Ophtalmologie : lentilles sans ordonnance et prescription de lunettes «valable» 5 ans

Jacques Cofard

Auteurs et déclarations

23 septembre 2013

Paris, France - Les ophtalmologistes et les orthoptistes n'auront pas eu gain de cause. Le Sénat a finalement adopté le 13 septembre l'article 17 quater du projet de loi de consommation, qui supprime l'obligation d'ordonnance pour les lentilles, et porte la validité des ordonnances de lunettes à cinq ans, contre trois actuellement [1]. Malgré les protestations véhémentes des syndicats et sociétés savantes.

Lentilles : exit l'ordonnance médicale !


L'article L. 4362-9 du Code de la santé publique a été remanié par cette proposition de loi. Avant le vote de cette proposition, il instituait qu'« aucun verre correcteur ne pourra être délivré à une personne âgée de moins de seize ans sans ordonnance médicale ». Désormais, l'article 17 quater fait en sorte que « la délivrance de verres correcteurs d'amétropie et de lentilles de contact oculaire correctrices est réservée aux personnes autorisées à exercer la profession d'opticien-lunetier ».

Exit donc l'ordonnance médicale ! Ce même article porte par ailleurs la durée de validité des ordonnances d'ophtalmologues de trois ans à cinq ans.

Une décision mal vue par les syndicats d'ophtalmologistes


Les syndicats voient dans ces deux nouvelles mesures des dangers pour la santé des patients. Pour le Dr Jean-Bernard Rottier, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), un suivi régulier par un ophtalmologiste est indispensable à tout patient portant lunettes ou lentilles : « 36% des patients venus chez l'ophtalmologiste pour se faire prescrire des lunettes ou renouveler leur ordonnance se voient diagnostiquer un autre problème médical. Certaines maladies graves comme le glaucome sont asymptomatiques ». 

Le conseil national professionnel de l'ophtalmologie juge dangereuse « l'extension de la durée de l'ordonnance de lunettes à cinq ans et l'absence d'ordonnance pour les lentilles de contact oculaires ». « Le passage à cinq ans signifierait qu'un porteur de lunettes pourrait ne plus revoir d'opthalmologiste pendant dix ans, ce qui pourrait avoir des effets catastrophiques pour la vision des porteurs après la quatrième décennie ».

Une tentative de démédicalisation de la santé visuelle


En revanche, le conseil national d'ophtalmologie se félicite que ce texte impose « pour la délivrance des verres correcteurs, l'existence d'une ordonnance en cours de validité » mais ne comprend pas que cette obligation de prescription ne soit pas « étendue aux lentilles de contact oculaires correctrices ». La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) dénonce, pour sa part, « la tentative de démédicalisation de la santé visuelle contenue dans ce texte et qui a été renforcée par l'adoption d'un amendement inacceptable à l'Assemblée nationale ». La CSMF demande donc aux sénateurs de supprimer « cette mesure irresponsable » et d'écarter de ce projet de loi « tout ce qui touche à la santé publique pour protéger l'intérêt des patients ». 

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