Le DSM-5 est officiellement lancé, la controverse persiste !

21 mai 2013

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San Francisco, Etats-Unis - Après plus d'une décennie de développement et plus de deux ans de controverses, la cinquième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5) est enfin parue. L'annonce de la parution de la dite « bible de la psychiatrie » a été faite au congrès annuel de l'Am erican Psychiatric Association (APA) 2013 [ 1 ]. Vraie avancée pour certains, elle fait grincer des dents une partie de la communauté des professionnels de la santé mentale, en France comme à l'étranger.

« C'est un jour important. J'ai été impliqué dans le développement du DSM-5 dès le début et j'ai vu le travail évoluer tout au long de la dernière décennie. Il y a eu littéralement des centaines de personnes, d'experts du monde entier, de disciplines différentes, qui ont contribué au DSM-5. Ce que nous obtenons, c'est un manuel clinique qui s'appuie sur la meilleure science disponible…pour les patients d'aujourd'hui, c'est le meilleur manuel que nous pouvions développer », s'est enthousiasmé le Président actuel de l'APA, le Dr Dilip Jeste, lors d'un point presse.

Un enthousiasme qui n'est pas partagé par tous. Nombreux restent critiques par rapport à la base scientifique sur laquelle repose le contenu du texte et craignent une inflation de diagnostics inappropriés et une stigmatisation des patients.

Il y a quelques mois, dans un commentaire pour Medscape France sur le DSM-5, le Dr Maurice Corcos (psychiatre, Institut mutualiste Montsouris) indiquait, « qu'effacer les zones grises, c'est encore une théorie. Ceux qui voudraient être normatifs et mettre les patients dans une case n'ont pas compris que, la plupart du temps, tous les êtres humains sont dans cette zone grise.»

Interrogé par Medscape France, le Pr Bernard Granger (psychiatre, Hôpital Tarnier, Paris, France) se veut « nuancé ».

Dans une Tribune de la Revue du Praticien, il commente : «les nosologies comme le DSM sont nécessaires pour que les psychiatres aient des repères et parlent la même langue, mais elles ne rendent pas plus compte des maladies que les plantes séchées et collées dans un cahier ne décrivent la nature  […] Le DSM-5 sera finalement dans la ligne des précédents [DSM], avec des changements assez mineurs, et ne corrigera pas les excès liés à son utilisation aux Etats-Unis [ 2 ]. »

Il rappelle cependant que « dans notre pays, le DSM ne trône pas sur les bureaux de consultation, et la plupart des psychiatres ne s'y réfèrent pas plus qu'à d'autres modèles nosologiques. Son usage demeure important principalement en matière de recherche ». Aux Etats-Unis son utilisation a pris une tout autre ampleur…

Quoi de neuf ?

Les changements principaux de cette nouvelle édition comprennent un nouveau chapitre qui montre comment les troubles mentaux peuvent être liés entre eux sur la base de vulnérabilités sous-jacentes ou de symptômes caractéristiques.

En outre, dans le DSM-5, les troubles mentaux sont organisés en fonction du contexte de l'âge (développement sur la vie entière dans chaque chapitre) mais aussi en fonction du sexe et de la culture.

Selon le Dr David Kupfer, Président du groupe de travail du DSM-5, bien que le nombre de troubles reste « approximativement le même » par rapport à l'édition précédente, plusieurs d'entre eux fait leur apparition, comme l'hyperphagie boulimique, le nouveau trouble de dérégulation dit d'humeur explosive (qui s'applique aux enfants sujets à de fréquentes colères et irritables en périodes normales), et le trouble d'accumulation compulsive « hoarding ».

Une nouvelle section du manuel, section III, décrit plusieurs « états » qui nécessitent de nouvelles recherches avant de pouvoir être considérés formellement comme des troubles dans la partie principale de l'ouvrage.

Ces changements ont été décidés dans le but d'aider les cliniciens à identifier plus précisément les troubles mentaux et à améliorer les diagnostics tout en maintenant la continuité des soins.

Critique principale : la peur du sur-diagnostic et du sur-traitement

L'un des principaux détracteurs du DSM-5 est le Dr Allen Frances, ancien professeur de psychiatrie à la Duke University, alors qu'il a dirigé l'équipe ayant élaboré le DSM-IV. Dans un commentaire à l'édition internationale de Medscape, il indique qu'il est « triste et inquiet », alors qu'il n'est pas « une personne qui livre habituellement ses émotions.»

Il craint que « le DSM-5 aboutisse à diagnostiquer par erreur des millions de personnes « normales ». Cela tournerait notre inflation diagnostique actuelle en hyperinflation et exacerberait la sur-médicalisation ».

« Le DSM-5 transforme le deuil en trouble dépressif majeur, les colères en trouble de dérégulation dit d'humeur explosive, les pertes de mémoires du grand âge en trouble neurocognitif léger, l'inquiétude de la maladie en troubles de symptômes somatiques, la gourmandise en hyperphagie boulimique, et n'importe qui souhaitera obtenir un stimulant pour un usage récréatif ou pour améliorer ses performances pourra faire valoir qu'il souffre d'un trouble du déficit de l'attention », s'inquiète-t-il.

« Aujourd'hui aux États- Unis, il y a dans la population générale chaque année 20 % de personnes répondant à un diagnostic de trouble mental, 50 % sur la vie entière. En Europe, la prévalence sur la vie entière est de

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