VIH : dans l'essai PrEP, la prophylaxie pré-exposition n'a pas modifié les comportements

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

8 novembre 2013

VIH : dans l'essai PrEP, la prophylaxie pré-exposition n'a pas modifié les comportements

L'étude PrEP rassure sur l'intérêt de la prophylaxie pré-exposition au sein des couples hétérosexuels sérodiscordants. Mais ces résultats sont-ils transposables à la vraie vie ?
8 novembre 2013

Seattle, Etats-Unis — Le comportement des partenaires sains de couples hétérosexuels sérodiscordants recevant un traitement prophylactique par ténofovir oral n'est pas modifié une fois qu'ils savent qu'ils reçoivent un traitement efficace. C'est la principale conclusion d'un suivi longitudinal de l'étude PrEP (Pre-Exposure Prophylaxis to Prevent HIV-1) publié dans le Lancet Infectious Diseases[1].

Se savoir protégé à 67-75 % modifie-t-il le comportement ?


L'étude PrEP publiée en 2011 a fait état d'une baisse de 67 % (dans le bras ténofovir) à 75 % (dans le bras emtricitabine associé au ténofovir) du risque de contamination du partenaire séronégatif dans des couples hétérosexuels sérodiscordants. La question du devenir comportemental sexuel de ces personnes une fois qu'elles connaitraient la composition du traitement qu'elles recevaient s'est rapidement posée.

En effet, se savoir autant protégé contre l'infection allait-il modifier le comportement sexuel ? Le nombre des rapports à risque allait-il augmenter ?

Une analyse de 56 132 personnes-mois


La comparaison des 4 variables représentatives du comportement sexuel - fréquence des rapports (vaginaux ou anaux) sans protection, fréquence globale des rapports avec le partenaire habituel ou un autre partenaire - pour les 3 024 partenaires sains de l'étude (soit 56 132 personnes-mois) a été établie à partir du suivi mensuel à l'issue de l'étude.

A l'occasion de ces consultations de suivi, l'ensemble des personnes (64 % d'hommes) recevait des conseils, des rappels sur les pratiques sexuelles les moins risquées et elles étaient testées pour les IST (gonorrhée, chlamydia, trichomonas).

Une baisse des rapports non protégés avec le partenaire habituel


Au cours de l'année précédant la fin de l'étude (juillet 2010-2011), la moyenne du nombre des rapports sexuels non protégés avec le partenaire habituel s'établissait à 59 pour 100 personnes-mois.

Ce chiffre est passé à 53 pour 100 personnes-mois entre juillet 2011 et juillet 2012. Aucune différence significative n'a été notée immédiatement après la fin de l'étude (p=0,66), ni à distance (p=0,25).

La relative baisse du nombre moyen de rapports non protégés avec le partenaire habituel est mise sur le compte du suivi comportemental des personnes inclues dans l'étude par les auteurs.

Le nombre des rapports non protégés avec autre partenaire que l'autre personne du couple a légèrement augmenté après la fin de l'étude (6,8 contre 6,2 relations par an, ce deuxième chiffre ayant été estimé par modélisation à partir des données recueilles au cours de l'étude, p=0,04).

En outre, le nombre des IST ou des grossesses ne s'est pas modifié après juillet 2011.

Un résultat d'étude, mais qu'en sera-t-il dans la vraie vie ?


Pour le Dr Jared Baeten (Seattle, Etats-Unis) le coordinateur de l'étude PrEP, « ces résultats permettent d'estimer pour la première fois que le traitement PrEP ne modifie pas le comportement des hétérosexuels sains traités. Ce traitement associé à une approche non pharmacologique peut s'inscrire dans une stratégie de prévention et de santé publique ».

Il souligne aussi que l'étude connaît certaines limites : couples africains seulement, nombre de rapports fondés sur la déclaration des participants, choix d'une linéarité dans le nombre des rapports au cours des différentes périodes analysées.

Est-ce que dans la vraie vie, les personnes recevant un traitement PrEP se conduiront comme dans cette étude ? C'est une question qu'il va falloir se poser dans un proche avenir pour savoir si l'existence de cette option thérapeutique ne majore pas les comportements à risque, donc les possibilités d'infection en dépit du traitement. Ce qui serait définitivement contre-productif en termes de santé publique.

L'étude a été financée par la fondation Bill&Melinda Gates et le US National Institute of Mental Health. Les auteurs ne signalent pas de conflits d'intérêt.

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