible corrélation avec la progestérone

Dans ce groupe, les chercheurs ont, en revanche, mis en évidence une relation potentielle entre les niveaux les plus élevés de progestérone et une amélioration de la mémoire verbale et de la capacité cognitive.
En outre, l’analyse combinée des deux groupes a montré une corrélation significative entre le taux de SHBG et la performance de la mémoire verbale.
Ce résultat suggère que la SHBG pourrait jouer sur les processus impliqués dans la mémoire et l’apprentissage en favorisant l’absorption de l’estradiol dans les neurones. Une hypothèse qui « nécessite une confirmation », affirment les chercheurs.
Au final, « nous n’avons pas pu confirmer notre hypothèse de départ suggérant un lien entre le taux d’estradiol et une modification de la mémoire verbale après la ménopause », soulignent-ils.
De même, selon eux, il n’a pas pu être démontré « de corrélation significative entre les concentrations hormonales et les capacités cognitives, que la ménopause soit récente ou plus ancienne ».
Le Dr Henderson se veut toutefois prudent et suggère « de confirmer les résultats avant d’envisager d’éventuelles implications cliniques ». D’autres études devront également être menées, « en particulier sur les effets cognitifs de la progestérone ».

Les auteurs n’ont déclaré aucun lien d’intérêt.
Les recherches ont été financées par des fonds du National Institutes of Health (NIH) et de la fondation Huston Wright Foundation.

Ce sujet a fait l'objet d'une publication dans Medscape.com

Auteur de l’article : Vincent Richeux et Yael Waknine.

Référence :

  1. Henderson V, St John j, Hodi H, Cognition, mood and physiological concentrations of sex hormones in the early and late postmenopause, PNAS, publication en ligne du 25 novembre 2013.

Liens :

Ménopause : consensus international sur l'hormonothérapie substitutive
Ménopause et HTA : traitement hormonal substitutif possible sous précaution
Le régime méditerranéen préserve la fonction cognitive

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....