Coup de tonnerre médiatique après la première implantation du cœur Carmat

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

23 décembre 2013

Paris, France – Cocorico, le cœur artificiel du Pr Alain Carpentier Carmat™, bijou de technologie, a enfin été implanté le 18 décembre dernier à l’hôpital Européen Georges-Pompidou (Paris) par le chirurgien cardiaque Jean-Noël Fabiani. L’intervention s’est déroulée sans complication, et le patient, un homme âgé de 70 ans ne présente pas, pour l’instant, de signe d’évolution défavorable.

Le post-opératoire immédiat s’est bien passé et le patient a été extubé.

Longue lutte pour pouvoir implanter le premier Carmat en France

Cette implantation en France est une surprise car en mai dernier, la société Carmat avait reçu l’autorisation d’implanter dans 4 pays (Belgique, Pologne, Slovénie, Arabie Saoudite)…mais pas dans l’hexagone.

Il faut croire que la détermination du Pr Carpentier à implanter ce premier cœur bioprothétique en France a payé puisqu’en septembre 2013, l’ANSM a autorisé la pose du cœur artificiel Carmat™ sur 4 patients en phase terminale d’insuffisance cardiaque et sans alternative thérapeutique.

Cœur artificiel et cœur « entièrement » artificiel

Les « cœurs artificiels » sont des pompes d’assistance mécanique pour des patients en stade terminal d’insuffisance cardiaque en attente de greffe. Depuis quelques années, ces dispositifs sont parfois amenés à ne plus être une solution temporaire mais définitive. On peut citer la pompe mécanique HeartMate II™ à flux continu qui connait un franc succès.

Mais le cœur artificiel du Pr Carpentier est tout autre. D’abord parce qu’il a plus ou moins une forme de cœur, à la différence des autres pompes mécanique, ce qui, dans l’imaginaire collectif, change la donne. Ensuite parce qu’il est biocompatible, plus physiologique (reproduction des battements cardiaques) et intelligent (biocapteurs pour asservissement de fréquence). Enfin, parce qu’il est d’emblée conçu comme une solution définitive avec la possibilité de durer (pour l’instant) 5 ans.

Faut-il le rappeler ? Le Pr Carpentier n’en est pas à sa première innovation réussie puisqu’il est le père de la bioprothèse aortique porcine Carpentier-Edward implantée dans le monde entier.

Une technologie High-tech mimant la physiologie cardiaque

D'une morphologie proche de celle du cœur, la pompe Carmat™ comprend deux cavités ventriculaires séparées et quatre valves bioprothétiques. Elle a été conçue pour reproduire le fonctionnement du cœur. Chaque ventricule contient un volume pour le sang, un autre pour le liquide d'actionnement, séparés par une membrane souple. Deux pompes déplacent le liquide d'actionnement entre les deux ventricules, générant une diastole et une systole.

Tous les éléments en contact avec le sang sont constitués de biomatériaux, de même nature que ceux développés pour les bioprothèses : des matériaux mieux tolérés, associés à de meilleures performances et à une baisse du risque de complications.

Le fonctionnement de la prothèse est régulé par un dispositif électronique intégré, qui permet une contraction de type « visco-élastique » pour éviter des montées en pression trop brutales. Le débit sanguin peut s’adapter aux besoins et un niveau de pression suffisant est constamment maintenu, même si le retour veineux se réduit, grâce à sept capteurs de pressions et de position de la membrane.

Le tout est alimenté par une batterie externe lithium-ion, d'une autonomie de quatre à six heures, avec un système portable sur chariot ou à l'épaule. Une batterie interne de secours assure le fonctionnement du cœur artificiel pendant 20 minutes. Une pile à combustible permettant de porter l'autonomie à 16 heures est en cours de développement.

Des résultats très encourageants chez l’animal

Avant cette première implantation chez l’homme, des tests ont été menés chez l’animal pour valider le modèle numérique. Ces essais ont permis d'obtenir des courbes de pression systoliques et aortiques similaires à celles observées avec un cœur naturel, avec des pressions auriculaires droite et gauche très basses. La fiabilité du fonctionnement du modèle sur le long terme a également été évaluée, ainsi que le maintien des capacités des différents capteurs.

Les animaux (veaux) ont été maintenus sous anesthésie pendant 48 heures, pour simuler la phase post-opératoire immédiate en clinique humaine, puis extubés. L'évaluation de la phase de récupération s'est basée notamment sur la surveillance de la diurèse, de la saturation veineuse en oxygène et sur la normalisation de l'équilibre acido-basique.

Les résultats obtenus ont été très encourageants puisque les différents paramètres – pression de remplissage des ventricules ; pressions veineuses centrales –, ont retrouvé des valeurs physiologiques normales. Même constat pour la diurèse témoignant de la perfusion rénale et les lactates : en 48 heures, ces valeurs étaient normalisées chez l’animal.

Après explantation des prothèses, aucun caillot n'a été décelé sur toutes les surfaces hémocompatibles du cœur artificiel et ceci, sans avoir recours à l'héparine pour éviter les saignements post-opératoires.

Sauver des milliers de patients et… gagner beaucoup d’argent

La société Carmat qui commercialise le cœur éponyme, estime que 100 000 patients aux Etats-Unis et en Europe pourraient bénéficier de ce cœur artificiel, un marché de 16 milliards d’euros.

Cette première implantation est l’aboutissement d’une alliance de la recherche publique et privée, celle du laboratoire de recherche du Pr Carpentier à l’HEGP et celle de la R&D de Carmat.

La société Carmat a été créée en 2008 par le Pr Carpentier et Matra Défense, du groupe European Aeronautic Defence and Space company (EADS), alors présidé par Jean-Luc Lagardère. Les premiers brevets ont été déposés en 1988. Jean-Luc Lagardère a soutenu pendant 15 ans le Pr Carpentier pour que son cœur artificiel voit le jour en France.

Le cœur Carmat™ a suscité beaucoup d'espoirs depuis le lancement du projet, en particulier après l'introduction en Bourse de la société en septembre 2010. Initialement envisagée avant la fin 2011, il aura donc fallu attendu deux ans de plus pour réaliser la première implantation.

L'industrialisation et la commercialisation du cœur Carmat™ sont prévues après obtention du marquage CE. Le coût de l’implantation est du même ordre que celui d’une transplantation cardiaque (160 000 euros).

Liens

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