Résistances bactériennes : le CDC américain inquiet pour l'avenir

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

1er octobre 2013

Atlanta, Etats-Unis — Le Center for Disease Control (CDC) américain vient de rendre son rapport sur « Les menaces liées à la résistance aux antibiotiques aux Etats-Unis en 2013 » [1]. « Ce rapport montre clairement que la résistance aux antibiotiques est un problème actuel », a souligné le directeur du CDC, le Dr Tom Frieden en présentant le rapport à la presse. De son côté, ledit rapport pointe, lui, « les conséquences potentiellement catastrophiques de l'inaction ».

Sur le plan épidémiologique, on estime que plus de 2 millions de personnes sont atteintes chaque année, aux Etats-Unis, d'une infection par une bactérie résistante (les virus et les parasites eucaryotes sont exclus du champ du rapport). Parmi ces personnes, 23 000, au moins, décèderont de l'infection.

On note que ces estimations sont « les meilleures approximations que l'on puisse tirer des données actuellement disponibles », mais qu'elles sont basées sur « des hypothèses conservatrices », et représentent probablement des « estimations minimum ».

Par rapport à d'autres travaux du même genre, l'originalité du rapport du CDC est de définir trois paliers de priorité : les problèmes « urgents », « sérieux », et « préoccupants ».

En tête de la catégorie des « urgences », on trouve le germe Clostridium difficile, responsable d'au moins 250 000 hospitalisations et 14 000 décès chaque année aux Etats-Unis. « Beaucoup de ces infections auraient pu être prévenues », note le rapport.

Les souches de Neisseria gonorrhoeae résistantes entrent également dans cette catégorie, ainsi que les Klebsiella et les souches d'Escherichia coli résistantes aux carbapénèmes.

Parmi les « menaces sérieuses », on trouve par exemple les souches multi-résistantes d'Acinetobacter, les entérocoques résistants à la vancomycine, les streptocoques du groupe A résistants à l'érythromycine, et du groupe B résistants à la clindamycine, les staphylocoques dorés résistants à la méticilline (80 000 cas par ans aux Etats-Unis), et bien sûr, les formes ultra-résistantes de tuberculose.

Pas trop tard ?


Les quatres axes proposés pour limiter le développement des résistances n'ont rien que de très classique.

  • La prévention des infections, d'une part, par l'hygiène et la vaccination, et de la dissémination des souches résistantes, d'autre part.

  • La recherche et la caractérisation des bactéries résistantes.

  • L'usage maitrisé des antibiotiques. Le CDC, qui estime qu'environ la moitié des antibiotiques utilisés le sont sans nécessité, demande le renforcement des programmes de contrôle existants.

  • La relance de programmes de recherche dans le domaine de l'antibiothérapie et des tests diagnostiques de résistance.

« La civilisation a connu une ère pré-antibiotiques », a rappelé le Dr Frieden, en prévenant aussi que « nous pourrions bien rentrer rapidement dans une ère post-antibiothérapie ».

En mettant l'accent sur les quatre aspects du programme, « il n'est pas trop tard », a-t-il conclu.

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