La somatostatine freine les tumeurs neuroendocrines non fonctionnelles

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

21 octobre 2013

Amsterdam, Pays-Bas — Après 2 ans de traitement par lancréotide (Somatuline®, Ipsen), un analogue de la somatostatine, la progression de la maladie et l'incidence des décès des patients atteints de tumeurs non fonctionnelles neuroendocrines gastro-entéro ou pancréatiques (TNE-GEP) est abaissé de 53 % par rapport au groupe témoin selon les résultats de l'étude de phase III CLARINET, présentés au Congrès européen de cancérologie (ECC2013) [1].

Cette nouvelle donnée devrait inciter à élargir les prescriptions des analogues de la somatostatine aux TNE-GEP en plus des tumeurs neuroendocrines fonctionnelles. A ce jour, en effet, ces produits sont utilisés pour s'opposer aux effets neuro-endocrines (diarrhées, flushs…) des tumeurs sécrétantes.

Mode d'action des analogues de la somatostatine

Les analogues de la somatostatine inhibent la croissance tumorale de certaines lignées cellulaires présentes au sein de tumeurs exocrines et endocrines par le biais de mécanismes directs ou indirects.

Cet effet de stabilisation tumorale a été prouvé à l'occasion d'études prospectives et rétrospectives. « Pourtant, jusqu'à présent, seule une étude (PROMID) avant l'essai CLARINET avait prouvé l'effet d'un analogue de la somatostatine, l'ocréotide retard, dans des formes particulières de tumeurs neuroendocrines de l'intestin grêle associées à une atteinte métastatique hépatique limitée », a expliqué le Pr Philippe Ruszniewski (Clichy, France).


Survie sans progression prolongée


L'étude avait inclus 204 patients présentant des tumeurs TNE-GEP bien ou modérément différentiées et dont l'indice de prolifération était inférieur à 10 %. Il s'agissait de tumeurs pancréatiques pour 45 % des patients, d'atteinte de l'intestin moyen (36 %), de l'intestin postérieur (7%) ou de site inconnu (13%).

Les patients étaient atteints de tumeurs métastatiques ou localement avancées inopérables.

Sur les 101 patients qui ont reçu la Somatuline® Autogel 120 mg (une injection tous les 28 jours), 30 ont présenté au cours du suivi de 2 ans une progression de la maladie, 2 sont morts, 18 ont suspendu le traitement et 53 n'ont pas subi d'événement pendant la période déterminée (96 semaines).

Pour le groupe contrôle de 103 patients ces chiffres s'élèvent respectivement à 58 (progression de la maladie), 2 (décès), 21 (suspension) et 26 (absence d'évènements).

Après 2 ans de traitement, 62 % des patients sous Somatuline® survivaient sans progression contre 22 % dans le groupe placebo. La médiane de survie n'était pas atteinte dans le groupe traitement actif alors qu'elle était de 18 mois avec le placebo.

Bonne tolérance


« La différence de survie sans progression est, elle aussi, tout à fait nette dans l'analyse en sous-groupe selon l'origine de la tumeur », a expliqué le Pr Philippe Ruszniewski (Clichy, France).

« Pour les tumeurs de l'intestin moyen, 8 évènements sont survenus pour les 33 patients sous lancréotide contre 21 pour les 44 témoins. Ces chiffres sont respectivement de 18 sur 42 sous traitement contre 31 sur 49 pour les témoins en cas d'atteinte pancréatique ».

Le bénéfice était aussi significatif pour les tumeurs de grade 1 comme pour celles de grade 2 et en fonction de la charge tumorale hépatique (faible ou élevée).

Chez les patients sous lancréotide, la sécrétion de chromogranine A a été abaissée de plus de 50 % pour près de la moitié des patients et ce à 3, 6, 12 et 24 mois.

En revanche, aucune différence en termes de survie globale n'a été observée dans cette étude, mais cette différence pourrait apparaître avec un suivi plus long.

Enfin, le profil de tolérance était favorable puisque l'incidence des effets secondaires graves était limitée (diarrhées et douleurs abdominales qui ne concernaient qu'un seul patient).

Vers un élargissement des indications


Chargé de la discussion sur l'étude CLARINET, le Pr Kjell Obag (Uppsala, Suède) a affirmé « que les analogue de la somatostatine ont prouvé leur efficacité sur différents types de tumeurs neuroendocrines. Leur utilisation qui jusqu'à présent était restreinte aux seules tumeurs fonctionnelles doit désormais être élargie.

Mais il est illusoire de penser que l'impact du traitement dans la vie courante sera aussi net que dans l'étude CLARINET où la sélection des patients à l'inclusion était drastique : patients stables depuis 6 mois, dont la grande majorité était naïve de tout traitement (81 %), avec une prolifération cellulaire basse pour 78 %, un envahissement hépatique limité (67 %) ».

Le Pr Ruszniewski déclare avoir été consultant pour Ipsen et avoir reçu des honoraires et des financements pour la recherche de Novartis et Ipsen.
Deux des auteurs de l'étude sont salariés d'Ipsen.

Recherche française en oncologie digestive

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