POINT DE VUE

La BPCO est désormais étiquetée pathologie multi-organique

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

11 octobre 2013

La BPCO est désormais étiquetée pathologie multi-organique

L'exacerbation n'est plus le seul risque de la BPCO : les comorbidités en font le pronostic. Prendre en charge la BPCO c'est faire du « chronic disease managment », explique le Pr Jean-Louis Pépin.
11 septembre 2013

Barcelone, Espagne - A l'occasion du congrès de l'European Respiratory Society (ERS), le Pr Jean-Louis Pépin, pneumologue, (Grenoble) analyse pour Medscape.fr l'actualité dans la prise en charge de la BPCO, une pathologie considérée désormais comme multi-organique.

Medscape.fr : La prise en charge des comorbidités devient prépondérante dans le suivi de la BPCO. Comment en est-on arrivé là ?

Pr Jean-Louis Pépin : L'exacerbation ne doit désormais plus être considérée comme le seul risque chez les patients BPCO. Cette affection doit être considérée comme une affection potentiellement multi-organique.

En 2012, une publication a changé l'approche que les pneumologues avaient de cette affection. Cet article a d'ailleurs été récompensé comme article de l'année 2012-2013 en BPCO par l'European Respiratory Society à l'occasion de son congrès [1].

Le Dr Miguel Divo (Harvard, Etats-Unis) et le groupe collaboratif BODE, principalement constitué de pneumologues espagnols, a détaillé le co-morbidum -c'est à dire l'ensemble des comorbidités associées à la morbidité et à la mortalité- de la BPCO.

Ce travail analysait l'incidence de 79 comorbidités sur le devenir de patients BPCO suivis pendant une médiane de 51 mois.

Medscape.fr : Quels sont les résultats de ce travail ?

Pr J-L P : 1 664 patients ont été pris en compte. Globalement, l'incidence de différentes pathologies associées a pu être précisée :

  • Hypertension artérielle : 50 à 55 %,

  • Hyperlipidémie : 35 à 50 %,

  • Coronaropathie : 25 à 35 %,

  • Hypertrophie bénigne de la prostate : 30 %,

  • Arthrose : 30 %,

  • Diabète : 25 %,

  • Reflux gastro-oesophagien : 20 %,

  • Dépression : 20 %,

  • Insuffisance rénale chronique : 20%,

  • AOMI : 18 %,

  • Insuffisance cardiaque : 18 %,

  • Alcoolisme ou toxicomanie : 15 %,

  • Flutter ou fibrillation auriculaire : 12 à 20 %.

Parmi les pathologies qui affectaient aussi plus de 5 % des patients BPCO on peut aussi citer : l'anxiété, la dysfonction érectile, les ulcères gastriques ou duodénaux, les AVC, l'hypertension artérielle pulmonaire, l'apnée du sommeil, les cancers de la prostate et du poumon, l'ostéoporose, les maladies psychiatriques, l'hypothyroïdie, le cancer du sein, les anévrysmes de l'aorte abdominale, la fibrose pulmonaire…

Au vu de ce travail, il est donc évident que l'on ne peut pas réduire le patient BPCO à son unique affection pulmonaire. Il doit être pris en charge dans sa globalité avec des traitements spécifiques à chaque comorbidité. Des études de cohorte montrent que le traitement de pathologies associées par des bêtabloquants ou des statines améliore le devenir des patients BPCO et contribue même à stabiliser leur affection pulmonaire en luttant contre l'état inflammatoire du patient.

Medscape.fr : Ces comorbidités influent-elles sur le pronostic de la BPCO ?

Pr J-L P : Sur le pronostic global plutôt. Les causes cardio-vasculaires représentent 30 à 40 % des décès dans la BPCO.

Le travail du Dr Divo conclut que 12 comorbidités influent négativement sur le pronostic : cancer du poumon (prévalence 9,1 %), cancer du pancréas (0,4 %), cancer de l'œsophage (0,4 %), cancer du sein (7%), fibrose pulmonaire (6,1 %), fibrillation ou flutter auriculaire (13%), insuffisance cardiaque congestive (15,7 %), coronaropathie (30,2 %), ulcères gastriques ou duodénaux (11,5%), cirrhose du foie (2,5 %), diabète compliqué de neuropathie (4%), anxiété (13,8 %).

Actuellement, des efforts de recherche sont faits dans l'identification de clusters de phénotypes des patients BPCO. Ces travaux ont montré qu'il existe des BPCO qui sont plutôt respiratoires -dans lesquelles l'obstruction bronchique domine et la sévérité de la maladie respiratoire est prédominante- et d'autres qui sont plus métaboliques et pour lesquelles les comorbidités font le pronostic plus que la sévérité de l'obstruction.

Les pneumologues doivent considérer la BPCO comme une maladie globale, systémique, où on traite non seulement l'obstruction mais aussi toutes les comorbidités dont l'impact dans le pronostic des malades est tout aussi important.

Ils doivent apprendre à faire du « chronic disease managment » : un diagnostic systématique des comorbidités, un examen clinique pluridisciplinaire, une approche biologique élargie, un traitement avec plusieurs volets

Les pneumologues doivent travailler en particulier la main dans la main avec les cardiologues.

Le Pr Jean-Louis Pépin n'a pas déclaré de liens d'intérêt.

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