Cancer du poumon : une immunothérapie pourrait changer la donne chez les fumeurs

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

3 octobre 2013

Amsterdam, Pays-Bas-Vingt-trois pourcent des patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules (NAPC) répondent à un traitement par une immunothérapie spécifique qui inhibe l'expression de PD-L1 (MPDL3280A, Genentech, Roche), selon les résultats d'une étude de phase Ia menée sur 53 patients et présentée par le Pr Jean-Charles Soria (Villejuif, France) à l'occasion de l'European Cancer Congres 2013 (ECC2013) [1].

Les premières données montrent que la réponse se prolonge dans le temps chez la quasi-totalité des répondeurs : 48 semaines de durée médiane de traitement, un seul décès.

C'est aussi la première fois qu'un traitement semble plus efficace chez les fumeurs que chez les patients abstinents (26 contre 10%).

Ce sont les patients dont le taux d'expression de PD-L1 était le plus élevé qui ont le mieux répondu au traitement : 83 % pour un niveau d'expression fort, 46 % pour un niveau moyen et 31 % pour un niveau moyen ou faible.

Les données de sécurité d'utilisation qui sont disponibles pour 85 patients atteints de NAPC confirment la bonne tolérance de cet anticorps puisque, contrairement à d'autres anticorps qui interagissent avec le système PD-1/PD-L1 (voie Programmed Death PD), aucun cas de pneumopathie sévère n'a été rapporté.

Mécanisme d'action de l'anticorps : la voie « Programmed Death 1 »

Le MPDL3208A est un anticorps qui a été imaginé pour éviter aux lymphocytes T activés d'être inactivés par la voie PD-1 (Programmed Death) de la tumeur. Cet anticorps inhibe la liaison de PD-L1 avec PD-1 et B7.1.

Schématiquement, ces anticorps sont un moyen de faire des « trous » dans le mur immunitaire de la tumeur et de rendre les lymphocytes à nouveau capables d'être actifs.

Ces deux actions combinées contribuent à restaurer l'activité antitumorale des lymphocytes T et à recruter de nouveaux lymphocytes.

Ce médicament n'interfère pas avec l'interaction PD-1/PD-L2 : l'immunité homéostatique est conservée et le risque d'apparition de phénomènes d'auto-immunité est limité.

L'expression de PD-L1 est particulièrement importante chez les patients atteints de cancers non à petites cellules (NAPC) : 45 % en cas d'adénocarcinome et 50 % pour les cancers squamo-cellulaires.


Les résultats présentés par le Pr Soria sont extraits d'une étude de phase Ia à large échelle (175 patients) qui a inclus, outre les patients atteints de cancer du poumon, des sujets souffrant de cancer du rein, de mélanome et d'autres types de cancers. Les premiers résultats présentés à l'ASCO 2012 rapportaient un taux de réponse de 21 % et une durabilité particulière des réponses.

Un premier traitement plus efficace chez les fumeurs


Les patients ont été traités avec le MPDL3280A à la dose de 10, 15 ou 20 mg/kg administrée par voie intraveineuse 3 fois par semaines pendant 16 cycles au maximum.

Ils étaient âgés en moyenne de 60 ans, les hommes étaient très légèrement majoritaires (56 %), 24 % d'entre eux étaient atteints d'adénocarcinomes, ils avaient reçu entre une et trois lignes de traitement auparavant (1 ligne 15 %, 2 lignes 27 %, 3 lignes 55 %) et 80 % étaient encore fumeurs.

« La question de l'immunogénicité des tumeurs chez les fumeurs avait déjà été soulevée. Chez ces patients, en effet, le taux de mutations est particulièrement élevé, ce qui nous laissait à penser que l'immunothérapie pourrait être particulièrement active. Et c'est le cas : la cohorte comportait 81 % de fumeurs et d'anciens fumeurs et c'est chez ces patients que le taux de réponse s'est révélé le plus important (26 % contre 10 %) », explique le Pr Soria.

Cet enthousiasme était partagé par le Pr Cora Sternberg (Rome, Italie) qui souligne à l'occasion d'une conférence de presse « une possibilité pour la première fois de changer la donne chez les fumeurs ».

Déjà des études de phase II


Ces bons résultats ont déjà conduit à la mise en place d'études de phase II et pour le Pr Soria, « ils sont tellement impressionnants qu'on peut imaginer qu'aux Etats-Unis, une autorisation de mise sur le marché soit possible dès la publication de ces données si elles sont concordantes. En Europe, on peut regretter que les études de phase III soient encore obligatoires, même en cas de résultats extrêmement positifs ».

Le Pr Soria est consultant pour Genentech. Deux des auteurs sont salariés de Genentech

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