Diabète gestationnel non contrôlé : un risque épigénétique chez l'enfant

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

11 octobre 2013

Paris, France — L'incidence du diabète gestationnel est en constante augmentation. Plus de 10% des femmes enceintes ont un diabète gestationnel et on dénombre 100 000 nouveaux cas par an en France. Lors des Entretiens de Bichat 2013, le Pr Jean-Jacques Altman (service de diabétologie, endocrinologie et nutrition, HEGP, Paris) est revenu sur les risques associés à cette pathologie chez la mère et chez l'enfant à court et à long terme [1].

Pour le diabétologue, c'est l'impact majeur sur le long terme à la fois chez la mère et chez l'enfant qui justifie le plus la prise en charge du diabète gestationnel.

Les risques à court terme sont peu fréquents


Les complications obstétricales et périnatales sont peu fréquentes. Mais, il a été rapporté, pour la mère, des cas d'hypertension gravidique (toxémie, pré-éclampsie), une augmentation des taux de césarienne, de déchirements périnéaux et de dépression.

Chez le fœtus, la complication la plus fréquente en cas de diabète gestationnel non contrôlé est la macrosomie. L'hyperglycémie maternelle induit une hyperinsulinémie fœtale. Or l'action lipogénique de l'insuline entraîne un engraissement fœtal avec, pour la population française, un poids supérieur ou égal à 4 kilogrammes. La macrosomie est source de traumatismes obstétricaux : élongation du plexus brachial, fracture claviculaire ou des os du crâne.

L'hyperinsulinémie est également source d'hypoglycémie néonatale du nourrisson.

Les mères à haut risque de DT2 à moyen et à long terme


Si le diabète gestationnel disparait dans la plupart des cas, dans, en moyenne, 30% des cas, les mères développeront un diabète de type 2 dans les 10 ans. Il s'agit du facteur de risque de diabète de type 2 le plus important. Il multiplie le risque par 7 à 10 fois. Bien entendu, la présence d'autres facteurs de risque comme l'obésité ou les antécédents de diabète de type 2 dans la famille majorent et potentialisent le risque.

Les femmes devraient donc bénéficier d'une prise en charge relais après leur accouchement. « Au-delà de la simple consultation post-accouchement, au-delà de la recherche de la guérison ou non du diabète, le plus important, me semble-t-il est la mise en place de mesures destinées à prévenir, limiter l'émergence du DT2 : activité physique, diététique voire prise en charge pharmacologique », souligne le Pr Altman.

Cependant, la réalité est toute autre. Une étude publiée en 2011 par Tovar A et coll. a montré qu'en moyenne, seule une femme sur deux bénéficie d'un suivi post-accouchement [2].

« Il s'agit vraiment d'une opportunité manquée dans l'aide à la prévention de l'épidémie du diabète de type 2 », commente l'orateur.

A long terme, les enfants sont triplement menacés


Les enfants sont triplement menacés. D'une part, parce que leur patrimoine génétique maternel les expose au risque de diabète. La fragilité pancréatique est transmise.

D'autre part, parce que le diabète gestationnel peut être lié à un surpoids, à de mauvaises habitudes alimentaires et à une pratique limitée de l'activité physique chez la mère. Il est donc possible que l'enfant ne bénéficie pas de règles d'hygiène de vie optimales pendant sa croissance.

Enfin, le troisième risque est épigénétique.

L'environnement in-utéro peut produire sur les chromosomes de l'enfant de nombreuses modifications au rang desquelles des méthylations et déméthylations défavorables qui vont favoriser la survenue plus fréquente et plus précoce de diabète, d'obésité et d'hyperlipémie.

« Ce sur-risque justifie à lui seul le dépistage systématique et la prise en charge effective du diabète gestationnel », indique le spécialiste. Il conclut : « L'éducation et le suivi de cette population à haut risque sont indispensables pour contribuer à limiter l'épidémie de diabète. »

La physiopathologie du diabète gestationnel

Diverses hormones, mais, essentiellement l'hormone lactogène placentaire (HLP), produite par le placenta pour préparer la glande mammaire en vue du futur allaitement, ont un effet hyperglycémiant. La HLP s'oppose à l'insuline pour abaisser la consommation du glucose par les cellules maternelles. En temps normal, cette baisse de sensibilité à l'insuline induit un doublement de la sécrétion d'insuline par le pancréas maternel, mais dans le cas du diabète gestationnel, la femme enceinte est dans l'incapacité d'assurer cet hyperinsulinisme réactionnel.



Le Pr Jean-Jacques Altman n'a pas de liens d'intérêt en rapport avec le sujet.

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