POINT DE VUE

Recherche sur l'asthme : 3 questions au Pr Arnaud Bourdin

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

4 octobre 2013

Recherche sur l'asthme : 3 questions au Pr Arnaud Bourdin L'identification future de sous-populations d'asthmatiques permettra de cibler les traitements. Agir sur le microbiote intestinal est une autre voie de recherche. Entretien avec le Pr Arnaud Bourdin.
4 octobre 2013

Barcelone, Espagne — Gestion du microbiote, phénotypage, identification de sous-populations d'asthmatiques…Où va la recherche sur l'asthme En 2013 ? Les réponses du Pr Arnaud Bourdin, pneumologue à Montpellier, interrogé par Medscape France au congrès de l'European Respiratory Society 2013

Medscape.fr : On parle beaucoup de la recherche de clusters chez les asthmatiques, de quoi s'agit-il ?

Pr A.B : L'idée qui sous-tend l'étude des clusters (groupes, grappes), c'est de tenir compte de l'hétérogénéité de la population des asthmatiques : certains sont allergiques, d'autres non ; leur taux d'éosinophiles dans le sang ou dans les bronches est variable ; certains sont jeunes, d'autres plus âgés ; certains entrent tôt dans la maladie, d'autres plus tard ; certains souffrent de formes graves nécessitant une réanimation…

L'étude des clusters consiste à regrouper un maximum de données sur les différentes sous-populations d'asthmatiques afin de préciser leurs caractéristiques communes et spécifiques. Ce travail est fait à partir d'un modèle mathématique qui utilise différentes variables ramenées à la moyenne ce qui permet de différentier les groupes de patients, chacun d'entre eux étant homogène.

Pour l'instant, ce travail ne se traduit pas dans la prise en charge des patients au quotidien. Les clusters correspondent à des photographies transversales et nous n'avons actuellement aucune certitude sur l'appartenance définitive à un cluster, ni sur le pronostic global des patients à l'intérieur même du cluster.

Medscape.fr : L'idée est de s'orienter vers une prise en charge personnalisée de l'asthme ?

Pr A.B : C'est un peu l'idée. Au départ, le but était d'identifier des patients dotés de caractéristiques communes (expression clinique de la maladie ou phénotype) en espérant que la physiopathologie (endotype) soit identique. Dans ce cas, on pourrait imaginer que les patients seraient sensibles au même type de traitement.

Ainsi les hyperéosiniphiliques pourraient bien répondre aux anticorps monoclonaux, les anti IL5 en particulier.

Pour l'instant ce n'est pas encore convainquant mais c'est peut être juste le tout début de l'histoire.

Les bio-marqueurs sont aussi une autre piste qui s'inscrit dans cette même voie de recherche. Si l'on parvient à en découvrir certains qui seraient spécifiques d'un phénotype particulier, on peut imaginer que cela pourrait se traduire en termes de prise en charge. Ainsi, on sait déjà que la périostine prédit la réponse au traitement anti IL-13. On sait aussi que la sur-représentation du muscle lisse dans la biopsie de bronche est une indication d'une bonne réponse à un traitement par thermoplastie.

Medscape.fr : Le rôle du microbiote dans l'asthme est aussi évoqué. Où en est-on de la recherche dans ce domaine ?

Pr Arnaud Bourdin : Aborder la question du microbiote dans l'asthme est venu naturellement, comme une déclinaison de la théorie hygiéniste. On pense en effet de plus en plus que la capacité d'un organisme à développer de l'asthme est liée à une désorganisation du système immunitaire. Celle-ci pourrait être en rapport avec notre manière d'évoluer dans notre environnement : en étant exposé aux antibiotiques pendant la jeunesse et en étant faiblement confrontés aux antigènes de toutes sortes, infectieux en particulier.

La biodiversité des bactéries avec lesquelles nous vivons sur la peau, dans notre tube digestif, dans notre nez et dans nos bronches pourrait être à l'origine d'une réorientation du système immunitaire de type Th2 donc plus orienté vers l'asthme.

Cette approche est nouvelle. Elle est loin d'être prouvée : aucune étude n'a encore confirmé le rôle du microbiote dans l'asthme et aucun travail n'a montré que l'on pouvait modifier cette affection respiratoire en agissant sur le microbiote.

Mais puisque l'endothélium respiratoire provient de l'ectoderme embryologique - comme la peau et les muqueuses digestives - et qu'une action sur le microbiote peut modifier le devenir de certaines MICI, on peut imaginer qu'il s'agit d'un véritable axe de recherche pour la prise en charge de l'asthme.

Le Pr A. Bourdin déclare avoir été investigateur pour des études cliniques sur l'asthme mises en place par GSK, AstraZeneca, Cephalon, Roche, Amgen, Chiesi, MSD, Kalobios, Centocor et Sanofi.

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