Démographie des cardiologues : les hommes vieillissent, les femmes arrivent

Vincent Bargoin

5 décembre 2013

Paris, France - En l'an 2000, on prédisait un effondrement de l'effectif des cardiologues. Les cassandres se sont trompés. Mais la situation n'en reste pas moins préoccupante. Les chiffres présentés par le Pr Richard Isnard (Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris ; Président du Collège des Enseignants en Cardiologie) lors de 19èmes Assises du Collège National des Cardiologues des Hôpitaux (CNCH), confirment « une problématique évidente d'adéquation entre les besoins de la population et la démographie des médecins » [1].

« Si la mortalité cardiovasculaire a diminué, c'est grâce à un maillage territorial » a souligné pour sa part le Dr Simon Cattan (Président du CNCH) en commentant l'exposé du Pr Isnard. « Ce maillage est en train de tomber. Je pense qu'il va y avoir des morts ».

Augmentation de 8,3% des cardiologues depuis 2001


La présentation portait sur les chiffres de 2011, versus les chiffres de 2001. En substance, 6052 cardiologues étaient inscrits à l'Ordre en 2011 contre 5587 en 2001, soit une augmentation de 8,3% en 10 ans.

« La densité est donc stable sur le territoire », a indiqué le Pr Isnard, ce qui ne signifie évidemment pas qu'elle soit équitablement répartie. On trouve ainsi 7 cardiologues pour 100 000 habitants en Picardie, contre 13,5 /100 000 habitants en région PACA. Par ailleurs, moins de 5% des cardiologues exercent dans des communes de moins de 10 000 habitants.

En ce qui concerne le type d'exercice, en 2011, 51% des cardiologues exerçaient en cabinet libéral, 30% dans un hôpital public, 3% en ESPIC, 3% dans un hôpital privé, et 12% en société.

« Cette distribution a peu évolué depuis 2001 », a précisé le Pr Isnard, tout en remarquant que les modalités d'exercice, elles, ont vraisemblablement changé. « Il est difficile d'analyser le mode d'exercice dans le privé », a-t-il indiqué. Par ailleurs, « on connait mal la proportion de cardiologues qui se dirigent vers la réadaptation ».

Tandis que les hommes prennent de l'âge, les femmes arrivent


Les véritables évolutions sont au nombre de deux : premièrement, la profession vieillit ; deuxièmement, elle se féminise.

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la pyramide des âges, qui, sur son versant masculin, arbore une obésité abdominale marquée entre 50 et 60 ans, et sur son versant féminin, un profil beaucoup plus gynoïde.

On commence donc par la bonne nouvelle. La proportion de femmes parmi les cardiologues, qui était de 15% en 2001, est passée à 22% en 2011. Il s'agit d'une vague montante, puisque l'on compte 14% de femmes au-delà de 50 ans, mais 42% en deçà de 40 ans.

Le Pr Isnard s'est réjoui de cette évolution, tout en en relativisant la portée. Les femmes sont en effet 42,5% dans les autres spécialités médicales et 25,2% dans les spécialités chirurgicales, soit plus que les 22% de la cardiologie.

La mauvaise nouvelle, c'est bien sûr l'âge, avec une moyenne passée de 46 à 50 ans entre 2001 et 2011. Il y a deux ans, la proportion de praticiens de plus de 50 ans était de 58% (contre 38% en 2001). « On peut donc s'attendre à des départs à la retraite massifs dans les 10 prochaines années », a souligné le Pr Isnard.

En considérant que 1654 nouveaux cardiologues se sont inscrits entre 2001 et 2011, l'extrapolation indique quelques 1500 nouveaux cardiologues en 2020. Mais parallèlement, 2388 partiront à la retraite - 1955 si l'âge de départ est porté à 67 ans, soit un déficit net de 6% dans le meilleur des cas.

Cardiologues étrangers


Le Pr Isnard indique par ailleurs que sur ces 1654 cardiologues, 400 provenaient de la « voie accessoire ». Cette situation est d'ailleurs commune à la plupart des spécialités puisqu'environ 15% des médecins exerçant aujourd'hui en France sont formés en dehors de l'Union Européenne (plus la Suisse).

« Certains sont d'excellente qualité », a relevé le Dr Simon Cattan, Président du CNCH, en commentant la présentation. Mais « il n'existe pas tellement de contrôles », a ajouté le Pr Isnard. « En France, contrairement à d'autres pays européens, les diplômes étrangers sont validés sans être vérifiés. Or, il existe une fraude ».

Baisse de 10% des cardiologues dans la prochaine décennie


« Nos hypothèses de travail sont basées sur une diminution de l'ordre de 10% de l'effectif des cardiologues d'ici 2020 », a indiqué le Pr Isnard, en pronostiquant également une légère remontée dans la décennie 2020-2030.

En termes d'effectif global comme en termes de répartition territoriale, la situation est donc préoccupante, d'autant que la multiplication des sous-spécialités cardiologiques et la surspécialisation vont encore restreindre la pratique de la cardiologie générale.

Le Ministère est-il conscient de la situation ?

Oui, a affirmé le Pr Isnard, en soulignant que, même si « la cardiologie est particulièrement concernée », ces évolutions « concernent toutes les spécialités ». C'est au demeurant la raison pour laquelle les cardiologues n'ont pas, jusqu'à présent, « fait le courrier qu'on fait les radiologues pour alerter l'opinion », a expliqué le Pr Isnard en réponse à une question de l'assistance.

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