Ondes électromagnétiques et santé : un rapport timoré de l'Anses

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

23 octobre 2013

Paris, France -L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) vient d'actualiser son rapport de 2009 sur l'exposition aux radiofréquences. L'Agence ne recommande pas d'abaisser les seuils actuels d'exposition aux ondes. En d'autres termes, quatre années supplémentaires de publications scientifiques sur le sujet ne permettent toujours pas de dégager une tendance forte en matière de toxicité.

Voilà un rapport qui ne va pas conforter ceux qui luttent pour que des mesures énergiques soient prises afin que le seuil d'exposition aux ondes électromagnétiques (téléphones portables, Wifi, 4G…) soit abaissé. L'Anses vient de présenter à la presse un rapport d'expertise sur la question [1], qui est une actualisation d'un rapport rédigé en 2009. Constat général : au sujet de l'exposition aux ondes, « il est impossible de conclure que les effets biologiques observés sont générateurs d'effets sanitaires ». Une position partagée, d'ailleurs, par l'Académie de médecine, opposée à un abaissement des seuils d'exposition.

L'Anses, dans son rapport de 400 pages, a passé en revue 308 articles scientifiques originaux, pour jauger des effets cancérogènes et non cancérogènes des ondes électromagnétiques.

Des conclusions encore trop alarmistes pour l'Académie de Médecine

Alors que les conclusions de l'ANSES se veulent plutôt rassurantes, l'Académie de Médecine les trouve encore trop alarmistes et le fait savoir dans un communiqué [2]. La vénérable institution « craint […] que l'ambiguïté des conclusions du rapport, mettant en évidence l'innocuité des radiofréquences tout en recommandant une réduction des expositions, n'inquiète inutilement les utilisateurs de téléphones portables, en particulier les personnes qui en font un usage important par obligation professionnelle » en expliquant que « conseiller de limiter les expositions sur des bases scientifiquement contestables revient à en abaisser de facto les normes. Alors que les experts ne le recommandent nulle part dans leur rapport […]. ». Pour l'Académie de Médecine, le principe de précaution n'a pas lieu d'être en matière de téléphone portable : « le seul risque avéré du portable reste la baisse d'attention en début et fin de communication, avec ou sans kit « mains libres », dont témoignent malheureusement de plus en plus d'accidents sur la route et sur la voie publique » affirme-t-elle. SL


Pas d'effet sur le système nerveux central


Le niveau de preuves, selon l'Anses, semble insuffisant pour relever le moindre effet des ondes sur le système nerveux central (SNC), tant sur les fonctions cognitives, que sur les rythmes circadiens, les fonctions auditives (à court terme), ou l'apparition de maladies neuro-dégénératives.

Néanmoins, l'étude relève « un effet physiologique à court terme sur le sommeil ». La durée du sommeil de stade 2 (sommeil léger), sous l'effet des ondes, diminue, tandis que la durée du sommeil paradoxal (rêves) augmente, mais ce sont des effets sans conséquences pathologiques, conclut l'Anses.

Pas d'effet sauf peut-être sur la fertilité


Pour les effets non cancérogènes autres que ceux qui touchent le SNC, là encore, l'Anses botte en touche, tant en ce qui concerne la fertilité masculine, le système immunitaire, endocrinien, cardio-vasculaire, le rythme cardiaque, le système oculaire, la viabilité de la descendance, la santé globale et le bien-être.

L'Anses rappelle cependant que deux études ont mis en évidence une incidence des ondes sur la fertilité masculine. Mais ces « deux études posent question ». Et l'Anses de préconiser des études complémentaires. D'autres études mettent en évidence des symptômes, en relation avec la proximité d'antennes relais, ressentis par des riverains. L'agence penche plutôt pour un effet nocebo plutôt que pour un réel effet des ondes sur la population générale.

Gliomes : un niveau de preuves « limité »


Concernant les effets cancérogènes, l'Anses met en évidence un niveau de preuves « limité » pour conclure à un risque de gliomes associé aux radiofréquences pour les utilisateurs intensifs de téléphones portables ayant cumulé plus de 1640 heures d'exposition.

L'augmentation de l'incidence des gliomes serait de moins de 20%, pour des durées d'exposition d'au moins 15 ans. Une exposition sur 15 ans à 1640 heures d'usage du téléphone portable correspond à une conversation téléphonique de 18 minutes en moyenne/j.

Nouvelles études nécessaires


En conclusion, eu égard aux lacunes méthodologiques constatées dans de nombreuses études, l'Anses recommande d'étudier de nouveau les effets à long terme des radiofréquences, notamment sur la fertilité et la cancérogenèse. Mais aussi sur le stress, le sommeil, l'addiction, le développement des capacités cognitives, les pathologies neuro-dégénératives.

L'Anses met également en garde contre l'arrivée de nouvelles technologies comme la 4G, qui augmenterait l'exposition de la population aux radiofréquences de 50%.

Recommandations de l'Anses [1]
  • Pour les adultes utilisateurs intensifs de téléphone mobile (en mode conversation) : de recourir au kit main-libre et de façon plus générale, pour tous les utilisateurs, de privilégier l'acquisition de téléphones affichant les débits d'absorption spécifiques (DAS) les plus faibles ;

  • De réduire l'exposition des enfants en incitant à un usage modéré du téléphone mobile ;

  • De poursuivre l'amélioration de la caractérisation de l'exposition du public dans les environnements extérieurs et intérieurs par la mise en œuvre de campagnes de mesure ;

  • que le développement des nouvelles infrastructures de réseaux de téléphonie mobile fassent l'objet d'études préalables en matière de caractérisation des expositions et que les conséquences d'une éventuelle multiplication du nombre d'antennes-relais dans le but de réduire les niveaux d'exposition environnementaux fassent l'objet d'un examen approfondi ;

  • De documenter les situations des installations existantes conduisant aux expositions les plus fortes du public et d'étudier dans quelle mesure ces expositions peuvent être techniquement réduites.

  • que tous les dispositifs courants émetteurs de champs électromagnétiques destinés à être utilisés près du corps (téléphones DECT (digital enhanced cordless telephone), tablettes tactiles, veille-bébé, etc.) fassent l'objet de l'affichage du niveau d'exposition maximal engendré (DAS par exemple), comme cela est déjà le cas pour les téléphones portables.


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