Hyperactivité vésicale : un premier bêta-3 agoniste disponible en 2014

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

28 novembre 2013

Paris, France - Bientôt commercialisé en France après une autorisation de mise sur le marché (AMM) au niveau européen, attribuée début 2013, le mirabegron (Betmiga®, Astellas) inaugure une nouvelle classe thérapeutique contre l'incontinence urinaire liée à une hyperactivité vésicale, qui permettra d'offrir, avec un profil de tolérance favorable, une alternative aux anticholinergiques, a rappelé le Dr Xavier Gamé (Hôpital Rangueil, Toulouse), lors de la 107ème édition du congrès de l'Association française d'urologie (AFU), à Paris [1].

Le mirabegron est la première molécule de la nouvelle classe thérapeutique des bêta-3 agonistes ou bêta-3 mimétiques. C'est un agoniste spécifique des récepteurs bêta-3 adrénergiques présents dans la paroi vésicale, dont l'activation induit une relaxation des muscles lisses de la vessie.

Dans le cas d'une hyperactivité vésicale, le traitement réduit les contractions survenant pendant la phase de remplissage de la vessie et à l'origine des incontinences. «  Les bêta-3 mimétiques augmentent les délais entre deux contractions, sans avoir d'action négative sur la contractivité vésicale », souligne le Dr Gamé.

Commercialisé en France « courant 2014 »


Après une autorisation de commercialisation aux Etats-Unis en 2012, l'Agence européenne du médicament (EMA) a accordé une AMM en Europe pour le mirabegron en janvier 2013. En France, la molécule n'est pas encore commercialisée.

Contacté par Medscape.fr, le laboratoire Astellas a confirmé que le dossier de demande de remboursement « est actuellement déposé auprès de la Haute autorité de santé (HAS), qui doit procéder à son évaluation. La commercialisation de Betmiga® pourrait intervenir dans le courant de l'année 2014 ».

Le mirabegron est indiqué dans « le traitement symptomatique des urgenturies, de la pollakiurie et/ou de l'incontinence urinaire par urgenturie chez l'adulte présentant un syndrome clinique d'hyperactivité vésicale ».

Pour rappel, les urgenturies sont des envies d'uriner difficiles, voire impossibles à contrôler, qui amènent à cesser précipitamment toute activité pour se soulager. On parle de pollakiurie lorsque l'on compte plus de huit mictions par jour.

En Grande-Bretagne, le National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) a estimé, dans un avis sur ce médicament, que « le traitement peut être proposé, mais seulement en deuxième intention après utilisation d'un anticholinergique en cas d'échec ou d'effets indésirables trop important », a souligné le Dr Gamé.

Presque deux mictions en moins sur 24h


Le mirabegron offrira une alternative aux antimuscariniques oraux, un traitement pharmacologique de première intention contre l'hyperactivité vésicale, qui compte une douzaine de molécules. Celles-ci sont associées à des effets indésirables, notamment une sécheresse buccale et une constipation, qui peuvent conduire à l'arrêt du traitement.

L'efficacité du mirabegron a été évaluée dans deux essais cliniques de phase III incluant un total de près de 3 000 patients. Une amélioration de l'incontinence et une réduction de la fréquence des mictions a été observée en comparaison avec un placebo, avec des différences significatives qui restent toutefois peu marquées.

Dans la première étude [2], les patients randomisés entre le mirabegron à 50 mg, à 100 mg et un placebo ont observé, après 12 semaines de traitement, une réduction du nombre de fuite urinaire respectivement de 1,47, 1,63 et 1,13 par 24 heures et du nombre de miction de 1,66, 1,75 et 1,05 par 24 heures.

La deuxième étude [3], réalisée en parallèle avec le même protocole, a également montré un effet significatif avec une baisse du nombre de fuite urinaire respectivement de 1,79, 1,46 et 1,17 par 24 heures et du nombre de miction de 1,93, 1,77 et 1,34 par 24 heures.

Une prolongation du traitement, évaluée dans une troisième étude [4], a montré, à un an, une efficacité maintenue et un profil de tolérance favorable, le mirabegron ne générant qu'une très faible hausse de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque. Seuls 6 % des patients ont interrompu le traitement en raison d'effets secondaires.

Moins de sécheresse buccale


Dans cette étude, un quatrième bras a évalué l'effet d'un anticholinergique, le toldérodine  (Détrusitol®, Pfizer). « Concernant l'efficacité à un an, il y a peu de différences entre le mirabegron et l'anticholinergique. Le traitement par toldérodine est, en revanche, associé à une fréquence plus élevée de bouche sèche et de rétention urinaire », souligne le Dr Gamé.

Pour les troubles vésico-sphinctériens d'origine neurologique, aucune étude clinique n'a pour le moment été réalisée pour évaluer l'efficacité du bêta-3 agoniste chez l'homme, a-t-il ajouté. « Des essais menés chez des rats après section médullaire ont toutefois montré un effet sur l'hyperactivité de la paroi vésicale, en réduisant également les intervalles entre les contractions ».

Afin de déterminer la place du mirabegron dans l'arsenal thérapeutique du traitement de l'hypertension vésicale, d'autres études sont nécessaires pour comparer son efficacité par rapport aux anticholinergiques, évaluer son intérêt médico-économique et les combinaisons éventuelles de traitement.

Le Dr Xavier Gamé a déclaré avoir exercé une activité de recherche pour le laboratoire Astellas.

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