En 2014, chassez l’obésité abdominale avec l’exercice physique

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

2 janvier 2014

Paris, France – Le ou la patiente présente une obésité abdominale marquée, et une sédentarité qui l’est tout autant – même si il ou elle mentionne la promenade du chien ou la montée de 2 étages sans ascenseur. Il s’agit de corriger une dyslipidémie, de diminuer des apnées du sommeil, de prévenir un diabète à partir d’un état prédiabétique, etc… Mais comment faire bouger ce ou cette patiente ?
En présentant un « Programme de reprise d’activité physique dans l’obésité abdominale » lors des 33èmes Journées de l’Hypertension Artérielle, le Dr Boris Hansel (Hôpital Bichat, Paris) a admis que dans ce type de situations, le médecin « se sent un peu désarmé » [1].
En cause, le sentiment que l’exercice physique ne fait l’objet d’aucune recommandation précise. « On se contente d’encourager le patient à poursuivre et développer des activités qu’il entreprend de toutes façons par plaisir », observe le Dr Hansel. « Or, pour cela, il n’a pas besoin du médecin ».
En fait, des recommandations ont été émises par l’OMS qui sont « au moins aussi rigoureuses que les recommandations diététiques », souligne le Dr Hansel, qui rappelle que l’application de ces recommandations réduit le risque de diabète de 50%.
Selon ces recommandations, il faudrait consacrer 150 minutes par semaine à des exercices d’intensité modérée, ou 75 minutes par semaine à intensité élevée. Le Dr Hansel précise que l’on peut combiner les deux catégories, et que les fractionnements sont possibles – à condition toutefois de ne pas descendre en dessous de 10 minutes d’exercice, ce qui disqualifie la montée d’escalier.
Il souligne toutefois également qu’il est conseillé de faire plus, en fréquence et en durée – et même beaucoup plus, puisqu’il faudrait multiplier les quotas par 2 : 300 minutes d’exercice modéré par semaine, ou 150 minutes d’activités soutenues. A quoi s’ajoutent des exercices de renforcement musculaire contre résistance deux jours (non consécutifs) par semaine, et des étirements, importants notamment chez les personnes âgées.

Les recommandations OMS 

Les conseils classiques permettent-ils d’atteindre les recommandations ?
Pour le Dr Hansel, « le discours-plaisir est inutile »
« Pour commencer, il faut savoir ce que les gens font effectivement », souligne-t-il, en mentionnant le cas du patient qui affirme courir une heure par semaine, mais qui, enquête faite, a justement cessé de courir ces derniers temps parce qu' « il fait trop froid ».
L’idéal est de faire participer le patient à un programme structuré – le Dr Hansel a cité le programme ETAPES, mis en œuvre à l’hôpital Bichat.
L’objectif du programme est d’atteindre les recommandations de l’OMS, et sa philosophie est d’en reconnaitre les difficultés. La prise en charge passe par des méthodes éducatives destinées à « lever les obstacles », et « la prescription de sport thérapeutique ».
Les obstacles les plus fréquemment invoqués sont les réticences au sport, les douleurs, l’essoufflement. Le manque de temps, le manque de place lorsqu’il s’agit d’installer un appareil à domicile, et le coût d’une activité sont aussi évoqués. On note enfin – moins fréquents – l’ennui et le conjoint…
Au passage, s’agissant des douleurs, le Dr Hansel note que, quand le patient signale qu’il a mal, il signifie souvent qu’il a peur du mouvement (kinésiophobie). Un exercice effectué en consultation ne suscite ainsi aucune douleur, remarque-t-il.
A savoir : en cas de véritable douleur aux pieds, il peut être utile de vérifier les chaussures du patient.  « Une majorité de patients porte des chaussures de sport trop petites par rapport à la taille réelle du pied », indique le Dr Hansel.

Première étape : achat d’un podomètre

Le programme ETAPES, en distingue cinq, justement : la sortie de la sédentarité, la pratique d’exercices d’intensité modérée (mais métaboliquement efficaces), le renforcement musculaire pour limiter la sarcopénie, l’adaptation, et enfin l’optimisation.
Inutile d’insister sur la difficulté de la première étape. Et le Dr Hansel note à ce propos que le podomètre est un outil indispensable – assorti de la prescription « jamais moins de 5000 pas/jour », et « à 10 000 pas, on ne prend pas de poids ».
Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, les patients ne considèrent nullement l’appareil comme un gadget. Dans l’expérience du programme ETAPES, 85% des patients se servent effectivement de leur podomètre à 8 semaines, ce qui est encourageant quand toutes les études et méta-analyses montrent des écarts significatifs en termes de nombre de pas réalisés entre patients équipé ou non d’un podomètre.

Seconde étape : programme d’endurance

Seconde étape : l’instauration d’une activité d’endurance 6 jours / 7, d’une durée de plus de 10 minutes, et au seuil ventilatoire aérobie. Pour initier cette étape, le Dr Hansel recommande de faire passer au patient une épreuve d’effort, qui est à la fois éducative, et permet au patient de prendre conscience « qu’il peut ».
Au rayon du matériel, on passe cette fois au cardiofréquencemètre que le patient doit acquérir. Apparemment, comme avec le podomètre, les patients jouent le jeu : le Dr Hansel se dit même « très surpris » par l’attachement des patients au « chiffre magique » que constitue le seuil aérobie.

La suite du coaching

Enfin, pour la suite du programme, une idée se développe : le télé-accompagnement. Associant un coaching nutritionnel et un coaching physique. Un certain nombre d’essais ont déjà été menés sur l’accompagnement téléphonique, généralement aux Etats-Unis, avec des résultats qui peuvent atteindre ceux d’un suivi en face-à-face.
En France, l’AP-HP recherche aujourd’hui des volontaires pour participer à une étude randomisée comparant une assistance individualisée par internet à un accompagnement traditionnel à l’hôpital.  Baptisé ANODE (Accompagnement Nutritionnel de l’Obésité et du Diabète par E-coaching), le projet est conduit par les hôpitaux Bichat-Claude-Bernard et la Pitié-Salpêtrière. Il devrait commencer en 2014.
Le Dr Hansel signale qu’un appel au recrutement de patient par voie de presse pourrait intervenir courant janvier.  

Nom de l’auteur : Vincent Bargoin

Référence

  1. Hansel B. Programme de reprise d’activité dans l’obésité abdominale. Atelier obésité et hypertension. 33èmes Journées de l’Hypertension Artérielle. Paris, 19 décembre 2013.

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