Cancer colorectal : des taux de mortalité fonction de l'ampleur du dépistage

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

1er octobre 2013

Amsterdam, Pays-Bas - On parle beaucoup du dépistage du cancer du sein et de la prostate, moins de celui du cancer colo-rectal (CR). Pourtant, les données issues de l'étude européenne SHARE, présentées par le Pr Philippe Autier (IPRI, Lyon) au Congrès Européen de Cancérologie 2013 (ESMO, ECCO, ESTRO) prouvent que le dépistage du cancer CR est très efficace puisqu'il réduit significativement la mortalité [1].

« On voit clairement que plus la proportion de sujets dépistés augmente dans un pays, plus la mortalité par cancer CR baisse » a indiqué le Pr Autier.

Les résultats portent sur les données de 11 pays européens participants à la cohorte SHARE (Survey of health, ageing and retirement in Europe), recueillies entre 1989 et 2010. L'objectif de ce travail était de connaitre, d'une part, la fréquence du dépistage du cancer CR dans une population de 50 ans ou plus, candidate au dépistage. D'autre part, de suivre la mortalité par cancer CR, en ayant recours à la classification des décès de l'OMS.

La mortalité par cancer CR a baissé partout sauf en Espagne et en Grèce


L'étude montre que les pays avec une forte participation au dépistage, Autriche en tête, ont réduit la mortalité par cancer-colorectal, alors que les pays où le dépistage reste marginal (Espagne, Grèce) n'ont pas infléchi la mortalité.

Sur la période de 22 ans de suivi, la mortalité par cancer colorectal ajustée sur l'âge a baissé de : 39% (hommes)/47% (femmes) en Autriche, de 34%/32% en France, de 30%/ 44% en Allemagne, 26%/35% en Suisse, 17%/23% en Italie, 14/18% au Danemark, 10%/8% en Suède, 4%/10% aux Pays-Bas.

En revanche, les taux ont augmenté en Espagne chez les hommes +29 mais baissé chez les femmes -6% et augmenté dans les deux sexes en Grèce +30/+2%.

L'évolution des taux de mortalité est fortement corrélée à la proportion de sujets qui déclarent avoir passé une coloscopie au cours du suivi. Ce taux va de 8% (hommes)/8% (femmes) en Grèce à 35%/36% en Autriche. Et sur les 10 dernières années, seulement 4% des Hollandais ont pratiqué un Hemoccult dans les deux sexes versus 61% des Autrichiens.

Le fait d'avoir passé au moins une coloscopie rend compte de 73% de la baisse de mortalité par cancer CR chez l'homme et de 82% chez les femmes. Avoir réalisé une coloscopie ou un Hemoccult au cours des 10 dernières années expliquerait respectivement 54% et 53% de la baisse chez les hommes, 89% et 72% chez les femmes.

Pour expliquer les différences considérables entre les pays, le Pr Autier avance plusieurs hypothèses. « D'abord, certains pays n'ont toujours pas de plan national de dépistage. Ensuite, l'acceptation des méthodes de dépistage est souvent modeste et liée à des aspects culturels. Enfin, l'accès à la coloscopie peut être limité, faute de spécialistes ».

Hemoccult ou coloscopie ? Peu importe, ce qui compte est de faire quelque chose

Les protocoles de dépistage varient selon les pays. Si la France et le Royaume-Uni ont choisi de proposer un dépistage organisé par Hemoccult, l'Allemagne et quelques régions d'Italie laissent le choix entre Hemoccult et colonoscopie. Enfin, la colonoscopie est souvent décidée conjointement par le patient et le médecin à l'issue d'une consultation. Quoi qu'il en soit, un test fécal positif impose la colonoscopie et c'est seulement la colonoscopie qui permet de visualiser et d'enlever des polypes suspects ou susceptibles de dégénérer.

Interrogé par Medscape sur la polémique française autour de l'Hemocult, le Pr Autier répond : « Le test Hemoccult a effectivement ses limites mais la première contrainte est de le réaliser correctement et de le renouveler tous les 2 ans. De nouveaux tests immunochimiques détectant des protéines cancéreuses permettraient d'être moins contraignant et plus performant mais la colonoscopie restera incontournable. Beaucoup de pays proposent d'emblée la coloscopie. Au plan médico-économique, le dépistage par coloscopie réduit l'incidence des cancers CR, ce qui n'est pas le cas du test Hemocult, qui lui, ne détecte qu'une tumeur déjà existante. Par ailleurs des travaux allemands ont montré qu'une coloscopie absolument normale permet d'espacer le prochain examen de 10 ans. »

A défaut de savoir s'il conserver ou pas le dépistage par Hemoccult, le Pr Autier a rappelé la recommandation, on ne peut plus simple, de la Société Américaine de cancérologie (ASCO), pour dépister le cancer CR après 50 ans : Do something ! (Faites quelque chose).


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